Comment aider un.e proche en dépression

Un·e proche en dépression ? Que peut-on faire pour aider, soutenir, ou juste limiter la casse ?
En exclusivité, l’insight d’une vraie personne déprimée (mais vous êtes encouragé·e à de demander directement à la personne concernée, aussi) (en considérant la possibilité qu’elle refuse l’aide, par embarras, honte ou peur)
Il ne s’agit pas de tout faire, ni d’être parfait·e, ni d’être là tout le temps. Par ailleurs, chaque dépression et chaque personne est différente. Ce sont juste des suggestions de ce vers quoi diriger son énergie et comment, pas un mode d’emploi magique. Et oui, j’ai peut-être numéroté n’importe comment, à part le point n°1 que je considère vraiment comme primordial.

(je passe sur les idées reçues sur la dépression, si vous êtes là j’imagine que vous savez déjà qu’on ne s’en sort pas par la magie de la volonté)
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L’auto-diagnostic

[Article initialement publié sur feu le webzine Shake Your Mind en 2019]

« Tu n’es pas médecin, tu ne peux pas savoir », « t’as lu cinq minutes sur internet et tu penses mieux savoir », « tu fais ça pour chercher l’attention », « c’est une mode », « les médecins n’ont rien trouvé donc t’as rien »… Nombreuses sont les phrases dubitatives voire accusatrices que l’on peut entendre lorsque l’on n’attend pas un diagnostic formel pour parler à son entourage de « ce qu’on a », de ce qu’on a cherché à comprendre depuis longtemps et qu’on a enfin trouvé. Cela peut être vrai pour une condition neurologique ou psychiatrique (autisme, dyspraxie, bipolarité, etc.) ou pour une maladie chronique complexe, aux nombreux et divers symptômes (le syndrome Ehlers-Danlos*, par exemple). Il y a une croyance générale, d’une part, que l’on s’auto-diagnostique à la légère, sans y avoir réfléchi, et d’autre part que la médecine est un ensemble de savoirs objectifs et parfaits, et surtout inaccessibles au commun des mortels. Les médecins sont une figure d’autorité bien ancrée dans les mentalités, et leurs études leur inculque un sentiment de supériorité ; ce qui rend difficile d’affirmer des savoirs médicaux indépendants, voire de remettre un question un diagnostic posé et que l’on sent erroné ou incomplet.

Or la réalité est plus complexe que ça. Dans cet article, je voudrais revenir sur quelques croyances concernant ce que peut être un « auto-diagnostic », notamment concernant des conditions et affections longue durée et complexes, souvent compliquées à diagnostiquer. Lire la suite »

Le traumatisme de l’errance médicale

Une enième vidéo d’une jeune femme qui raconte son parcours jusqu’au diagnostic de son endométriose. Lors d’un passage aux urgences en raison des douleurs insoutenables qu’elle endurait pendant son cycle, l’interne qui la reçoit l’engueule, lui dit qu’elle n’a qu’une gastro, enfin, lui donne un médoc quelconque. Mais cette jeune femme, se racontant devant la caméra, admet qu’elle ne se souvient plus de la suite, à ce moment-là. Ce n’est pas la première fois qu’elle consulte. Ce n’est pas la première fois qu’elle se rend aux urgences non plus. À ce moment-là elle n’entend plus parce que c’est devenu trop, c’est devenu inimaginable, c’est devenu trop absurde, impossible.
Elle est dans le brouillard, tout est flou, elle se souvient de son corps devenu tout entier artère qui bat et résonne, elle se souvient des sensations amplifiées mais de tout qui devient irréel autour, et cette phrase « ce n’est qu’une gastro », inconcevable, qui retentit longtemps dans sa tête.

Ce récit, et tant d’autres.
Qui parlent d’endométriose. Qui parlent de SED. Qui parlent d’autres douleurs chroniques, fatigue chronique, troubles digestifs, crises inexpliquées.
Tant de conditions mal connues, mal comprises, qu’on croit rares et qu’on écarte d’emblée
Surtout quand il s’agit de femmes et personnes queer. Surtout quand il s’agit de femmes non-blanches. Surtout quand il s’agit de personnes qu’on a étiquetées folles ou qui cumulent les conditions.

Les récits parlent du choc, de la suite de choc. De la sensation d’être vidé·e. Du doute qui s’insinue, de la défiance envers soi. Du désespoir véritable, des-espoir, le manque de perspective. De l’inimaginable des réponses.

