Merveille des sens ou éloge du stimming

Parmi les « signes » de l’autisme les plus connus – fantasmés ou étrangement représentés –, il y a les « stéréotypies » et l’« autostimulation ». Ne sachant pas vraiment ce dont on parle, on y met pêle-mêle les gestes auto-agressifs en cas de meltdown comme le fait de se taper la tête contre les murs ou se mordre ; les mouvements difficilement répressibles qui traduisent un état émotionnel, l’anxiété ou la joie, souvent ; les jeux ou recherches de sensations considérés comme pauvres d’intérêt par les neurotypiques, comme le fait d’aligner des objets, de faire tourner des objets colorés, d’agiter les mains devant les yeux, de tourner sur soi ; les besoins de sensations liés à une mauvaise proprioception (besoin de compression, de poids, de repères) ; and so on.

Non seulement ces mouvements sont vus comme quelque chose de totalement incongru, comme si seuls ces extraterrestres que sont les autistes y avaient recours, mais c’est aussi presque toujours considéré de manière négative, comme un « symptôme » à gommer, sans différencier ce qui fait du mal (qui pourrait être remplacé par autre chose qui fait moins mal, et parfois c’est déjà une solution de moindre mal – je pense à l’automutilation durant un meltdown), ce qui est envahissant (mais pourquoi est-ce envahissant, généralement c’est une réaction à autre chose, donc faudrait peut-être voir de prendre le problème à la source, et traiter la source plutôt que la réaction), et ce qui simplement dérange le regard bienséant du neurotypique raidi par ses normes.

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Après la tempête

Oui, je reviens parler de meltdown, de crises, de tous ces moments hors de soi où l’on n’agit plus tout à fait avec raison (mais je vais bien don’t worry), ou  plutôt, de l’après de ces moments. Quand on est enfant, on dit que ce sont des caprices, qu’avec un peu plus de rigidité dans l’éducation, ça nous passera. Quand on est ado, on dit que c’est la crise d’ado, le besoin d’opposition, l’humeur à fleur de peau à cause des hormones, et à nouveau, un peu de rigidité dans l’éducation, un peu de patience, ça nous passera. Et puis adulte ça continue, parfois même, ça s’intensifie, et plus les années avancent et moins on réussit à se faire une image stable de soi, et à maintenir l’auto-estime à un niveau sain.

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Coup de gueule : non, on ne s’habitue pas à la douleur de vivre

La Girafe était optimiste, elle pensait continuer paisiblement sa semaine à barrer petit à petit des tâches de sa liste et terminer d’écrire pendant ses heures de liberté ses articles sur les questions de communication. Période calme, l’impression de mieux gérer la surcharge, la fatigue et les crises, retour de la joie d’être en vie. Et puis l’imprévu arrive. Le mot de travers au mauvais moment, et son cerveau soudain bombardé par trop d’informations soudaines à traiter, l’impression d’être prise au piège, que rien ne lui a été demandé, qu’elle n’a plus de contrôle sur les choses. Et PAF explosion. [j’ai parlé des meltdowns ici, vite fait, et pourtant c’est devenu de loin mon article le plus lu et partagé. Preuve que même aux adultes, ça parle…]Lire la suite »

En temps de crise : validité et légitimité du ressenti

Ce que je ressens dans un moment d’intensité et d’urgence. Ce que je juge important ou non au quotidien, et dans l’imprévu, et sous stress. Ce qui me fait réagir. Ce qui m’angoisse. Ce qui me préoccupe. Ce que finalement je dois apprendre à gérer, à recadrer, à tranquilliser, à redimensionner, à solutionner. Ce sont souvent, aux yeux des autres, des « petites choses ». « rien ». « un détail ». « rien », à nouveau (et puis étymologiquement, rien, c’est quelque chose). J’en ai entendu, d’enfant à aujourd’hui, des « c’est exagéré », « sois un peu adulte », « tu te ridiculises », « fais pas ta gamine », « tu vas pas pleurer pour ça ». Mais si je me mets dans « cet état », justement, c’est que, sur le moment au moins, « ça », c’est important. Ça m’envahit. Ça me pose problème. Ça m’obstacle. Ça m’aveugle. Ça me torture. Et nier ce que je ressens ou comme je conçois les choses ne m’aidera pas à résoudre la situation – mais au contraire risque de me précipiter en crise. Lire la suite »

Crise d’angoisse, surcharge, effondrement autistique, de quoi parle-t-on ?

