J’ai peur

J’avais envie de diffuser un message positif ici, positif ou du moins revendicatif et optimiste. Je voulais bousculer un peu les « normalaux » – qui finalement ne me lisent pas et réconforter les atypiques, les exclu·e·s, les discriminé·e·s, que je comprends.

Je voulais dire : être autiste, ce n’est pas une erreur en soi, il y a tellement de choses chouettes et singulières, je ne changerais ce que je suis pour rien au monde. J’ai des tas d’articles en réserve qui parlent de mon fonctionnement et de ce qu’il a de bien, et de ce qu’il est tout aussi « normal » sûrement que celui des neurotypiques qui pour l’instant se gardent bien le monopole de la normalité (et donc, de la légitimité). Je voulais dire : on guérit des troubles alimentaires, on apprend à gérer les troubles anxieux, on devient plus fort·e au fur et à mesure des dépressions et on sait les anticiper, les bloquer, les repousser. Je voulais dire : il y a plusieurs manières d’être, la norme n’a pas forcément raison, le monde médical peut être questionné, tu es valable comme tu es, le « travail » ne définit pas ta valeur, etc. Lire la suite »

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Les frontières mouvantes de l’intimité

Une des questions qui me passionne le plus depuis la fin de l’enfance est la frontière que l’on trace entre ce qui relève de l’intime et ce qui peut être partagé, avec qui, comment, dans quel contexte. Ce qui doit être tenu privé et ce qui relève du public. Les frontières ne sont ni claires, ni définitives, ni universelles (SURTOUT PAS universelles). Cela fait partie des questions que je dois cependant me poser en permanence, pour mon apprentissage progressif des règles sociales de conduite appropriée ; et des questions à lourd enjeu, parce que les émotions qui en résultent sont vives et cruciales : la honte, le sentiment d’humiliation, la culpabilité – mais aussi le sentiment de vulnérabilité, la confiance démesurée, l’attachement affectif, la reconnaissance, dans le cas où l’on pénètre dans une zone d’intimité partagée.

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L’expertise de soi

J’ai entendu pas mal de bêtises sur moi au cours de ma vie, des mots que je savais ne pas coller avec mon ressenti, ma volonté ou mes intentions, et pourtant, je n’ai jamais pu totalement y faire barrage, et rarement et seulement récemment pu m’expliquer (mais non réellement comprendre) pourquoi une majorité de personnes interprétait mes actes et mes mots de manière, pour moi, totalement fausse. Depuis l’enfance où la simple mini-accusation, où la moindre mini-injustice, me paralysait totalement et m’empêchait de me défendre autrement qu’en fuyant ou criant, j’ai fait des progrès en autodéfense, passant par l’écrit d’abord, de longues lettres argumentatives visant à expliquer mon point de vue et mon ressenti… mais les situations de malentendu et de décalage ont continué à se produire (voire être renforcées par ma tendance à me justifier à l’écrit), parfois énormes, souvent plus subtiles au fur et à mesure qu’avançaient les années et que grandissait ma connaissance théorique des normes sociales, affectives, linguistiques, de mon environnement.Lire la suite »

Par amour de soi : se dire handicapé.e

Il y a ce drôle de glissement sur le mot handicapé. On est handicapé.e par quelque chose, par une situation, par un environnement, c’est même théorisé dans le modèle social du handicap***. Dans ce sens-là, les handicaps sont multiples, parfois transitoires, en tous les cas atténuables. Mais dans le langage courant, handicapé désigne une catégorie de la population à part, inconnue et fantasmée. Handicapé désigne une essence de personne stéréotypée, souvent en fauteuil, à lunettes à verres épais et ayant du mal à s’exprimer, comme pour mieux signifier dans ce stéréotype qu’il y a tout un monde d’incompréhension entre moi, normal.e, et lae handicapé.e. C’est un mot presque magique, qui jette un silence sur la foule quand on le prononce, des mines gênées, des airs compatissants. C’est un mot qui attendrit, qui fait s’ouvrir les porte-monnaies, mais qui trace une frontière aussi, on ne va quand même pas leur parler et s’intéresser vraiment à ce qu’iels sont, ces handicapé.e.s. Iels sont handicapé.e.s, iels sont différent.e.s physiquement, parfois on s’émeut de découvrir qu’il y a une vraie personne en-dessous, mais ça ne va jamais plus loin, comme si le mot « handicapé.e » recouvrait toute l’identité de la personne, alors qu’elle signifie surtout la place qui lui est faite dans la société.Lire la suite »

L’injonction à se trouver belleau et à s’aimer

Coucou, Bonjour, Salut, regarde je sais aussi parler d’autre chose que d’autisme. Même si parler corps et perception du corps est un sujet encore plus intime pour moi que de parler de mon cerveau (enfin le cerveau est dans mon corps, finalement, mais dichotomie occidentale moderne toussa toussa), c’est aussi politiquement (?) très important, et mes intérêts du moment sont en train de se reporter là-dessus à nouveau. [D’ailleurs je vais sûrement commencer à publier un peu d’anciens articles écrits sur la question du corps, de la grossophobie, des troubles alimentaires, du genre, écrits il y a longtemps et pas publiés encore, parce que je me suis remise à travailler là-dessus].

