L’autisme, trouble de la sociabilité ?

[article initialement publié sur feu le webzine Shake Your Mind, en 2019]

Selon le DSM-5, les troubles du spectre autistique sont caractérisés par une dyade de symptômes :

« 1. Déficits persistants dans la communication sociale et les interactions sociales » et « 2. Caractère restreint et répétitif des comportements, des intérêts ou des activités. »

Pour aujourd’hui, je vais m’attarder sur ce 1., bien que l’autre point mériterait aussi qu’on s’y attarde le temps d’un ou trente articles (y’a de quoi faire). L’autisme est apparemment avant tout un trouble de la communication sociale, donc. Disent les non-autistes, qui ne savent pas comment franchir ce « mur », entrer dans cette « forteresse vide », percer la « bulle ». Les enfants en bas-âge qui inquiètent leurs parents sont surtout ceux qui ont un retard de langage, ou n’interagissent pas « suffisamment » avec les autres êtres humains. Et les mères qui prétendent avoir réussi à « guérir » leur enfant autiste grâce à un régime spécial mentionnent en premier lieu la « réussite » de leur enfant à sourire, faire un câlin, regarder dans les yeux, et parler fluidement. Les thérapies précoces intensives, de même, visent le plus souvent à « normaliser » le comportement de l’enfant afin qu’il puisse être intégré par les groupes d’autres enfants non-autistes : c’est-à-dire réprimer les stims, apprendre les indices sociaux typiques et se tenir à des normes de conversation typiques, par exemple en s’interdisant de parler des intérêts spécifiques ; il y a même des chercheurs qui tirent fierté d’avoir appris à des enfants autistes à mentir ! De l’autre côté, des adultes autistes font face à des réactions incrédules quand ils annoncent leur diagnostic (ou demandent évaluation à des pseudo- « professionnels »), parce qu’iels sont capables de regarder dans les yeux, de parler, ont une poignée d’ami·es ou sont en couple. Autisme = incapacité à communiquer et manque d’intérêt pour l’être humain, c’est l’image-type, présente aussi dans l’esprit des psychiatres. On trouve encore dans nombre de documents sur le net, qu’ils soient profanes, de vulgarisation, ou scientifiques, l’idée que les personnes autistes ne veulent pas interagir avec autrui, ne s’intéressent pas à autrui, ainsi que l’idée qu’elles sont incapables d’empathie. Bref, les non-autistes semblent très préoccupé·es par le prétendu déficit communicationnel et social des autistes. Lire la suite »

Changer le regard : quel regard ?

De quel regard parle-t-on, quand on lit, quand on entend, dans les critiques de films et de livres, que cela permet de « changer le regard » ? Changer le regard sur le voile, changer le regard sur le handicap (l’usage du singulier est tout à fait intéressant aussi). De quel regard parle-t-on. Du regard dominant, évidemment. Du regard de qui ne le vit pas. Du regard qui a découvert, en faisant ce film, en écrivant ce livre, qu’il existait d’autres regards, peut-être (mais que l’on maintiendra comme géographiquement marginaux, hiérarchiquement inférieurs).Lire la suite »

« Ouf, je ne suis pas folle, je suis autiste » – quelques pensées en vrac autour de cet énoncé

[et oui je ne m’améliore pas en titres, je sais]

J’adore les articles de journaux, revues, magazines, qui parlent de femmes autistes relatant la découverte de leur autisme sur le tard (ou hommes, mais y’en a moins). C’est un de mes combats personnels, forcément, j’aime qu’on en parle dans la presse, je me dis que ça tournera, que ça arrivera à la conscience d’un plus grand nombre, qu’on pourra en discuter. Y’a des choses qui picotent, cela dit, dans les formulations. Pas que les formulations des journalistes (j’aurais trop de choses à dire là-dessus, on y reviendra) : dans les paroles énoncées par les personnes autistes interrogées.Lire la suite »

Les interactions quotidiennes

Je l’ai toujours su et annoncé : je suis une quiche en interactions orales spontanées. On ne dirait pas toujours comme ça, n’est-ce pas. J’ai pas mal appris quand même et puis je souris, ça aide. Enfin si, en y repensant, on dirait quand même parfois, souvent : je fais rire ou j’interloque, alors je dis, pardon, je sais jamais comment répondre à une question comme celle-ci, on me répond c’est pas grave c’est bien la franchise, mais je ne suis pas sûre que la personne ait été franche elle-même en disant ça, bref, je suis embarrassée, je ris. Je ris beaucoup, ou plutôt, je glousse, et je déteste donner une image de gloussante, alors je glousse encore plus, et je rougis, et je déteste donner une image de rougissante, et ainsi de suite. Je peux apparaître excentrique et envahissante parce que, ne sachant jamais comment débuter ni terminer une conversation, je fais exprès d’entrer comme ça dans des groupes de conversations déjà formés, j’entends un truc qui me tilte, je lance « AH OUI AU FAIT etc. » de ma voix forte et mon grand sourire, et je me retourne et pars sans conclusion dès que ça m’ennuie.

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L’évolution se fera sans ces imbéciles-là (imbécile, mot épicène)

Les éditions Hatier ont annoncé la sortie d’un manuel scolaire (histoire, CE2) rédigé en « écriture inclusive », moi je me suis dit, chouette, enfin 2017 semble un peu moins être 1017, mais apparemment ça choque encore, ça fait râler, ça fait écrire des articles ridicules qui donnent la nausée, et pas que dans Le Figaro, et dire des monstruosités à des types qui se disent philosophes (Raphael Enthoven, pour ne citer personne). Évidemment les copines-copains m’ont dit : t’as vu t’as vu t’as vu ?

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