« Celles et ceux qui mentent »… Vraiment ?

On va commencer par une évidence : je ne suis pas bien équipée pour repérer le mensonge. Le mensonge intentionnel, je veux dire, celui de on ment pour obtenir ou éviter quelque chose, celui de on est conscient qu’on ment (je dis ça, parce que j’ai passé mon enfance à « mentir » en confondant fiction et réalité, mais je ne m’en rendais pas vraiment compte) (quand on ment pour se protéger, par instinct de survie, il y a généralement aussi dissociation). Donc oui, c’est vrai, j’ai un peu tendance à croire tout le monde sur parole (quand il s’agit de leur vécu, parce que sur un sujet soumis à débat, je retrouve rapidement mon esprit scientifique) et à me dire que si telle personne raconte telle chose, c’est bien qu’il y a une raison. Surtout quand telle personne énonce quelque chose de non enviable, qui signifie une souffrance, qui peut lui apporter stigmatisation, insultes, mépris, difficultés, etc. Pourtant, la parole des concerné.e.s (d’agressions, de vécus traumatiques / dans un autre registre : de maladies et handicaps rares ou « invisibles ») continue d’être mise en doute systématiquement. Oui, aujourd’hui, je veux parler de cet argument qui revient tout le temps. Pour tout un tas de choses qui apparemment sont sans lien les unes avec les autres, mais c’est un même mécanisme. Cet argument qui vise en fait à se dispenser d’écouter le problème : « Oui, mais il y en a qui mentent. »Lire la suite »

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Le droit d’être fatigué.e

Fatiguée, c’est le premier mot que j’apprends dans les autres langues, fatiguée, tired, stanca, cansada, moe, et puis, ma première langue, müde, avec le ü long, müüüüde, Ich bin müüüde, je ne sais pas si je l’ai beaucoup répété enfant mais apparemment oui puisque ça fait partie des phrases que répète mon père comme en écho du passé pour me taquiner, dès que je dis que je suis fatiguée. La fatigue, d’aussi loin que je me souvienne, c’est toujours un état dont je me suis plaint sans jamais trop savoir pourtant à quoi il correspondait vraiment, parce que dans les livres d’enfant, les nounours fatigués baillent en se frottant les yeux et se mettent au lit, mais quand je suis fatiguée, je ne baille pas, ne me frotte pas les yeux, et ne réussis pas à dormir.

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Les règles du jeu

Le monde dans lequel j’évolue me donne souvent l’impression d’un jeu de société. Je sais qu’il en est de même pour celleux qui s’y amusent, que ce soit pour elleux un jeu de hasard décidé par des dés, ou un jeu de stratégie où il faut faire le bon coup au bon moment. Il y en a qui aiment, parce qu’iels réussissent. Parce qu’iels comprennent. Parce qu’iels acceptent. De mon côté c’est un peu plus complexe. J’ai l’impression d’avoir commencé la partie avec quelques cartes en moins dans mon jeu, avec un pion qui ne tient pas debout tout seul et qui glisse tout le temps d’une case à une autre, et sans avoir entendu avant l’intégralité des règles du jeu. La vie est pour moi un jeu de société dont j’essaye de comprendre les règles par devinette et observation ; dont je prends les règles, transgressées par tout le monde, très au sérieux ; et dont, finalement, je ne comprends pas le but ou le gain. Je fais la route en zigzag, je manque des étapes, j’en répète d’autres, je m’énerve, je me fais traiter de mauvaise joueuse, mais m**** quoi, il y a quelque chose d’injuste dans ce jeu où l’on doit tou.te.s répondre aux mêmes attentes en partant avec des dotations différentes.

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Non tu ne sais pas mieux que moi ce qui est bon pour moi

Je sais.

J’ai grandi avec mon corps.

J’ai vécu tout ce que toi, tu n’as pas vécu en moi.

Même si toi aussi tu es ou a été [malade – hypersensible – dépressif/ve – insérez ici la neurodiversité ou le trouble de votre choix] ou si tu connais quelqu’un.e qui est aussi [idem], ça ne te donne pas magiquement l’expertise sur moi.

Que tu sois ma mère, mon frère, mon ami.e, mon ou ma compagne, mon prof, ma cheffe, mon médecin, ma ou mon psy, ne te donne pas le droit de décider à ma place si et quand je devrais faire ceci ou cela, si moi-même je ne me sens pas de le faire.