Alors, si, mon rapport au corps a aussi à voir avec l’autisme : je trouve ça barbant d’avoir un corps. Hypersensible. Qui surcharge. Qui ressent puissance 1000 tout le temps, c’est éreintant. Qui a des faiblesses, qui tombe malade, qui veut dormir, qui ralentit la vitesse de pensée quand il digère. Mon rapport passe aussi par un biais de genre : je trouve ça barbant d’être une femme et d’être classée dans le regard des autres comme « objet sexuel » (dès 9-10 ans, oui oui), ou « apparence plus importante qu’esprit ». Pour toutes ces raisons (formule hyper-concentrée 3 en 1, comme la lessive) je me suis à un certain âge désolidarisée de mon corps, j’ai voulu ignorer ses besoins de base (manger et dormir) et me réfugier dans ma tête. Mon corps s’est chargé de me rappeler son existence assez vite et s’est ensuit une guerre de plusieurs années que je narrerai dans un prochain épisode, soyez au rendez-vous. Aujourd’hui je veux parler amour de soi, amour du corps, et a-t-on besoin de se trouver beau-belle pour s’aimer (non).

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En temps de crise : validité et légitimité du ressenti

Ce que je ressens dans un moment d’intensité et d’urgence. Ce que je juge important ou non au quotidien, et dans l’imprévu, et sous stress. Ce qui me fait réagir. Ce qui m’angoisse. Ce qui me préoccupe. Ce que finalement je dois apprendre à gérer, à recadrer, à tranquilliser, à redimensionner, à solutionner. Ce sont souvent, aux yeux des autres, des « petites choses ». « rien ». « un détail ». « rien », à nouveau (et puis étymologiquement, rien, c’est quelque chose). J’en ai entendu, d’enfant à aujourd’hui, des « c’est exagéré », « sois un peu adulte », « tu te ridiculises », « fais pas ta gamine », « tu vas pas pleurer pour ça ». Mais si je me mets dans « cet état », justement, c’est que, sur le moment au moins, « ça », c’est important. Ça m’envahit. Ça me pose problème. Ça m’obstacle. Ça m’aveugle. Ça me torture. Et nier ce que je ressens ou comme je conçois les choses ne m’aidera pas à résoudre la situation – mais au contraire risque de me précipiter en crise. Lire la suite »

Le dire, à qui, comment, pourquoi ?

Pour celles et ceux qui lisent mon blog régulièrement : ce qui m’est arrivé depuis quelques mois, ce qui a changé depuis l’ouverture du blog où je pensais le nommer « à la limite » en référence au trouble borderline, c’est devenu clair. Ou pas : de mes ami.e.s, non seulement je ne sais pas qui le lit, mais je ne sais pas s’iels lisent tous les articles ou seulement un de temps à autre, ou en diagonale, ou s’iels le prennent au sérieux ou pas, et du coup je ne sais pas ce qui est su ou ignoré, ce que je dois dire, d’où je dois partir, quels mots je peux prononcer, et pour moi – peut-être pas pour elleux – il y a cet éléphant dans toutes nos bulles de conversation, ce fantôme flottant dont je ne sais pas si je suis la seule à le voir, et si j’ai le droit de le nommer. Et aussi étrange et hypocrite que ça puisse paraître (mais si, je vous assure, je suis sincère), je n’attends pas de mes ami.e.s qu’iels me lisent, je ne considère pas que ça entre dans leur devoir d’ami.e.s : si ça les intéresse, qu’iels aiment lire, qu’iels ont le temps, qu’iels accrochent à mon écriture, tant mieux, mais sinon, ça ne fait pas grand-chose. Le seul dont j’exige lecture régulière est mon compagnon de vie, mais encore, juste pour ne pas avoir à me répéter – à l’oral, donc forcément maladroitement et incomplètement – sur ce que j’ai déjà écrit et qui nous donne des clés de compréhension utiles pour notre entente quotidienne. C’est juste que j’ai envie d’en parler, et je ne sais pas à qui ni comment. That’s it.Lire la suite »