Plaintes et négativité

Je suis une personne négative, paraît-il ; et mon sport favori est la plainte. Mon côté français, peut-être, puisqu’on sait que les Français sont des râleurs de compétition. Quoique, je passe aussi mon temps à m’épancher sur ce que je trouve joli et mignon et merveilleux dans le quotidien, mais ça ne pèse peut-être pas assez, pour les autres, les jolies couleurs – la jolie lumière – l’architecture fascinante – l’article brillant que j’ai lu – le repas excellent, au regard de la fatigue, du bruit trop fort, des odeurs trop odorantes, ou de l’inquiétude pour l’avenir.

Étrangement, parfois, je dis aussi des choses parfaitement neutres, du genre qu’il faut tant de minutes de trajet pour arriver à tel endroit, ou qu’il reste ceci et cela dans le frigo pour se préparer à manger, ou encore qu’il fait tant de degrés dehors, et on me dit que je suis négative. Peut-être que les choses n’ont pas la même valeur, pas le même présupposé (j’aime le froid, vous non, si je dis « Il fait 5° aujourd’hui ! », c’est positif ou négatif?), bref, des informations factuelles que j’énonce peuvent être perçues comme négatives sans que je sois responsable de la valeur qui leur a été donnée.

Alors, si je donne des informations factuelles presque unanimement perçues comme négatives dans notre société, comme la maladie, la fatigue, la douleur, la solitude, les injustices, c’est fichu, je suis définitivement étiquetée comme une personne négative qui se plaint. Lire la suite »

Le temps du rétablissement

Je vais passer pour une rabat-joie aigrie (j’ai l’habitude) : je n’aime pas les histoires inspirantes. Vous savez, toutes ces histoires de victoire sur la vie, de rétablissement, de changement radical, de sortir de la dépression, de l’anorexie ou juste de la paresse, changer subitement de voie et se réinventer et s’épanouir, ce genre de conte de fées.

Quand on lit ces histoires, ces témoignages, elles sont toutes passées par la moulinette du beau storytelling pour articles de magazines, interviews télévisées ou posts instagram « inspirants », ça donne l’impression que c’est facile, tout ça, qu’il suffit de vouloir et de s’accrocher. Que c’est linéaire. Qu’il existe une progression en forme de chemin dans une seule direction, ou d’escaliers à gravir. À la limite, on parle de rechutes et de détours, mais cette idée de la linéarité et la direction est toujours présente. Avec ces étapes, ces milestone le long de la route, après un point de départ : la décision de, le déclic, la volonté de, et une fin, une arrivée : l’épanouissement, la vraie vie, le bonheur. Lire la suite »

Une prescription de liberté

Quelque part dans mon esprit bordélique, explosif et désordonné, se cache une petite personne très perfectionniste que j’ai pas mal malmenée. À en juger par mon niveau constant d’anxiété, la sévérité des mes auto-critiques et la constante insatisfaction sur tout ce que je fais, certains ne seront pas surpris de m’entendre me qualifier de perfectionniste. À voir, pourtant, le nombre de trucs inachevés et brouillons que je fais, d’autres s’en étonneront peut-être.

Pourtant. Je suis perfectionniste, moi qui ne crois pas en la perfection, je ne sais pas pourquoi, il y a un truc : un besoin d’harmonie, ou un besoin d’absolu, ou une haine de moi-même à racheter d’une manière ou d’une autre, qui me pousse à me dire que ce n’est jamais assez bien. Lire la suite »

Noël et l’éloge de la faiblesse

Un article spontané, rapide, écrit à la hâte hier de mes mains tout juste lavées des restes de farine et de sucre et un peu brûlées ça et là, entre deux fournées de biscuits et un essai semi-raté de caramel – parce que oui, chez moi aussi, ça sent le débordement de gâteaux et de chocolat en décembre, dans ma famille chrétienne aussi, Noël est devenu un temps d’abondance et de cadeaux, même si ça me dégoûte légèrement, tout ce spectacle. (mais je me plie encore aux demandes familiales)Lire la suite »

routines

Mon quotidien est tissé de routines. Je ne fonctionne pas sans. Tant que je suis seule, je ne m’aperçois pas toujours d’à quel point mes gestes automatiques sont des gestes associés, dépendant les uns des autres dans leur déroulement, ne pouvant fonctionner que selon cette trajectoire-ci, comme dans une chaîne de construction d’usine.Lire la suite »

Changer le regard : quel regard ?

De quel regard parle-t-on, quand on lit, quand on entend, dans les critiques de films et de livres, que cela permet de « changer le regard » ? Changer le regard sur le voile, changer le regard sur le handicap (l’usage du singulier est tout à fait intéressant aussi). De quel regard parle-t-on. Du regard dominant, évidemment. Du regard de qui ne le vit pas. Du regard qui a découvert, en faisant ce film, en écrivant ce livre, qu’il existait d’autres regards, peut-être (mais que l’on maintiendra comme géographiquement marginaux, hiérarchiquement inférieurs).Lire la suite »

Affirmation

Je ne suis pas avec autisme. Je ne porte pas l’autisme en bandoulière, en maquillage, en survêtement. Je suis autiste et je ne peux pas être autrement. Je sais bien qu’on dirait que. On dirait que quoi. On dirait, justement, que je porte un costume de neurotypique. C’est celui-ci, mon costume, mon accessoire, mon grimage, pas l’autisme. Je l’enlève à la fin de la journée et je suis moi toute nue. Je l’enlève dès que je suis seule ou au moins pas regardée par des gens que je connais, je suis toujours moi en-dessous, moi autiste, et parfois j’étouffe, j’ai du mal à bouger, à penser, j’ai mal, parce que ce costume est désagréable. Parfois je le boutonne mal et ça se voit. Parfois je l’oublie et c’est magique pour quelques instants, je me sens libre, je me sens entière. Parfois je l’oublie et je me prends davantage le monde en pleine gueule. Parfois je l’oublie et au contraire des personnes seront plus bienveillantes avec moi, parce qu’enfin elles voient que je suis autiste, au lieu de ne pas me croire sur parole. Lire la suite »