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Ne pas confondre : aimer et pouvoir, vouloir et pouvoir

Petite scène ordinaire : l’amoureux et moi, on attend dans un coin de notre bar préféré que deux ami.e.s arrivent pour l’apéro. J’ai beau être déjà en bonne compagnie, un quart d’heure après l’heure de rendez-vous convenue, je suis agacée du retard, et je m’inquiète : j’espère qu’iels ne vont pas arriver trop tard, je ne voudrais pas prendre toute cette fatigue du bruit pour rien.

La fatigue du bruit ? Il y a des lieux d’où je fuis tout de suite, parce que le volume ou le type odeurs/bruit/mouvement/ambiance est déjà trop pour moi. Pour d’autres lieux, ça marche à l’usure : 30 minutes ça va, 2h je vais commencer à perdre des petits morceaux de moi. Là : musique de fond [au moins c’est une musique que j’aime bien], brouhaha des voix, mais le bar n’est plein qu’à 70 %, et j’ai passé la journée tranquille au lit, ma réserve d’énergie est encore plutôt pleine. Lui, il essaye de comprendre : donc, là, c’est trop de bruit pour toi ? Pourtant, ça va, t’as déjà eu pire. Ok ça sent la bière aussi mais pas trop. Tu t’es reposée toute la journée. Mais je croyais que tu aimais aller dans les cafés ?

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« Le féminisme a changé ton rapport aux hommes » (euh, oui, heureusement)

C’est quelque chose que j’entends souvent. Pas avec admiration, reconnaissance, envie, mais avec moquerie et reproche. Ça se chevauche généralement avec le « tu es trop extrême », « faut pas voir le mal partout » ou encore « bon pas tous les hommes sont comme ça hein ». (phrases auxquelles je ne répondrai même pas, y’a suffisamment d’autres blogueuses qui y ont magnifiquement répondu, pas envie de faire de la pédagogie).

Et c’est drôle, en commençant à m’engager pour de vrai, il y quelques années, en mettant tous mes petits combats isolés ensemble et me rendant compte subitement que oui, j’étais féministe, en me jetant subitement la tête la première dans la prise de conscience élargie, la documentation, le militantisme, moi aussi, savez-vous, j’ai eu peur. J’étais un peu plus jeune que ça et je commençais à me faire apprécier autour de moi, j’avais juste ce qu’il fallait d’anticonformisme ou de grande gueule mais pas trop non plus. Alors me remettre à reprendre toute remarque sexiste, ne plus rire aux blagues dégueulasses, parler de mon désir au lit avec un homme, freiner la symétrisation (vous savez, le fameux sexisme anti-hommes), faire de l’éducation quand on me demandait juste une approbation silencieuse, oui, tout ça, ça allait me faire perdre des ami.e.s, peut-être. Ou m’empêcher d’en rencontrer de nouvelleaux. J’ai eu cette crainte oui. Cette crainte de ne plus pouvoir draguer, parce que je fais peur, je rebute, ou parce qu’un type qui sort une blague * innocemment * sexiste subitement ne m’attire plus du tout. Il ne m’était pas venu à l’idée de me dire que ce serait alors la faute au sexisme du type, pas la faute à mon féminisme. Lire la suite »

L’illusion du privilège

Hier, j’essayais de rendre compte de mon éternel malaise social que j’ai longtemps attribué à ma culture familiale composite, qui ne me laissait m’intégrer véritablement dans aucun groupe social précis. J’y parlais aussi culpabilité de privilégiée, peur de me montrer oppressante ou snob sans m’en rendre compte, avec mes grands mots, mon amour des livres et de la réflexion nuancée et conceptuelle, mon rejet des activités de groupe et de divertissement. J’y racontais enfin que je m’étais trompée de route en me considérant longtemps uniquement sous l’angle sociologique : le psychologique est prépondérant chez moi. En tant que neuroatypique, j’ai souvent un vécu plus proche d’autres neuroatypiques plutôt que d’autres de ma classe sociale ou de ma culture. Et en tant que neuroatypique, je suis discriminée, mise à l’écart et mise en difficulté dans un système neurotypique, et ça me semble être au moins peser autant (sinon plus) sur la balance que mes privilèges de l’autre côté.

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