Et je me souviens.Lire la suite »

L’autisme, trouble de la sociabilité ?

[article initialement publié sur feu le webzine Shake Your Mind, en 2019]

Selon le DSM-5, les troubles du spectre autistique sont caractérisés par une dyade de symptômes :

« 1. Déficits persistants dans la communication sociale et les interactions sociales » et « 2. Caractère restreint et répétitif des comportements, des intérêts ou des activités. »

Pour aujourd’hui, je vais m’attarder sur ce 1., bien que l’autre point mériterait aussi qu’on s’y attarde le temps d’un ou trente articles (y’a de quoi faire). L’autisme est apparemment avant tout un trouble de la communication sociale, donc. Disent les non-autistes, qui ne savent pas comment franchir ce « mur », entrer dans cette « forteresse vide », percer la « bulle ». Les enfants en bas-âge qui inquiètent leurs parents sont surtout ceux qui ont un retard de langage, ou n’interagissent pas « suffisamment » avec les autres êtres humains. Et les mères qui prétendent avoir réussi à « guérir » leur enfant autiste grâce à un régime spécial mentionnent en premier lieu la « réussite » de leur enfant à sourire, faire un câlin, regarder dans les yeux, et parler fluidement. Les thérapies précoces intensives, de même, visent le plus souvent à « normaliser » le comportement de l’enfant afin qu’il puisse être intégré par les groupes d’autres enfants non-autistes : c’est-à-dire réprimer les stims, apprendre les indices sociaux typiques et se tenir à des normes de conversation typiques, par exemple en s’interdisant de parler des intérêts spécifiques ; il y a même des chercheurs qui tirent fierté d’avoir appris à des enfants autistes à mentir ! De l’autre côté, des adultes autistes font face à des réactions incrédules quand ils annoncent leur diagnostic (ou demandent évaluation à des pseudo- « professionnels »), parce qu’iels sont capables de regarder dans les yeux, de parler, ont une poignée d’ami·es ou sont en couple. Autisme = incapacité à communiquer et manque d’intérêt pour l’être humain, c’est l’image-type, présente aussi dans l’esprit des psychiatres. On trouve encore dans nombre de documents sur le net, qu’ils soient profanes, de vulgarisation, ou scientifiques, l’idée que les personnes autistes ne veulent pas interagir avec autrui, ne s’intéressent pas à autrui, ainsi que l’idée qu’elles sont incapables d’empathie. Bref, les non-autistes semblent très préoccupé·es par le prétendu déficit communicationnel et social des autistes. Lire la suite »

Ce que vous ne voyez pas

Ça ne se voit pas, continue-t-on à me dire quand j’en parle.
Voire, il y a quelques mois de la part d’une collègue, t’inquiète pas, ça ne se voit pas. (parce que je devais en être inquiète ? C’est censé être un compliment ?)
Vous n’avez pas l’air autiste, me disent : la médecin, le psychiatre, le type de l’antenne emploi qui ne comprend pas que je lui dise que je suis en situation de handicap.
Le contact passe très facilement, vous êtes volubile, réactive, me disent ceux qui vont m’aider à chercher du travail. Pourquoi vous ne pourriez pas travailler un temps plein ? mettent-ils en doute.
Moi j’apprends à doser et équilibrer les activités, me répond une amie, qui pense qu’on a les mêmes énergies, quand je lui confie ma frustration de ne pas pouvoir faire tout ce que j’aime. Ou alors : parfois ça vaut la peine de forcer. (je suis d’accord, mais ce qui est forcé pour moi lui semblera facile à elle…)
Oui mais toi ton handicap est léger, me répète sans cesse mon père.
C’est pas comme les autistes qui font des crises et se tapent la tête, sont-ils nombreux à me dire, ignorant – ou n’ignorant pas, pour mon ex qui l’a vu – que je fais des crises et que je me frappe, en fait.
Tu as de bonnes compétences sociales, disent-ils encore parce qu’ils restent fixés sur le fait que l’autisme, ce n’est qu’un problème de social – et oui, je suis extraverti·e et bavard·e ce qui peut faire illusion pour 10min.Lire la suite »

