Les règles du jeu

Le monde dans lequel j’évolue me donne souvent l’impression d’un jeu de société. Je sais qu’il en est de même pour celleux qui s’y amusent, que ce soit pour elleux un jeu de hasard décidé par des dés, ou un jeu de stratégie où il faut faire le bon coup au bon moment. Il y en a qui aiment, parce qu’iels réussissent. Parce qu’iels comprennent. Parce qu’iels acceptent. De mon côté c’est un peu plus complexe. J’ai l’impression d’avoir commencé la partie avec quelques cartes en moins dans mon jeu, avec un pion qui ne tient pas debout tout seul et qui glisse tout le temps d’une case à une autre, et sans avoir entendu avant l’intégralité des règles du jeu. La vie est pour moi un jeu de société dont j’essaye de comprendre les règles par devinette et observation ; dont je prends les règles, transgressées par tout le monde, très au sérieux ; et dont, finalement, je ne comprends pas le but ou le gain. Je fais la route en zigzag, je manque des étapes, j’en répète d’autres, je m’énerve, je me fais traiter de mauvaise joueuse, mais m**** quoi, il y a quelque chose d’injuste dans ce jeu où l’on doit tou.te.s répondre aux mêmes attentes en partant avec des dotations différentes.

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Les problèmes de l’emploi (2)

Après mon premier article d’avant-hier, je voulais revenir rapidement sur les autres choses problématiques dans l’emploi, quand on est une personne atypique. Comme d’habitude je pars de mon expérience/mes spécificités, mais il faut garder à l’esprit que chaque personne aura ses besoins (je peux assez mal parler à la place de personnes qui ont un handicap moteur, une dyspraxie, une maladie chronique, mais ça pose problème aussi dans la recherche de travail, entre accessibilité, tâches faisables, rythme). On entre avec cet article dans ce qui me pose, peut-être, le plus problème, et qui m’a accompagnée pour toutes mes heures de collège-lycée : l’impression qu’on me vole du temps. L’impression de perdre ma vie. L’impression de ne plus avoir d’énergie pour rien, parce que mon espace mental continue d’être occupé par la pensée du travail bien au-delà des heures de travail. L’impression d’être condamnée quand, en-dehors des heures de travail, il faut encore faire les courses, ranger, répondre à des mails, parler à d’autres gens, alors que j’ai juste besoin de moi-même repliée sur moi-même.Lire la suite »

Les problèmes de l’emploi (1)

Quand j’ai ouvert le blog, j’étais désespérément en recherche de travail. Encore, à nouveau, une nouvelle fois. J’ai l’impression de passer mon temps à chercher du travail, même quand je travaillais momentanément, je cherchais du travail, même quand je travaillais sur mon projet de thèse, je cherchais du travail (parce qu’il faut bien payer le loyer et manger), et même quand je travaillais sur mon projet de thèse + travaillais, je cherchais du travail (parce que ça ne suffisait pas à vivre correctement et que ça manquait de long terme et régularité). Depuis un mois, je travaille à nouveau, j’ai un contrat, avec signature et tampon, pour de vrai. Pour nuancer la joie : moi qui voulais avant tout avoir quelque chose de stable et de non précaire, je suis finalement à nouveau sur un contrat pas assez payé et sur le court terme. Pas vraiment le choix, et je prends le positif : quelqu’un a bien voulu de moi, je lui ai fait part de quelques-uns de mes points faibles, et c’est un temps partiel.

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La porte de sortie

Je passe souvent pour pessimiste, parce que j’ai tendance à m’imaginer les pires issues possibles à toute situation appréhendée. Mais qu’on réponde à mon inquiétude en me disant « ça va bien se passer » n’est d’aucune aide, je vous assure ; en revanche, se confronter à ma peur, non pas la réduire à une improbabilité statistique mais examiner ce qui pourrait être fait en cas de catastrophe et quelles en seraient les conséquences émotionnelles, ça, oui, ça aide. Penser à toutes les stratégies possibles de réajustement, récupération, combat, en cas d’imprévu, de surcharge, de panique. Mais aussi, surtout : savoir que la fuite est possible. Que si tout tourne mal, partir est une solution valide. Que si une activité entamée devient trop lourde, on a le droit d’abandonner. Que si une pièce est trop bruyante, il y a une porte de sortie, que si un travail est inadapté, je peux rompre le contrat.

