En temps de crise : validité et légitimité du ressenti

Ce que je ressens dans un moment d’intensité et d’urgence. Ce que je juge important ou non au quotidien, et dans l’imprévu, et sous stress. Ce qui me fait réagir. Ce qui m’angoisse. Ce qui me préoccupe. Ce que finalement je dois apprendre à gérer, à recadrer, à tranquilliser, à redimensionner, à solutionner. Ce sont souvent, aux yeux des autres, des « petites choses ». « rien ». « un détail ». « rien », à nouveau (et puis étymologiquement, rien, c’est quelque chose). J’en ai entendu, d’enfant à aujourd’hui, des « c’est exagéré », « sois un peu adulte », « tu te ridiculises », « fais pas ta gamine », « tu vas pas pleurer pour ça ». Mais si je me mets dans « cet état », justement, c’est que, sur le moment au moins, « ça », c’est important. Ça m’envahit. Ça me pose problème. Ça m’obstacle. Ça m’aveugle. Ça me torture. Et nier ce que je ressens ou comme je conçois les choses ne m’aidera pas à résoudre la situation – mais au contraire risque de me précipiter en crise. Lire la suite »

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Les coins

[texte décousu : bribes et phrases à trou écrites sur des bouts de feuille juste avant et juste après un effondrement, reconstituées deux jours plus tard. J’ai déjà écrit sur la thématique du refuge ici, et ]

Les coins. Les coins. Die Ecke, le mot français me donne une impression de rondeur et je vois le mur sombre contre lequel je me sentirai protégée, le mot allemand me fait visualiser l’angle froid et neutre dans lequel me replier. Les coins, je les cherche, je les traque. Absorbée les yeux tirés attirés j’ai l’impression d’être un animal qui renifle qui sent qui cherche son terrier, dans la confusion de la foule les trajectoires des gens qui n’ont plus de sens autour de moi, les bruits qui ont atteint un niveau de mélange et de douleur telle que j’ai renoncé à essayer de les traiter, je suis juste un animal qui cherche à fuir, qui zigzague entre les gens en regardant leurs jambes et plus leurs visages, à chercher la sortie, à chercher les coins. Je les ai toujours cherchés les coins c’est mon premier réflexe, dès que la fatigue m’engloutit ou que l’angoisse pointe, dans la foule, l’agitation, la surcharge, je cherche pour m’y précipiter m’y blottir repliée obscurité roulée en boule.

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Ne pas confondre : aimer et pouvoir, vouloir et pouvoir

Petite scène ordinaire : l’amoureux et moi, on attend dans un coin de notre bar préféré que deux ami.e.s arrivent pour l’apéro. J’ai beau être déjà en bonne compagnie, un quart d’heure après l’heure de rendez-vous convenue, je suis agacée du retard, et je m’inquiète : j’espère qu’iels ne vont pas arriver trop tard, je ne voudrais pas prendre toute cette fatigue du bruit pour rien.

La fatigue du bruit ? Il y a des lieux d’où je fuis tout de suite, parce que le volume ou le type odeurs/bruit/mouvement/ambiance est déjà trop pour moi. Pour d’autres lieux, ça marche à l’usure : 30 minutes ça va, 2h je vais commencer à perdre des petits morceaux de moi. Là : musique de fond [au moins c’est une musique que j’aime bien], brouhaha des voix, mais le bar n’est plein qu’à 70 %, et j’ai passé la journée tranquille au lit, ma réserve d’énergie est encore plutôt pleine. Lui, il essaye de comprendre : donc, là, c’est trop de bruit pour toi ? Pourtant, ça va, t’as déjà eu pire. Ok ça sent la bière aussi mais pas trop. Tu t’es reposée toute la journée. Mais je croyais que tu aimais aller dans les cafés ?

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Refuge portatif à plier en quatre et glisser dans sa poche

Aujourd’hui je formalise un peu. Je donne mes trucs. Qui vont peut-être en aider d’autres, peut-être pas. Qui vont peut-être aussi amener des proches à comprendre et tolérer certains de mes comportements. Comme je l’ai expliqué hier, j’ai toujours eu des tactiques pour survivre aux situations de surcharge ou de désagrément – je n’aborde pas aujourd’hui la question complexe des interactions, de l’organisation, des conflits, et des tsunamis émotionnels, seulement la simple exposition quotidienne et parfois trop prolongée aux foules, aux groupes, aux discussions confuses, aux bruits/ odeurs/ lumières/ mouvements.

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Petits arrangements au quotidien

Il y a de ces choses que je fais depuis toujours sans m’en rendre compte, et qui n’ont pris sens que petit à petit. En fait, qui n’ont pris sens qu’il y a deux mois, quand subitement j’ai bien voulu voir. Avant, j’expliquais séparément, maintenant, ça va ensemble. Il y a une cohérence d’ensemble à tous mes comportements répétés dans de nombreuses situations diverses. Maintenant je peux parler en généralités. Mettre une même continuité depuis les cours d’école de l’école primaire (refuge coin du préau), les vacances en famille (refuge dans la couchette arrière du camion), les pauses midis au lycée (refuge coins d’escaliers), l’université (refuge coins cachés de la BU), et le reste de ma vie de jeune adulte : la précipitation à retrouver ma chambre après une journée de travail, le passage d’une pièce à l’autre et le refuge dans la petite cuisine lors des grosses soirées. Je me suis toujours, aussi, cachée dans une écharpe et dans mes manches. J’ai toujours chipé des trucs à manger quand personne ne regardait, comme si manger sans être vue pouvait rétablir un équilibre de moi-même face au monde. Je me suis toujours fixée sur des détails du paysage, des vêtements, du mur ou de la table, du visage, pour m’apaiser quand trop d’agitation.Lire la suite »

Un espace blanc, vide, silencieux et fluide

Je me revois à 8 ans à traîner des pieds sur les pentes caillouteuses des montagnes que l’on gravissait en famille, je n’aimais pas les randonnées à l’époque. Pour me donner la force de continuer, il fallait que je pense à autre chose, et souvent j’inventais des dialogues à voix basse ou me racontais des histoires dans ma tête. Et je revois, je revois ce moment où j’ai formé ce rêve que je me suis ensuite rejoué mille fois, dans d’autres randos, à l’école, en camp scout, en vacances en famille, le soir avant de dormir, je le reformais, le détaillais, le perfectionnais. C’était mon échappatoire, mon remède à la surcharge, mon refuge mental. Lire la suite »