Aujourd’hui je vais parler cash de mon « symptôme » le plus visible et le plus handicapant : les crises. Les pétages de plombs. Les explosions. Les effondrements. Tout ce qui arrive quand on a trop encaissé, qu’on a trop tenu, et que subitement, plus rien ne fonctionne. J’ai de l’appréhension en postant cet article : parce que c’est ma face cachée, ce que pas grand-monde n’a vu de moi. Et parce que les sentiments dominants liés aux crises sont la honte et le découragement. Mais il faut en parler, pour deux raisons en apparence contradictoires : 1. les prendre au sérieux (tenter de les réduire en respectant ses limites) 2. les dédramatiser (ça arrive, et je suis une personne raisonnée et fiable quand même merci).

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Les coins

[texte décousu : bribes et phrases à trou écrites sur des bouts de feuille juste avant et juste après un effondrement, reconstituées deux jours plus tard. J’ai déjà écrit sur la thématique du refuge ici, et ]

Les coins. Les coins. Die Ecke, le mot français me donne une impression de rondeur et je vois le mur sombre contre lequel je me sentirai protégée, le mot allemand me fait visualiser l’angle froid et neutre dans lequel me replier. Les coins, je les cherche, je les traque. Absorbée les yeux tirés attirés j’ai l’impression d’être un animal qui renifle qui sent qui cherche son terrier, dans la confusion de la foule les trajectoires des gens qui n’ont plus de sens autour de moi, les bruits qui ont atteint un niveau de mélange et de douleur telle que j’ai renoncé à essayer de les traiter, je suis juste un animal qui cherche à fuir, qui zigzague entre les gens en regardant leurs jambes et plus leurs visages, à chercher la sortie, à chercher les coins. Je les ai toujours cherchés les coins c’est mon premier réflexe, dès que la fatigue m’engloutit ou que l’angoisse pointe, dans la foule, l’agitation, la surcharge, je cherche pour m’y précipiter m’y blottir repliée obscurité roulée en boule.

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Ne pas confondre : aimer et pouvoir, vouloir et pouvoir

Petite scène ordinaire : l’amoureux et moi, on attend dans un coin de notre bar préféré que deux ami.e.s arrivent pour l’apéro. J’ai beau être déjà en bonne compagnie, un quart d’heure après l’heure de rendez-vous convenue, je suis agacée du retard, et je m’inquiète : j’espère qu’iels ne vont pas arriver trop tard, je ne voudrais pas prendre toute cette fatigue du bruit pour rien.

La fatigue du bruit ? Il y a des lieux d’où je fuis tout de suite, parce que le volume ou le type odeurs/bruit/mouvement/ambiance est déjà trop pour moi. Pour d’autres lieux, ça marche à l’usure : 30 minutes ça va, 2h je vais commencer à perdre des petits morceaux de moi. Là : musique de fond [au moins c’est une musique que j’aime bien], brouhaha des voix, mais le bar n’est plein qu’à 70 %, et j’ai passé la journée tranquille au lit, ma réserve d’énergie est encore plutôt pleine. Lui, il essaye de comprendre : donc, là, c’est trop de bruit pour toi ? Pourtant, ça va, t’as déjà eu pire. Ok ça sent la bière aussi mais pas trop. Tu t’es reposée toute la journée. Mais je croyais que tu aimais aller dans les cafés ?

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