Les règles du jeu

Le monde dans lequel j’évolue me donne souvent l’impression d’un jeu de société. Je sais qu’il en est de même pour celleux qui s’y amusent, que ce soit pour elleux un jeu de hasard décidé par des dés, ou un jeu de stratégie où il faut faire le bon coup au bon moment. Il y en a qui aiment, parce qu’iels réussissent. Parce qu’iels comprennent. Parce qu’iels acceptent. De mon côté c’est un peu plus complexe. J’ai l’impression d’avoir commencé la partie avec quelques cartes en moins dans mon jeu, avec un pion qui ne tient pas debout tout seul et qui glisse tout le temps d’une case à une autre, et sans avoir entendu avant l’intégralité des règles du jeu. La vie est pour moi un jeu de société dont j’essaye de comprendre les règles par devinette et observation ; dont je prends les règles, transgressées par tout le monde, très au sérieux ; et dont, finalement, je ne comprends pas le but ou le gain. Je fais la route en zigzag, je manque des étapes, j’en répète d’autres, je m’énerve, je me fais traiter de mauvaise joueuse, mais m**** quoi, il y a quelque chose d’injuste dans ce jeu où l’on doit tou.te.s répondre aux mêmes attentes en partant avec des dotations différentes.

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Crise d’angoisse, surcharge, effondrement autistique, de quoi parle-t-on ?

Aujourd’hui je vais parler cash de mon « symptôme » le plus visible et le plus handicapant : les crises. Les pétages de plombs. Les explosions. Les effondrements. Tout ce qui arrive quand on a trop encaissé, qu’on a trop tenu, et que subitement, plus rien ne fonctionne. J’ai de l’appréhension en postant cet article : parce que c’est ma face cachée, ce que pas grand-monde n’a vu de moi. Et parce que les sentiments dominants liés aux crises sont la honte et le découragement. Mais il faut en parler, pour deux raisons en apparence contradictoires : 1. les prendre au sérieux (tenter de les réduire en respectant ses limites) 2. les dédramatiser (ça arrive, et je suis une personne raisonnée et fiable quand même merci).

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S’adapter, oui, jusqu’à quel point ?

Des phrases qui reviennent. De connaissances, de la famille, de chefs, profs ou collègues. D’un des parents qui m’a élevée : « Il faut s’adapter » (et derrière la formule générale, bien sûr, c’était moi qui était visée, jamais l’autre), de la personne qui partage ma vie aujourd’hui : « J’ai l’impression que c’est toujours moi qui doit s’adapter à toi », et la douleur, la frustration, qui ne disparaîtra jamais vraiment, parce que certaines choses ne changeront pas fondamentalement, j’aurai toujours moins d’énergie et plus de sensibilité que cette dernière personne, par exemple.

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Bicycle, bicoque, bigot, bi quoi ?

Chaque fois qu’Alice* tombe sur le mot de biphobie, elle se dit, quand même, c’est un mot exagéré, rien à voir avec l’homophobie, et en se disant ça, elle fait preuve envers elle-même de biphobie. Si Alice se dit que la biphobie, c’est pas quelque chose de si terrible, c’est parce qu’elle a bien intégré le discours dominant, qui veut que sa situation soit moins délicate que celle des homos, puisqu’elle peut toujours choisir de se cacher derrière son versant hétéro, elle peut toujours choisir d’être une femme qui aime les hommes. Sauf, que, justement, non. Et c’est ça qui est douloureux. N’être à sa place dans aucune des catégories, ne pas se sentir soi-même en se disant hétéro, ne pas se sentir soi-même en se disant lesbienne. N’être prise au sérieux par personne, être rejetée des deux côtés, être à l’avance soupçonnée d’infidélité. Voir sa sexualité réduite à une passade, une phase, une mode, une inconstance, une expérience. Au final : se prendre de l’homophobie en pleine gueule, quand elle est avec une fille, ne pas pouvoir chercher le soutien d’homos, quand elle est avec un mec, et au final, se prendre de la biphobie partout.

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Une journée comme les autres

Je fais toujours des plans de ma semaine, des trucs à faire chaque jour, avec le temps je deviens même raisonnable et je ne me charge pas trop, je peux prévoir moins quand j’ai mes règles, ou plus au mois de juin, mais il y a encore des choses qui m’échappent. Je me lève parfois à 7h en pleine forme avec l’envie de conquérir le monde, mais le jour d’après, peut-être, insomnie, manque de sport, ou juste rien du tout, et je serai incapable de me concentrer sur quoique ce soit, et je passerai ma journée à pleurer, ou à ruminer, ou à chercher la dispute.

Quand ça va, on ne se souvient plus que vaguement des moments où ça ne va pas. On se dit c’est pas si terrible, finalement. C’est gérable. Il suffit de. Je peux combattre la mélancolie. La paranoïa. Les trous noirs.

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