Savoir qu’il y a une porte de sortie, quelque part, savoir que je peux abandonner et partir et pas uniquement rester et combattre, ça me permet maintenant d’affronter un certain nombre de situations qui m’ont toujours causé de violentes crises de panique. J’aurais aimé, peut-être, savoir ça plus jeune, savoir ça enfant. Lire la suite »

L’illusion du privilège

Hier, j’essayais de rendre compte de mon éternel malaise social que j’ai longtemps attribué à ma culture familiale composite, qui ne me laissait m’intégrer véritablement dans aucun groupe social précis. J’y parlais aussi culpabilité de privilégiée, peur de me montrer oppressante ou snob sans m’en rendre compte, avec mes grands mots, mon amour des livres et de la réflexion nuancée et conceptuelle, mon rejet des activités de groupe et de divertissement. J’y racontais enfin que je m’étais trompée de route en me considérant longtemps uniquement sous l’angle sociologique : le psychologique est prépondérant chez moi. En tant que neuroatypique, j’ai souvent un vécu plus proche d’autres neuroatypiques plutôt que d’autres de ma classe sociale ou de ma culture. Et en tant que neuroatypique, je suis discriminée, mise à l’écart et mise en difficulté dans un système neurotypique, et ça me semble être au moins peser autant (sinon plus) sur la balance que mes privilèges de l’autre côté.

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Les interactions quotidiennes

Je l’ai toujours su et annoncé : je suis une quiche en interactions orales spontanées. On ne dirait pas toujours comme ça, n’est-ce pas. J’ai pas mal appris quand même et puis je souris, ça aide. Enfin si, en y repensant, on dirait quand même parfois, souvent : je fais rire ou j’interloque, alors je dis, pardon, je sais jamais comment répondre à une question comme celle-ci, on me répond c’est pas grave c’est bien la franchise, mais je ne suis pas sûre que la personne ait été franche elle-même en disant ça, bref, je suis embarrassée, je ris. Je ris beaucoup, ou plutôt, je glousse, et je déteste donner une image de gloussante, alors je glousse encore plus, et je rougis, et je déteste donner une image de rougissante, et ainsi de suite. Je peux apparaître excentrique et envahissante parce que, ne sachant jamais comment débuter ni terminer une conversation, je fais exprès d’entrer comme ça dans des groupes de conversations déjà formés, j’entends un truc qui me tilte, je lance « AH OUI AU FAIT etc. » de ma voix forte et mon grand sourire, et je me retourne et pars sans conclusion dès que ça m’ennuie.

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Une girafe zébrée (errance diagnostique, 4e volet)

[suite et pas fin du questionnement, et liens au bas de l’article]

Charlie est le genre de personne, entière, intense, remplie, tout le temps : elle ne peut pas cesser d’être elle-même une seconde, ce elle-même plein de pensées qui explosent en branches toujours divisables, d’émotions qui la traversent ou la colonisent, de sensations qui l’envahissent et parfois la dérangent. Charlie tient toujours plusieurs conversations en même temps dans sa tête, elle pense à plusieurs choses en même temps, même quand elle lit, même quand elle rêve, elle analyse ses rêves en dormant, et se réveille parfois en se disant que c’est fatiguant. Seule, elle a parfois du mal à rester assise tant ses pensées galopent, elle pense à mille choses en même temps et il n’y a plus assez de place dans sa tête pour tout contenir, alors elle se lève marche gesticule, parle à voix haute avec elle-même en s’interrompant, avalant ses phrases, virant d’un sujet à un autre, pense à autre chose aussi, fait des virages contre-virages embouteillages accidents de pensée.

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