Les questions qu’on pose aux personnes hors-normes

Les personnes hors-normes, dans l’espace public, ne s’appartiennent pas. On parle à leur place, on pose des questions intrusives, impertinentes et irréfléchies, sans égard pour leur vie privée, leur pudeur, leur timidité, leurs possibles traumas, sans égard pour leur humanité – mais peut-être que les humains hors-normes sont moins humains que les autres, qui sait. Les personnes hors-normes ne s’appartiennent pas, on attend d’elles soit qu’elles se cachent soit qu’elles se politisent, et en tous les cas qu’elles étalent sur la place du village tous les détails de leur vie intime – mais en même temps, toujours en leur reprochant d’exister et de s’exprimer. Les personnes hors-normes manquent cruellement de ce répit banal qu’expérimentent les personnes passe-partout sans savoir la valeur que ça a : juste la possibilité d’être anonyme, de se fondre dans la masse, la liberté d’être sans qu’on nous regarde de travers, nous arrête, nous sollicite sur quelque chose qui n’a que peu à voir avec nous. Les personnes hors-normes sont sans cesse rappelées qu’elles sont hors-normes, et que, quelque part, leur existence doit se mériter plus que les autres, ou qu’elles doivent expier cette différence qu’elles n’ont pas choisie. Lire la suite »

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Ce que mes troubles alimentaires m’apport(ai)ent

Je continue à parler d’automutilation et compagnie, par peur d’aborder ce qui est mon vrai sujet personnel, dont je ne devrais pas avoir honte, je dirais à n’importe qui de ne pas en avoir honte, mais forcément, je n’arrive pas à appliquer ce conseil à moi-même. Au risque de répéter des choses dites dans mon dernier article, je vais quand même publier celui-ci à part. Pour faire place à ce qui a été, secrètement, une part de moi pendant très longtemps, et ce que je crois maintenant pouvoir un jour ranger définitivement dans mon passé : les troubles alimentaires (sous toutes leurs formes parce qu’apparemment je trouve que c’est le fun de jongler entre diverses pathologies…).

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Automutilations et modifications corporelles : se faire du mal, se faire du bien ?

[ ! TW ! je parle de pratiques d’automutilation, d’objets coupants, de sang, et de vomissement, j’évoque des sujets tels que les violences sexuelles, les troubles alimentaires, les crises d’angoisse… bref un article plein de potentiels trigger pour les personnes sensibles sur un sujet ou un autre – donc faites attention à vous et vos émotions en me lisant ]

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Noël

Noël est passé, plus ou moins douloureusement ou joyeusement selon les personnes, voire plus ou moins concrètement, certain·e·s essayant juste d’y échapper et de s’éloigner d’une famille toxique, ou juste de rester avec les seuls êtres qui leur font du bien (ce qui peut être : juste avec soi-même et son chat). Pour la Girafe, Noël a toujours été important, est-ce parce qu’elle croyait au message délivré par la foi chrétienne – espoir d’un renouveau, espoir d’amour et de faiblesse, incarné par un bébé qui naît dans la pauvreté, si ce n’est pas parfait comme mythe –, est-ce parce que ça a lieu au cœur de l’hiver et allie l’attendu froid extérieur à la magie des petites lumières, est-ce parce qu’au milieu de toute l’agitation familiale elle se sentait un peu plus libre de ses gestes, de ses rêves, est-ce parce qu’elle aimait retrouver ses cousines, ou encore juste parce qu’on pouvait y manger plus de chocolat qu’à un autre moment, et se retrouver une fois les cadeaux déballés au milieu d’une profusion de papiers de couleur, brillants, à motifs, qu’elle récupérait soigneusement, religieusement, pour pouvoir les admirer et les réutiliser… Petit inventaire des joies et déplaisirs de Noël pour un girafon qui a grandi. Lire la suite »

La charge mentale et émotionnelle des femmes autistes (2)

J’ai coupé mon article en deux, histoire de permettre à mes lecteurices d’arriver jusqu’au bout. Vous avez pu vous reposer un moment, boire un café (ou un thé, ou un chocolat chaud, ou un jus de fruits, ou rien du tout), voici round 2. Le travail émotionnel – toujours invisible et considéré comme naturel, allant de soi – des femmes est aussi une charge mentale, difficile à décortiquer, analyser, mettre à distance ; difficile à quantifier ; difficile à prioriser, hiérarchiser, par rapport à autre chose.

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La charge mentale et émotionnelle des femmes autistes (1)

On attend, aujourd’hui encore, 2018, France et alentours, un certain nombre de choses aléatoires et contraignantes d’une « femme ». On attend du petit être que l’on a décidé féminin d’être calibrée selon un type unique, un type qui serait doux, attentionné, prêt à se sacrifier pour les autres, pensant toujours à tout ce qui est pratique, un type qui vit dans l’ombre des autres, mais toujours irréprochable, jamais un mot de trop, pas de caractère débordant, pas d’originalité, et une certaine apparence physique dont l’entretien occupe tout l’espace mental et beaucoup de temps et d’énergie, et qui ne sert pas à grand-chose d’autre que de réduire la femme à l’état d’un petit objet décoratif et pas encombrant. Et pour que tout soit bien en place à l’âge adulte et qu’on ne pense pas trop à le remettre en question, on l’y prépare dès le plus jeune âge : ça devient une deuxième peau, on dit même que c’est naturel, inné, pourtant, cette deuxième peau étouffe. Et toutes ces exigences sont encore plus ingérables pour une personne autiste que pour une personne neurotypique (on pourrait faire la même chose en miroir avec les caractéristiques viriles attendues de l’individu mâle, autiste compris, mais pour aujourd’hui je parle des femmes, c’est tout, c’est comme ça). Pour une question d’intensité et d’incompatibilité.

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La perplexité du genre

Sur tout formulaire de n’importe quoi, on doit cocher une case M ou F ou H/F. C’est la deuxième information de la rubrique « informations personnelles », juste après le nom, prénom (mais parfois même avant!), avant la date de naissance ou la nationalité. Deux catégories, M ou F. J’ai toujours été dérangée par cette case. Sur ces formulaires, il n’existe toujours pas de case « X » ou « autre », et surtout il n’existe pas de case : « en quoi est-ce important ? » ou « information non-pertinente ». S’il existe des cas dans lesquels c’est peut-être pertinent, disons, dans le milieu médical (mais pertinent de quoi, puisque les sexes sont bien plus multiples que ce que l’on croit, et que les informations utiles à toute procédure seront de toutes façons relevées après ?), je ne vois vraiment pas la nécessité de le demander absolument partout, comme premier moyen de classement des citoyen·ne·s, je sais, la langue française le fait aussi, et ça aussi ça m’énerve, j’aimerais un neutre, un universel, et un collectif – mais qui ne soient pas masculins. Lire la suite »