Noël

Noël est passé, plus ou moins douloureusement ou joyeusement selon les personnes, voire plus ou moins concrètement, certain·e·s essayant juste d’y échapper et de s’éloigner d’une famille toxique, ou juste de rester avec les seuls êtres qui leur font du bien (ce qui peut être : juste avec soi-même et son chat). Pour la Girafe, Noël a toujours été important, est-ce parce qu’elle croyait au message délivré par la foi chrétienne – espoir d’un renouveau, espoir d’amour et de faiblesse, incarné par un bébé qui naît dans la pauvreté, si ce n’est pas parfait comme mythe –, est-ce parce que ça a lieu au cœur de l’hiver et allie l’attendu froid extérieur à la magie des petites lumières, est-ce parce qu’au milieu de toute l’agitation familiale elle se sentait un peu plus libre de ses gestes, de ses rêves, est-ce parce qu’elle aimait retrouver ses cousines, ou encore juste parce qu’on pouvait y manger plus de chocolat qu’à un autre moment, et se retrouver une fois les cadeaux déballés au milieu d’une profusion de papiers de couleur, brillants, à motifs, qu’elle récupérait soigneusement, religieusement, pour pouvoir les admirer et les réutiliser… Petit inventaire des joies et déplaisirs de Noël pour un girafon qui a grandi. Lire la suite »

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La charge mentale et émotionnelle des femmes autistes (2)

J’ai coupé mon article en deux, histoire de permettre à mes lecteurices d’arriver jusqu’au bout. Vous avez pu vous reposer un moment, boire un café (ou un thé, ou un chocolat chaud, ou un jus de fruits, ou rien du tout), voici round 2. Le travail émotionnel – toujours invisible et considéré comme naturel, allant de soi – des femmes est aussi une charge mentale, difficile à décortiquer, analyser, mettre à distance ; difficile à quantifier ; difficile à prioriser, hiérarchiser, par rapport à autre chose.

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Merveille des sens ou éloge du stimming

Parmi les « signes » de l’autisme les plus connus – fantasmés ou étrangement représentés –, il y a les « stéréotypies » et l’« autostimulation ». Ne sachant pas vraiment ce dont on parle, on y met pêle-mêle les gestes auto-agressifs en cas de meltdown comme le fait de se taper la tête contre les murs ou se mordre ; les mouvements difficilement répressibles qui traduisent un état émotionnel, l’anxiété ou la joie, souvent ; les jeux ou recherches de sensations considérés comme pauvres d’intérêt par les neurotypiques, comme le fait d’aligner des objets, de faire tourner des objets colorés, d’agiter les mains devant les yeux, de tourner sur soi ; les besoins de sensations liés à une mauvaise proprioception (besoin de compression, de poids, de repères) ; and so on.

Non seulement ces mouvements sont vus comme quelque chose de totalement incongru, comme si seuls ces extraterrestres que sont les autistes y avaient recours, mais c’est aussi presque toujours considéré de manière négative, comme un « symptôme » à gommer, sans différencier ce qui fait du mal (qui pourrait être remplacé par autre chose qui fait moins mal, et parfois c’est déjà une solution de moindre mal – je pense à l’automutilation durant un meltdown), ce qui est envahissant (mais pourquoi est-ce envahissant, généralement c’est une réaction à autre chose, donc faudrait peut-être voir de prendre le problème à la source, et traiter la source plutôt que la réaction), et ce qui simplement dérange le regard bienséant du neurotypique raidi par ses normes.

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Internet, ce n’est pas de la vraie vie ?

Quand on traîne sur internet, on dit qu’on est dans du virtuel. Quand on sort de chez soi et qu’on parle à des gens, on est dans le réel, dans la vraie vie, IRL (= in real life). Les personnes rivées à leur ordinateur sont assimilées à des « no life ». L’échange écrit ne serait qu’un tremplin vers la rencontre en chair et en os, les échanges de mails (ou de lettres pour les personnes pas en phase avec leur époque, comme moi) ne seraient qu’un pâle substitut à la discussion face-à-face, alors même qu’on se dit souvent bien moins de choses en face-à-face. Vous aussi, vous avez déjà entendu ça ?Lire la suite »

Moi je

Un des reproches qui m’a été adressé le plus souvent dans ma conversation, de l’enfance à aujourd’hui, outre le « tu parles trop », c’est le : « tu ramènes tout à toi ». Je réponds en disant moi je. Moi aussi. Moi non. Moi ceci. Moi cela. Je suis la mesure de toute chose, je suis le miroir, et apparemment, ça donne l’impression que je ne m’intéresse pas à ce que dit l’autre…Lire la suite »

Par amour de soi : se dire handicapé.e

Il y a ce drôle de glissement sur le mot handicapé. On est handicapé.e par quelque chose, par une situation, par un environnement, c’est même théorisé dans le modèle social du handicap***. Dans ce sens-là, les handicaps sont multiples, parfois transitoires, en tous les cas atténuables. Mais dans le langage courant, handicapé désigne une catégorie de la population à part, inconnue et fantasmée. Handicapé désigne une essence de personne stéréotypée, souvent en fauteuil, à lunettes à verres épais et ayant du mal à s’exprimer, comme pour mieux signifier dans ce stéréotype qu’il y a tout un monde d’incompréhension entre moi, normal.e, et lae handicapé.e. C’est un mot presque magique, qui jette un silence sur la foule quand on le prononce, des mines gênées, des airs compatissants. C’est un mot qui attendrit, qui fait s’ouvrir les porte-monnaies, mais qui trace une frontière aussi, on ne va quand même pas leur parler et s’intéresser vraiment à ce qu’iels sont, ces handicapé.e.s. Iels sont handicapé.e.s, iels sont différent.e.s physiquement, parfois on s’émeut de découvrir qu’il y a une vraie personne en-dessous, mais ça ne va jamais plus loin, comme si le mot « handicapé.e » recouvrait toute l’identité de la personne, alors qu’elle signifie surtout la place qui lui est faite dans la société.Lire la suite »

Le droit d’être fatigué.e

Fatiguée, c’est le premier mot que j’apprends dans les autres langues, fatiguée, tired, stanca, cansada, moe, et puis, ma première langue, müde, avec le ü long, müüüüde, Ich bin müüüde, je ne sais pas si je l’ai beaucoup répété enfant mais apparemment oui puisque ça fait partie des phrases que répète mon père comme en écho du passé pour me taquiner, dès que je dis que je suis fatiguée. La fatigue, d’aussi loin que je me souvienne, c’est toujours un état dont je me suis plaint sans jamais trop savoir pourtant à quoi il correspondait vraiment, parce que dans les livres d’enfant, les nounours fatigués baillent en se frottant les yeux et se mettent au lit, mais quand je suis fatiguée, je ne baille pas, ne me frotte pas les yeux, et ne réussis pas à dormir.

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