Ce que mes troubles alimentaires m’apport(ai)ent

Je continue à parler d’automutilation et compagnie, par peur d’aborder ce qui est mon vrai sujet personnel, dont je ne devrais pas avoir honte, je dirais à n’importe qui de ne pas en avoir honte, mais forcément, je n’arrive pas à appliquer ce conseil à moi-même. Au risque de répéter des choses dites dans mon dernier article, je vais quand même publier celui-ci à part. Pour faire place à ce qui a été, secrètement, une part de moi pendant très longtemps, et ce que je crois maintenant pouvoir un jour ranger définitivement dans mon passé : les troubles alimentaires (sous toutes leurs formes parce qu’apparemment je trouve que c’est le fun de jongler entre diverses pathologies…).

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Noël

Noël est passé, plus ou moins douloureusement ou joyeusement selon les personnes, voire plus ou moins concrètement, certain·e·s essayant juste d’y échapper et de s’éloigner d’une famille toxique, ou juste de rester avec les seuls êtres qui leur font du bien (ce qui peut être : juste avec soi-même et son chat). Pour la Girafe, Noël a toujours été important, est-ce parce qu’elle croyait au message délivré par la foi chrétienne – espoir d’un renouveau, espoir d’amour et de faiblesse, incarné par un bébé qui naît dans la pauvreté, si ce n’est pas parfait comme mythe –, est-ce parce que ça a lieu au cœur de l’hiver et allie l’attendu froid extérieur à la magie des petites lumières, est-ce parce qu’au milieu de toute l’agitation familiale elle se sentait un peu plus libre de ses gestes, de ses rêves, est-ce parce qu’elle aimait retrouver ses cousines, ou encore juste parce qu’on pouvait y manger plus de chocolat qu’à un autre moment, et se retrouver une fois les cadeaux déballés au milieu d’une profusion de papiers de couleur, brillants, à motifs, qu’elle récupérait soigneusement, religieusement, pour pouvoir les admirer et les réutiliser… Petit inventaire des joies et déplaisirs de Noël pour un girafon qui a grandi. Lire la suite »

La perplexité du genre

Sur tout formulaire de n’importe quoi, on doit cocher une case M ou F ou H/F. C’est la deuxième information de la rubrique « informations personnelles », juste après le nom, prénom (mais parfois même avant!), avant la date de naissance ou la nationalité. Deux catégories, M ou F. J’ai toujours été dérangée par cette case. Sur ces formulaires, il n’existe toujours pas de case « X » ou « autre », et surtout il n’existe pas de case : « en quoi est-ce important ? » ou « information non-pertinente ». S’il existe des cas dans lesquels c’est peut-être pertinent, disons, dans le milieu médical (mais pertinent de quoi, puisque les sexes sont bien plus multiples que ce que l’on croit, et que les informations utiles à toute procédure seront de toutes façons relevées après ?), je ne vois vraiment pas la nécessité de le demander absolument partout, comme premier moyen de classement des citoyen·ne·s, je sais, la langue française le fait aussi, et ça aussi ça m’énerve, j’aimerais un neutre, un universel, et un collectif – mais qui ne soient pas masculins. Lire la suite »

J’ai peur

J’avais envie de diffuser un message positif ici, positif ou du moins revendicatif et optimiste. Je voulais bousculer un peu les « normalaux » – qui finalement ne me lisent pas et réconforter les atypiques, les exclu·e·s, les discriminé·e·s, que je comprends.

Je voulais dire : être autiste, ce n’est pas une erreur en soi, il y a tellement de choses chouettes et singulières, je ne changerais ce que je suis pour rien au monde. J’ai des tas d’articles en réserve qui parlent de mon fonctionnement et de ce qu’il a de bien, et de ce qu’il est tout aussi « normal » sûrement que celui des neurotypiques qui pour l’instant se gardent bien le monopole de la normalité (et donc, de la légitimité). Je voulais dire : on guérit des troubles alimentaires, on apprend à gérer les troubles anxieux, on devient plus fort·e au fur et à mesure des dépressions et on sait les anticiper, les bloquer, les repousser. Je voulais dire : il y a plusieurs manières d’être, la norme n’a pas forcément raison, le monde médical peut être questionné, tu es valable comme tu es, le « travail » ne définit pas ta valeur, etc. Lire la suite »

Les frontières mouvantes de l’intimité

Une des questions qui me passionne le plus depuis la fin de l’enfance est la frontière que l’on trace entre ce qui relève de l’intime et ce qui peut être partagé, avec qui, comment, dans quel contexte. Ce qui doit être tenu privé et ce qui relève du public. Les frontières ne sont ni claires, ni définitives, ni universelles (SURTOUT PAS universelles). Cela fait partie des questions que je dois cependant me poser en permanence, pour mon apprentissage progressif des règles sociales de conduite appropriée ; et des questions à lourd enjeu, parce que les émotions qui en résultent sont vives et cruciales : la honte, le sentiment d’humiliation, la culpabilité – mais aussi le sentiment de vulnérabilité, la confiance démesurée, l’attachement affectif, la reconnaissance, dans le cas où l’on pénètre dans une zone d’intimité partagée.

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L’expertise de soi

J’ai entendu pas mal de bêtises sur moi au cours de ma vie, des mots que je savais ne pas coller avec mon ressenti, ma volonté ou mes intentions, et pourtant, je n’ai jamais pu totalement y faire barrage, et rarement et seulement récemment pu m’expliquer (mais non réellement comprendre) pourquoi une majorité de personnes interprétait mes actes et mes mots de manière, pour moi, totalement fausse. Depuis l’enfance où la simple mini-accusation, où la moindre mini-injustice, me paralysait totalement et m’empêchait de me défendre autrement qu’en fuyant ou criant, j’ai fait des progrès en autodéfense, passant par l’écrit d’abord, de longues lettres argumentatives visant à expliquer mon point de vue et mon ressenti… mais les situations de malentendu et de décalage ont continué à se produire (voire être renforcées par ma tendance à me justifier à l’écrit), parfois énormes, souvent plus subtiles au fur et à mesure qu’avançaient les années et que grandissait ma connaissance théorique des normes sociales, affectives, linguistiques, de mon environnement.Lire la suite »

Par amour de soi : se dire handicapé.e

Il y a ce drôle de glissement sur le mot handicapé. On est handicapé.e par quelque chose, par une situation, par un environnement, c’est même théorisé dans le modèle social du handicap***. Dans ce sens-là, les handicaps sont multiples, parfois transitoires, en tous les cas atténuables. Mais dans le langage courant, handicapé désigne une catégorie de la population à part, inconnue et fantasmée. Handicapé désigne une essence de personne stéréotypée, souvent en fauteuil, à lunettes à verres épais et ayant du mal à s’exprimer, comme pour mieux signifier dans ce stéréotype qu’il y a tout un monde d’incompréhension entre moi, normal.e, et lae handicapé.e. C’est un mot presque magique, qui jette un silence sur la foule quand on le prononce, des mines gênées, des airs compatissants. C’est un mot qui attendrit, qui fait s’ouvrir les porte-monnaies, mais qui trace une frontière aussi, on ne va quand même pas leur parler et s’intéresser vraiment à ce qu’iels sont, ces handicapé.e.s. Iels sont handicapé.e.s, iels sont différent.e.s physiquement, parfois on s’émeut de découvrir qu’il y a une vraie personne en-dessous, mais ça ne va jamais plus loin, comme si le mot « handicapé.e » recouvrait toute l’identité de la personne, alors qu’elle signifie surtout la place qui lui est faite dans la société.Lire la suite »