Mauvaise militante ? (2) Entre colère et compromis

Je suis une mauvaise militante, ai-je dit dans l’article précédent. Un peu ironiquement, en fait, c’est juste que c’est l’impression qui se dégage de mes échanges avec d’autres personnes, militantes ou non, quand je parle de mes engagements, et ce depuis l’adolescence où une certaine personne de la famille m’avait martelé que si je voulais être prise au sérieux avec mon engagement écologique, plutôt que de les saturer de mes discours il fallait que je milite au sein d’une association ou un parti. Or j’ai décidé pour l’instant de me tenir loin de tout groupe forcé de militant.e.s, ces microcosmes rassemblant parfois le pire, en termes de jugements, compétition, narcissisme. Mais je continue tout de même à avoir ces drôles de confrontations avec des personnes non-engagées, parce qu’évidemment ce sont toujours les non-concerné.e.s qui adorent dire aux concerné.e.s ce qu’iels doivent faire. Par exemple, celleux (et surtout ceux) qui traitent le féminisme comme quelque chose d’un peu superflu et qui ne les regarde absolument pas, mais qui aiment beaucoup tout de même dire aux féministes (qui comme chacun sait forment un groupe homogène de robotes toutes d’accord les unes avec les autres sur absolument tout) (sarcasme) ce qu’elles devraient combattre et comment.Lire la suite »

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De l’autre côté

Quand tu parles, tu sais, je me sens loin, parfois. Ça revient comme ça, comme un drôle de froid, non, pas un froid, comme une drôle de brume, soudainement, je me sens être éloignée par une chose que tu as dite et à laquelle je ne peux pas, n’ai jamais pu, ne pourrai jamais, m’identifier. Tu parles et j’aimerais dire moi aussi, j’aimerais dire je comprends, je dis hmm hmm, oui je vois, ah oui ?, ah tiens, mais en réalité, je me sens tellement loin. Bien que l’on dialogue maintenant, sans accroc, presque sans aucun soupçon de ma différence, je me sens chaque fois revenue à autrefois, à quand j’étais figée en moi-même et que je ne savais juste pas comment faire pour parler, pour dire, pour répondre, pour entrer en contact.

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Ce que mes troubles alimentaires m’apport(ai)ent

Je continue à parler d’automutilation et compagnie, par peur d’aborder ce qui est mon vrai sujet personnel, dont je ne devrais pas avoir honte, je dirais à n’importe qui de ne pas en avoir honte, mais forcément, je n’arrive pas à appliquer ce conseil à moi-même. Au risque de répéter des choses dites dans mon dernier article, je vais quand même publier celui-ci à part. Pour faire place à ce qui a été, secrètement, une part de moi pendant très longtemps, et ce que je crois maintenant pouvoir un jour ranger définitivement dans mon passé : les troubles alimentaires (sous toutes leurs formes parce qu’apparemment je trouve que c’est le fun de jongler entre diverses pathologies…).

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Noël

Noël est passé, plus ou moins douloureusement ou joyeusement selon les personnes, voire plus ou moins concrètement, certain·e·s essayant juste d’y échapper et de s’éloigner d’une famille toxique, ou juste de rester avec les seuls êtres qui leur font du bien (ce qui peut être : juste avec soi-même et son chat). Pour la Girafe, Noël a toujours été important, est-ce parce qu’elle croyait au message délivré par la foi chrétienne – espoir d’un renouveau, espoir d’amour et de faiblesse, incarné par un bébé qui naît dans la pauvreté, si ce n’est pas parfait comme mythe –, est-ce parce que ça a lieu au cœur de l’hiver et allie l’attendu froid extérieur à la magie des petites lumières, est-ce parce qu’au milieu de toute l’agitation familiale elle se sentait un peu plus libre de ses gestes, de ses rêves, est-ce parce qu’elle aimait retrouver ses cousines, ou encore juste parce qu’on pouvait y manger plus de chocolat qu’à un autre moment, et se retrouver une fois les cadeaux déballés au milieu d’une profusion de papiers de couleur, brillants, à motifs, qu’elle récupérait soigneusement, religieusement, pour pouvoir les admirer et les réutiliser… Petit inventaire des joies et déplaisirs de Noël pour un girafon qui a grandi. Lire la suite »

La charge mentale et émotionnelle des femmes autistes (2)

J’ai coupé mon article en deux, histoire de permettre à mes lecteurices d’arriver jusqu’au bout. Vous avez pu vous reposer un moment, boire un café (ou un thé, ou un chocolat chaud, ou un jus de fruits, ou rien du tout), voici round 2. Le travail émotionnel – toujours invisible et considéré comme naturel, allant de soi – des femmes est aussi une charge mentale, difficile à décortiquer, analyser, mettre à distance ; difficile à quantifier ; difficile à prioriser, hiérarchiser, par rapport à autre chose.

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Merveille des sens ou éloge du stimming

Parmi les « signes » de l’autisme les plus connus – fantasmés ou étrangement représentés –, il y a les « stéréotypies » et l’« autostimulation ». Ne sachant pas vraiment ce dont on parle, on y met pêle-mêle les gestes auto-agressifs en cas de meltdown comme le fait de se taper la tête contre les murs ou se mordre ; les mouvements difficilement répressibles qui traduisent un état émotionnel, l’anxiété ou la joie, souvent ; les jeux ou recherches de sensations considérés comme pauvres d’intérêt par les neurotypiques, comme le fait d’aligner des objets, de faire tourner des objets colorés, d’agiter les mains devant les yeux, de tourner sur soi ; les besoins de sensations liés à une mauvaise proprioception (besoin de compression, de poids, de repères) ; and so on.

Non seulement ces mouvements sont vus comme quelque chose de totalement incongru, comme si seuls ces extraterrestres que sont les autistes y avaient recours, mais c’est aussi presque toujours considéré de manière négative, comme un « symptôme » à gommer, sans différencier ce qui fait du mal (qui pourrait être remplacé par autre chose qui fait moins mal, et parfois c’est déjà une solution de moindre mal – je pense à l’automutilation durant un meltdown), ce qui est envahissant (mais pourquoi est-ce envahissant, généralement c’est une réaction à autre chose, donc faudrait peut-être voir de prendre le problème à la source, et traiter la source plutôt que la réaction), et ce qui simplement dérange le regard bienséant du neurotypique raidi par ses normes.

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Internet, ce n’est pas de la vraie vie ?

Quand on traîne sur internet, on dit qu’on est dans du virtuel. Quand on sort de chez soi et qu’on parle à des gens, on est dans le réel, dans la vraie vie, IRL (= in real life). Les personnes rivées à leur ordinateur sont assimilées à des « no life ». L’échange écrit ne serait qu’un tremplin vers la rencontre en chair et en os, les échanges de mails (ou de lettres pour les personnes pas en phase avec leur époque, comme moi) ne seraient qu’un pâle substitut à la discussion face-à-face, alors même qu’on se dit souvent bien moins de choses en face-à-face. Vous aussi, vous avez déjà entendu ça ?Lire la suite »