L’image lisse de l’autisme – ou comme je suis censée cacher mes troubles psy

J’ai besoin que l’autisme et « le handicap » en général aient aussi des représentations sauvages. Des images qui ne soient pas calmes et monochromes, des personnes qui ne soient pas dociles, souriantes et joyeuses de vivre, des personnes qui parlent pour elles-mêmes sans politesses d’usage, des personnes qui ne participent pas, surtout, à la stigmatisation de ce qu’on nomme avec crainte et pincettes « troubles psychiques ». J’ai besoin que l’autisme et « le handicap » cessent d’être mis à part de ces troubles psy, il y a ces catégories partout et on doit cocher l’une ou l’autre case, et le cumul de conditions semble inconcevable, et tout ce qui se rapproche de la « folie » surtout semble devoir être caché, minimisé, repoussé, « plutôt handicap neuro que handicap psy », y’aura davantage de chances d’être pris·e en pitié et aidé·e, j’en peux plus, ça me donne envie de vomir et hurler davantage.

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Fragile

Je me sens si fragile, ces temps-ci.

J’essaye de m’allumer encore, de m’activer, ça ne fonctionne pas vraiment, suffisamment pour qu’on me dise « t’as l’air d’aller bien pourtant », suffisamment pour que personne ne m’aide avec les courses, le ménage, le rangement, les indications sur quoi manger et quand-comment aller me coucher, alors que j’aimerais bien, parfois, qu’on fasse ça pour moi. J’essaye de m’activer et je suis même tombé·e un peu dans la sur-activité pendant mes vacances, à ne pas savoir quoi faire de mes journées que du sport parce qu’il n’y avait pas d’autre remède à l’angoisse. Mais de retour à mon appartement, à la ville modifiée et limitée par les mesures sanitaires, à la canicule que je supporte si mal, je suis retombé·e en miettes ou me suis affaissé·e en bouillie, à nouveau. Je finis par bien connaître la texture et le relief du canapé, à force. Lire la suite »

La dépression

On dit être à bout, à bout de quoi

Ou être au bout du rouleau, comme le dévideur de scotch qui d’un coup bloque et la marque rouge qui apparaît sur l’anneau nu du rouleau terminé.

Être épuisé, comme un puits sans eau, un produit plus disponible en rayon, un livre qui n’est plus imprimé

Toucher le fond, je ne sais pas, peut-on se heurter sans cesse à un nouveau fond, il y a-t-il des infinités de double-fonds dans cet abîme qu’est la dépression

En italien il me dit sei a pezzi. En morceaux.

Oui en miettes, en brisures, en poussière, à ramasser à la balayette, à jeter à la poubelle.Lire la suite »

Ma colère en liberté

[note préalable : je publie cet article deux semaines après l’avoir écrit. Entre-temps, ma colère s’est apaisée, mais l’importance d’en parler – parce qu’elle reviendra, et que je lutterai encore contre – demeure.]


Je suis en colère.

Oui parfois je suis en colère, tellement que mon corps en tremble. Pas juste quelques minutes, mais des jours, voire des semaines. Je ne décolère pas la pression augmente je voudrais en voir ma peau s’ouvrir et les colères s’en échapper comme de petits animaux hargneux et mordants, leur laisser champ libre pour tout saccager à l’extérieur de moi.

Oui parfois j’ai des envies de violence. J’aimerais tout balancer, foutre le feu, raser la ville. J’aimerais puncher des gens dans la face, pour ne plus ressentir, moi, ce crépitement douloureux que je cherche à contenir derrière des sourires. Lire la suite »

Troubles du comportement alimentaire, genre et rapport au corps

Je vais parler ici de rapport au corps et au genre dans les TCA, même si ce n’est pas systématiquement lié, mais c’est souvent une partie du problème : il a notamment été maintes fois relevé que beaucoup de personnes souffrant d’anorexie mentale n’arrivent pas à évaluer leur volume réel et ne se voient pas du tout comme elles sont. Et l’on accuse alors les idéaux de beauté moderne (mais jamais la grossophobie ambiante) de pousser des jeunes filles à vouloir maladivement maigrir et des jeunes hommes à s’épuiser au sport. Mais je voudrais m’éloigner ici de cette idée selon laquelle il s’agirait uniquement de vouloir maigrir et surtout maigrir pour correspondre à un idéal esthétique – et revenir, par la même occasion, sur les discours qui opposent schématiquement TCA chez les hommes et TCA chez les femmes sans proposer de modélisation plus souple, de sous-catégories ou d’autres catégories.
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