L’injonction à se trouver belleau et à s’aimer

Coucou, Bonjour, Salut, regarde je sais aussi parler d’autre chose que d’autisme. Même si parler corps et perception du corps est un sujet encore plus intime pour moi que de parler de mon cerveau (enfin le cerveau est dans mon corps, finalement, mais dichotomie occidentale moderne toussa toussa), c’est aussi politiquement (?) très important, et mes intérêts du moment sont en train de se reporter là-dessus à nouveau. [D’ailleurs je vais sûrement commencer à publier un peu d’anciens articles écrits sur la question du corps, de la grossophobie, des troubles alimentaires, du genre, écrits il y a longtemps et pas publiés encore, parce que je me suis remise à travailler là-dessus].

Alors, si, mon rapport au corps a aussi à voir avec l’autisme : je trouve ça barbant d’avoir un corps. Hypersensible. Qui surcharge. Qui ressent puissance 1000 tout le temps, c’est éreintant. Qui a des faiblesses, qui tombe malade, qui veut dormir, qui ralentit la vitesse de pensée quand il digère. Mon rapport passe aussi par un biais de genre : je trouve ça barbant d’être une femme et d’être classée dans le regard des autres comme « objet sexuel » (dès 9-10 ans, oui oui), ou « apparence plus importante qu’esprit ». Pour toutes ces raisons (formule hyper-concentrée 3 en 1, comme la lessive) je me suis à un certain âge désolidarisée de mon corps, j’ai voulu ignorer ses besoins de base (manger et dormir) et me réfugier dans ma tête. Mon corps s’est chargé de me rappeler son existence assez vite et s’est ensuit une guerre de plusieurs années que je narrerai dans un prochain épisode, soyez au rendez-vous. Aujourd’hui je veux parler amour de soi, amour du corps, et a-t-on besoin de se trouver beau-belle pour s’aimer (non).

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Une rencontre

Il m’est arrivé un truc chouette samedi dernier, j’ai rencontré David et Marie, auteur.e.s du blog lgbthandicap. Je ne sais pas comment, dans mon enthousiaste du matin je me suis dit un jour tiens, puisque je passe brièvement par Paris, pourquoi pas commencer quelque part (la liste des nouvelles personnes que j’aimerais rencontrer sur Paris est longue, on va faire petit à petit) ; et quand j’ai reçu leur réponse positive un soir j’ai commencé à être anxieuse et à m’en vouloir de mes idées spontanées et sociables du matin. S’il n’y avait que des soirs, ou si je n’avais pas la règle de me tenir à ce qui était déjà décidé (le matin), je ne ferais jamais rien de nouveau dans ma vie.

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Bicycle, bicoque, bigot, bi quoi ?

Chaque fois qu’Alice* tombe sur le mot de biphobie, elle se dit, quand même, c’est un mot exagéré, rien à voir avec l’homophobie, et en se disant ça, elle fait preuve envers elle-même de biphobie. Si Alice se dit que la biphobie, c’est pas quelque chose de si terrible, c’est parce qu’elle a bien intégré le discours dominant, qui veut que sa situation soit moins délicate que celle des homos, puisqu’elle peut toujours choisir de se cacher derrière son versant hétéro, elle peut toujours choisir d’être une femme qui aime les hommes. Sauf, que, justement, non. Et c’est ça qui est douloureux. N’être à sa place dans aucune des catégories, ne pas se sentir soi-même en se disant hétéro, ne pas se sentir soi-même en se disant lesbienne. N’être prise au sérieux par personne, être rejetée des deux côtés, être à l’avance soupçonnée d’infidélité. Voir sa sexualité réduite à une passade, une phase, une mode, une inconstance, une expérience. Au final : se prendre de l’homophobie en pleine gueule, quand elle est avec une fille, ne pas pouvoir chercher le soutien d’homos, quand elle est avec un mec, et au final, se prendre de la biphobie partout.

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