Copie blanche

Commentaire de ma prof de littérature de lycée sur une copie rendue blanche : « Il n’est ni très courageux ni très mature de refuser de se mesurer au réel, quand il ne semble pas facile. Il n’y a pas grande gloire à briller là où on est doué. C’est devant la difficulté qu’on mesure ses propres capacités. Songez-y. »

J’ai sûrement déjà raconté une partie de ce qui suit dans mes articles sur la scolarité, mais retrouver ça dans mes cartons m’a mis dans une telle colère et douleur que j’ai besoin d’y consacrer quelques lignes à part entière.

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Les bases : les intérêts spécifiques

1. C’est quoi, les intérêts spécifiques chez les autistes ? Pourquoi la psychiatrie dit « intérêts restreints » ?
2. Sur quoi ça porte ?
3. Ça sert à quelque chose ?
4. C’est présent chez toutes les personnes autistes ?
5. Faut-il chercher à les restreindre ?
6. Avantages et inconvénients des intérêts spécifiques

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Des monstres, de l’empathie et Karaba la sorcière

« Vos qualités ne disparaissent pas quand vous êtes fatigué·e », m’a dit ma psy en juin, alors que je me dévalorisais et m’inquiétais de perdre mes ami·es, puisque traversant une période d’épuisement et de trop-plein, j’étais incapable d’être l’ami·e que j’aurais aimé être, et que je ne voyais donc pas de raison que des gens continuent à m’aimer.

Mes qualités ne disparaissent pas selon le contexte, donc, paraît-il, et je continue à retourner cette phrase dans tous les sens et ne pas vraiment la comprendre. Ou ne pas l’accepter ? Ce qui est curieux parce que je pourrais très bien la dire à mes ami·es et y croire totalement, parce qu’en effet je n’évalue pas la performance de mes ami·es tous les mois et que je continue à les aimer et à croire en toutes leurs qualités et les percevoir comme des personnes riches et intéressantes et magiques et magnifiques, que l’on soit en contact ou pas, que l’on vive des choses ensemble ou pas, qu’iels aient l’énergie et le temps de me répondre et potentiellement de me soutenir, ou pas. Mais si je savais me juger de la même manière que je juge le reste du monde, j’aurais un budget psy plus réduit et je n’en serais pas là aujourd’hui à raconter à internet le comment et le pourquoi de ma maltraitance envers moi-même.

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Autopsie d’un meltdown en public

Je viens de craquer en pleine gare du Midi [une des gares principales à Bruxelles], une crise bien visible : j’ai agité mes bras, ai commencé à me donner des coups sur la tête, laissé s’échapper gémissements et invectives verbales incontrôlables (moi qui ne jure qu’en mon fort intérieur normalement), me suis roulé en boule par terre en jetant mes affaires autour de moi et me suis balancé un instant sur moi-même en couvrant mes oreilles de mes mains et fermant les yeux. Puis, quelques minutes plus tard, je me suis relevé, je suis reparti, voilà, circulez, y’a rien à voir.
Je voulais juste en faire une anecdote à raconter à deux-trois copines ce matin pour recevoir un peu de réconfort, ou à la limite un post sur la page facebook de mon blog, puis je me suis dit que ça pouvait être un bon « cas pratique » de ce qui est le quotidien de certaines personnes autistes.

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Cette honte qui m’anéantit – ce que je ressens lors d’un flashback émotionnel

[Avertissement de contenu : description détaillées de ressentis négatifs et violents liés à un syndrome de stress post-traumatique complexe, mention sans détails de violences éducatives et sociétales sexistes et validistes]

[Je n’ai pas encore pris le temps / l’énergie de mettre des CW avant mes autres articles, c’est en projet, mais celui-ci, je fais une liste plus bas des pensées violentes qui me traversent lorsque j’ai des flashbacks émotionnels]

Elle est revenue. Elle est là. Ça m’englue et me pèse et m’étouffe et me brûle, c’est partout à l’intérieur à l’extérieur, je ne m’en sors pas, c’est total et puissant, ça me fait passer tellement de jours de nuits dans l’angoisse et l’anéantissement. Elle est revenue hier soir, elle est revenue il y a trois jours, elle ne cesse presque pas d’être là depuis un mois, elle était déjà devenue une visiteuse familière depuis deux ans et demi, j’ai dû l’ajouter à mon quotidien, lui donner sa place dans mon emploi du temps, la laisser piétiner mes projets, ronger mes relations, détruire mes acquis, décimer mon estime de moi, impacter ma santé, saboter mes progrès.

Elle est revenue dis-je, mais elle n’est jamais vraiment partie je crois.

