Mauvaise militante ? (2) Entre colère et compromis

Je suis une mauvaise militante, ai-je dit dans l’article précédent. Un peu ironiquement, en fait, c’est juste que c’est l’impression qui se dégage de mes échanges avec d’autres personnes, militantes ou non, quand je parle de mes engagements, et ce depuis l’adolescence où une certaine personne de la famille m’avait martelé que si je voulais être prise au sérieux avec mon engagement écologique, plutôt que de les saturer de mes discours il fallait que je milite au sein d’une association ou un parti. Or j’ai décidé pour l’instant de me tenir loin de tout groupe forcé de militant.e.s, ces microcosmes rassemblant parfois le pire, en termes de jugements, compétition, narcissisme. Mais je continue tout de même à avoir ces drôles de confrontations avec des personnes non-engagées, parce qu’évidemment ce sont toujours les non-concerné.e.s qui adorent dire aux concerné.e.s ce qu’iels doivent faire. Par exemple, celleux (et surtout ceux) qui traitent le féminisme comme quelque chose d’un peu superflu et qui ne les regarde absolument pas, mais qui aiment beaucoup tout de même dire aux féministes (qui comme chacun sait forment un groupe homogène de robotes toutes d’accord les unes avec les autres sur absolument tout) (sarcasme) ce qu’elles devraient combattre et comment.Lire la suite »

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Mauvaise militante ? (1) inégales capacités

Il y a quelques jours, c’était le 8 mars, journée internationale des droits des femmes, soit l’occasion en un jour symbolique d’être encore plus présentes et unies, visibles et gueulantes, contre les injustices faites aux femmes. Je ne sais pas chez vous, mais ici c’était grève des femmes, un mouvement assez important que j’aurais aimé, comme chaque année, rejoindre. Et puis, le 8 mars, je suis restée chez moi. Je n’ai même pas particulièrement traîné sur les réseaux sociaux parce que le nombre de « bonne fête des femmes » et d’offres de promo sur du maquillage en ce jour spécial commençait à me faire tourner la tête ; et parce que je me sentais exclue des appels à manifester qui envahissaient mon fil d’actualité facebook et semblaient tous me dire que rien de plus simple que de sortir de chez soi et aller manifester, une fois dans l’année, allez.Lire la suite »

Et sinon, quand est-ce qu’on parle de la société ?

J’ai une petite passion coupable, ou disons, un drôle d’objet d’étude, que j’ai examiné avec l’œil d’une historienne, d’une littéraire, d’une analyste du discours, d’une sociologue. Je ne le savais pas encore quand j’avais 11 ans et que je découvrais tout ça chez ma seule copine de collège d’alors, quand j’avais 11 ans et que mon œil n’était que celui d’une marginale qui ne connaissait-comprenait rien ni aux gens normaux ni à la culture mainstream, je ne le savais pas encore mais tout ça allait être ma source d’information la plus énorme, plus encore que la littérature qui m’obsédait et m’instruisait mais me montrait un monde fictionnel et d’un autre temps. Avec mon amie d’alors, on passait des heures nonchalamment allongées sur son lit à regarder des diffusions de « C’est mon choix », on lisait les magazines féminins qu’achetait sa mère et on en faisait les tests de pseudo-psychologie, j’en dévorais les témoignages et les courriers du cœur, et c’était comme relire des Bds ensemble, me faire expliquer les mots d’argot des chansons de Renaud ou les blagues des garçons du collège – j’observais un monde qui m’était totalement inconnu et étrange et je lui posais des questions, perplexe la plupart du temps devant ce que je voyais et entendais, perplexe surtout devant ce besoin de soumettre volontairement son chemin de vie à jugement et approbation d’autrui. Mon amie me répondait bien sûr avec les connaissances de son âge et de sa situation, un peu de culot et de dissidence, pas mal de tolérance, mais pas trop non plus, on revenait toujours à ce que la société a des castes, des supérieurs des inférieurs, des normaux et des bizarres ou des fous, et quelques destins individuels qui sortent de leur caste [pour mieux s’assimiler à une autre] et qui servent de « leçon de vie ». Lire la suite »