Elle m’a toujours freiné‧e dans la vie, toujours plus à partir du moment où j’ai commencé à masquer véritablement, toujours plus à partir du moment où j’ai essayé de m’intégrer, d’essayer des choses, d’oser, d’aimer et me laisser aimer, de m’attacher aux gens, de rêver à du confort. Elle était toujours là pour me mordre aux chevilles, m’enserrer les poumons, assombrir mes pensées, ajouter des obstacles, détruire des routes.Lire la suite »

Les bases : les cuillères

1. Une amie a annulé notre rdv l’autre jour en m’écrivant : « Je n’ai plus les cuillères. » Qu’est-ce qu’elle entend par là ?
2. D’où vient cette expression ?
3. Pourquoi ne pas juste parler d’énergie et de fatigue ?
4. J’aime bien cette métaphore. Moi aussi, je peux parler de cuillères ?
5. Qu’est-ce qui coûte combien de cuillères ?
6. Que se passe-t-il quand le tiroir à cuillères est vide ?
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Et chaque fois à nouveau

Chaque fois. Chaque fois à nouveau, se sentir si entièrement, totalement, irrémédiablement vaincu·e. À chaque fois perdre espoir, se dire que c’est fini, qu’on n’a plus la force. À chaque fois me remettre intégralement en question, voir la crise comme un échec qui annule tous les précédents progrès, apprentissages, victoires.

Chaque fois le temps perdu, l’énergie perdue, la semaine perdue, chaque fois la honte, les excuses à inventer, l’embarras de ne pas pouvoir tenir des engagements, l’emploi du temps à réécrire, les courses à refaire, l’appart à ranger, le corps à réparer.

Chaque fois sangloter comme un bébé en boule par terre, se sentir seul·e au monde, noyé de détresse, gémir comme un chat blessé et rêver en vain que quelqu’un vienne me relever, me soigner, me surveiller, me dicter quoi faire et me remettre sur les rails.

Chaque fois les douleurs, les insomnies, le corps qui dysfonctionne, se rebelle, arrête de coopérer, les pensées qui s’emballent, m’échappent, s’accumulent et s’avalanchent jusqu’à m’ensevelir et m’étouffer. Et le cercle vicieux crise > épuisement > détestation de soi > crise auquel échapper, dans lequel je me prends les pieds, circuit infernal qui durera un, deux, trois, parfois huit jours, jusqu’à que ce que je trouve à nouveau un appui extérieur qui me permette d’enjamber ce cercle et d’en sortir.

Chaque fois c’est comme si on n’avait rien appris, rien construit, rien acquis, on se retrouve démuni, nu, écorché, sans abri et sans forces. Lire la suite »

La scolarité (4. malentendus)

Malentendus parce que j’ai l’impression que beaucoup de choses mal vécues, dans mon rapport aux profs, dans mon rapport au système scolaire, et enfin dans mon rapport au principe de scolarité en général, sont dues à un décalage entre mes attentes et la réalité, leurs attentes et ma réalité. Un ami bien plus cynique que moi, en réaction à la publication de la partie précédente, a résumé la différence entre nos commentaires sur l’école en un : « t’espères que l’école éduque, j’ai constaté qu’elle formate ! ». Et, oui, voilà. J’ai fini par constater la même chose, mais je n’ai pas cessé d’espérer (tant que jusqu’à mes 22 ans, je voulais être instit ou prof). Pour ce dernier article-racontage de vie, quelques-uns de ces malentendus sur ce qu’est l’école ou ce que devrait être un·e élève.Lire la suite »

La scolarité (2. aspects sensoriels)

Si je ne consacre pas davantage de lignes à l’école primaire dans cette suite d’articles, ce n’est pas que tout était parfait, mais je me souviens d’avoir encore bénéficié d’une relative liberté. Il y avait une certaine flexibilité entre les matières aussi, et encore beaucoup de temps consacré à des activités manuelles et créatives, intégrées aussi au sein de chaque enseignement, ce qui m’aidait beaucoup (m’aidait à me concentrer, mais aussi à comprendre l’enseignement : par exemple, construire des formes géométriques en 3D en papier me permettait de mieux les saisir que de voir une forme sur papier ; faire des expériences concrètes et de l’observation de son environnement pour apprendre la biologie permet bien mieux d’intégrer les enseignements qu’un cours théorique). J’ai essuyé des remarques pour ma déconcentration et mes bavardages, certes, ainsi que ce que je sais aujourd’hui être une forme de dyspraxie (visible surtout dans mon incapacité totale à attraper des balles ; dans mes difficultés à avoir une graphie propre et régulière, à tenir le stylo comme on m’ordonnait de le faire, et écrire au stylo-plume sans me mettre de l’encre partout et détruire rapidement la plume ; et mes difficultés en géométrie). Certains jours, j’avais la cour de récré en horreur et cherchais désespérément à me cacher et m’isoler des cris, mais j’ai aussi beaucoup participé, à ma manière – totalement à côté de la plaque et dans l’incompréhension totale des dynamiques sociales – à pas mal de jeux. Je pourrais détailler de mille manières mais globalement, mon rapport à l’enseignement était ok : j’impressionnais par mon rythme de lecture et mon orthographe irréprochable, le fait d’être dans une école dans une zone défavorisée m’a épargné la pression d’apprendre des tas de choses qui me posent problème (les cartes, la géométrie, savoir poser des multiplications et des divisions), et mon retard n’est devenue manifeste qu’en 6e – on m’avait même, à la fin du CM1, proposé de sauter une deuxième classe… Je ne comprenais pas un bon nombre de choses, j’étais souvent dans un grand état de confusion, mais j’avais dans ma tête des mondes qui me permettaient de m’échapper. Lire la suite »