Au cœur de l’urgence rendons hommage

Je sais qu’un jour leur action sera racontée dans les journaux, étudiée à l’université, inscrite dans les livres d’histoire. Histoire de la médecine, de la psychologie. Histoire des mouvements sociaux. Histoire de la solidarité entre patient·e·s. Je sais qu’un jour leurs services rendus à la société seront reconnus, et iels seront remercié·e·s, en masse, de manière anonyme, parce qu’il n’y en a pas qu’un·e, ou deux, ou trois, il y en a des dizaines, des centaines, et je fais partie des mémoires qui retiendront des noms, des visages, des mots particuliers. Comme on étudie les luttes antiracistes et les mouvements féministes, comme on pense à l’action sans cesse à recommencer des homosexuel·le·s pour faire cesser la torture et la mise à l’écart, un jour on nous étudiera aussi sous cet angle-là, et on reconnaîtra l’erreur, le retard, le manque, dont nous avons été victimes, et la manière dont nous nous sommes organisé·e·s pour y faire face.

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De l’autre côté

Quand tu parles, tu sais, je me sens loin, parfois. Ça revient comme ça, comme un drôle de froid, non, pas un froid, comme une drôle de brume, soudainement, je me sens être éloignée par une chose que tu as dite et à laquelle je ne peux pas, n’ai jamais pu, ne pourrai jamais, m’identifier. Tu parles et j’aimerais dire moi aussi, j’aimerais dire je comprends, je dis hmm hmm, oui je vois, ah oui ?, ah tiens, mais en réalité, je me sens tellement loin. Bien que l’on dialogue maintenant, sans accroc, presque sans aucun soupçon de ma différence, je me sens chaque fois revenue à autrefois, à quand j’étais figée en moi-même et que je ne savais juste pas comment faire pour parler, pour dire, pour répondre, pour entrer en contact.

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Les questions qu’on pose aux personnes hors-normes

Les personnes hors-normes, dans l’espace public, ne s’appartiennent pas. On parle à leur place, on pose des questions intrusives, impertinentes et irréfléchies, sans égard pour leur vie privée, leur pudeur, leur timidité, leurs possibles traumas, sans égard pour leur humanité – mais peut-être que les humains hors-normes sont moins humains que les autres, qui sait. Les personnes hors-normes ne s’appartiennent pas, on attend d’elles soit qu’elles se cachent soit qu’elles se politisent, et en tous les cas qu’elles étalent sur la place du village tous les détails de leur vie intime – mais en même temps, toujours en leur reprochant d’exister et de s’exprimer. Les personnes hors-normes manquent cruellement de ce répit banal qu’expérimentent les personnes passe-partout sans savoir la valeur que ça a : juste la possibilité d’être anonyme, de se fondre dans la masse, la liberté d’être sans qu’on nous regarde de travers, nous arrête, nous sollicite sur quelque chose qui n’a que peu à voir avec nous. Les personnes hors-normes sont sans cesse rappelées qu’elles sont hors-normes, et que, quelque part, leur existence doit se mériter plus que les autres, ou qu’elles doivent expier cette différence qu’elles n’ont pas choisie. Lire la suite »

Ce que mes troubles alimentaires m’apport(ai)ent

Je continue à parler d’automutilation et compagnie, par peur d’aborder ce qui est mon vrai sujet personnel, dont je ne devrais pas avoir honte, je dirais à n’importe qui de ne pas en avoir honte, mais forcément, je n’arrive pas à appliquer ce conseil à moi-même. Au risque de répéter des choses dites dans mon dernier article, je vais quand même publier celui-ci à part. Pour faire place à ce qui a été, secrètement, une part de moi pendant très longtemps, et ce que je crois maintenant pouvoir un jour ranger définitivement dans mon passé : les troubles alimentaires (sous toutes leurs formes parce qu’apparemment je trouve que c’est le fun de jongler entre diverses pathologies…).

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