Des petites victoires, victoires pour qui et à quel prix ?

Il y a quelques mois, cherchant à me faire un cadeau à moi-même en flânant au rayon BD d’une librairie, je suis tombée sur cette BD, « Les petites victoires », Yvon Roy. Le dessin m’a attirée. Puis le mot « autisme » m’a attirée. Mais le résumé entier sur la quatrième de couverture m’a tout de suite donné envie de vomir et je l’ai reposé. Quelques temps plus tard, en train de faire une liste d’achat de BDs pour l’endroit où je travaillais et après avoir lu des critiques en ligne, je vais revoir le livre en librairie, je feuillette, je lis en diagonale. Et malgré quelques beaux moments et le dessin qui me plaît je me dis que non, décidément. Les « petites victoires » racontées sont des victoires pour le père, pas forcément pour le fils. Ça me rappelle de mauvais souvenirs, et ça commence à me gonfler ces neurotypiques qui écrivent des critiques dithyrambiques de livres de neurotypiques qui traitent d’autisme.(oui parce que pire que le livre, il y a les recensions).
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Internet, ce n’est pas de la vraie vie ?

Quand on traîne sur internet, on dit qu’on est dans du virtuel. Quand on sort de chez soi et qu’on parle à des gens, on est dans le réel, dans la vraie vie, IRL (= in real life). Les personnes rivées à leur ordinateur sont assimilées à des « no life ». L’échange écrit ne serait qu’un tremplin vers la rencontre en chair et en os, les échanges de mails (ou de lettres pour les personnes pas en phase avec leur époque, comme moi) ne seraient qu’un pâle substitut à la discussion face-à-face, alors même qu’on se dit souvent bien moins de choses en face-à-face. Vous aussi, vous avez déjà entendu ça ?Lire la suite »

Coup de gueule : non, on ne s’habitue pas à la douleur de vivre

La Girafe était optimiste, elle pensait continuer paisiblement sa semaine à barrer petit à petit des tâches de sa liste et terminer d’écrire pendant ses heures de liberté ses articles sur les questions de communication. Période calme, l’impression de mieux gérer la surcharge, la fatigue et les crises, retour de la joie d’être en vie. Et puis l’imprévu arrive. Le mot de travers au mauvais moment, et son cerveau soudain bombardé par trop d’informations soudaines à traiter, l’impression d’être prise au piège, que rien ne lui a été demandé, qu’elle n’a plus de contrôle sur les choses. Et PAF explosion. [j’ai parlé des meltdowns ici, vite fait, et pourtant c’est devenu de loin mon article le plus lu et partagé. Preuve que même aux adultes, ça parle…]Lire la suite »

Hypersensibilité

J’ai écrit déjà sur l’hypersensibilité. Sur le bruit, les odeurs. J’aimerais écrire sur le toucher, mais c’est plus complexe, il y a une composante psychologique à détricoter. Je pourrais écrire encore sur la sensibilité visuelle, qui n’est pas si dérangeante pour moi, du moins tant que je peux me tenir à l’écart des néons et des flashs de discothèque, et que je ne dois pas conduire de nuit (bon ok et tant que j’ai le droit de me mettre à haïr le soleil entre fin avril et mi-août). Je devrais écrire sur les choses positives : je peux tomber en émerveillement devant la couleur d’un objet quelconque et me mettre à planer de plaisir pour le son d’un hautbois pendant un quart de minute ; j’ai l’impression de voyager dans un nouveau monde en goûtant un fruit sauvage et je peux avoir des orgasmes de l’épaule. Mais la surcharge, elle, ne fonctionne pas sur le positif. Le positif soulage légèrement du négatif, équilibre la journée ou l’existence, mais le négatif s’additionne, puis fatigue de manière exponentielle, et finit par bloquer tout le reste. Et une fois qu’on est en surcharge, plus rien de positif ne peut entrer. 

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Par amour de soi : se dire handicapé.e

Il y a ce drôle de glissement sur le mot handicapé. On est handicapé.e par quelque chose, par une situation, par un environnement, c’est même théorisé dans le modèle social du handicap***. Dans ce sens-là, les handicaps sont multiples, parfois transitoires, en tous les cas atténuables. Mais dans le langage courant, handicapé désigne une catégorie de la population à part, inconnue et fantasmée. Handicapé désigne une essence de personne stéréotypée, souvent en fauteuil, à lunettes à verres épais et ayant du mal à s’exprimer, comme pour mieux signifier dans ce stéréotype qu’il y a tout un monde d’incompréhension entre moi, normal.e, et lae handicapé.e. C’est un mot presque magique, qui jette un silence sur la foule quand on le prononce, des mines gênées, des airs compatissants. C’est un mot qui attendrit, qui fait s’ouvrir les porte-monnaies, mais qui trace une frontière aussi, on ne va quand même pas leur parler et s’intéresser vraiment à ce qu’iels sont, ces handicapé.e.s. Iels sont handicapé.e.s, iels sont différent.e.s physiquement, parfois on s’émeut de découvrir qu’il y a une vraie personne en-dessous, mais ça ne va jamais plus loin, comme si le mot « handicapé.e » recouvrait toute l’identité de la personne, alors qu’elle signifie surtout la place qui lui est faite dans la société.Lire la suite »

En temps de crise : validité et légitimité du ressenti

Ce que je ressens dans un moment d’intensité et d’urgence. Ce que je juge important ou non au quotidien, et dans l’imprévu, et sous stress. Ce qui me fait réagir. Ce qui m’angoisse. Ce qui me préoccupe. Ce que finalement je dois apprendre à gérer, à recadrer, à tranquilliser, à redimensionner, à solutionner. Ce sont souvent, aux yeux des autres, des « petites choses ». « rien ». « un détail ». « rien », à nouveau (et puis étymologiquement, rien, c’est quelque chose). J’en ai entendu, d’enfant à aujourd’hui, des « c’est exagéré », « sois un peu adulte », « tu te ridiculises », « fais pas ta gamine », « tu vas pas pleurer pour ça ». Mais si je me mets dans « cet état », justement, c’est que, sur le moment au moins, « ça », c’est important. Ça m’envahit. Ça me pose problème. Ça m’obstacle. Ça m’aveugle. Ça me torture. Et nier ce que je ressens ou comme je conçois les choses ne m’aidera pas à résoudre la situation – mais au contraire risque de me précipiter en crise. Lire la suite »

Le droit d’être fatigué.e

Fatiguée, c’est le premier mot que j’apprends dans les autres langues, fatiguée, tired, stanca, cansada, moe, et puis, ma première langue, müde, avec le ü long, müüüüde, Ich bin müüüde, je ne sais pas si je l’ai beaucoup répété enfant mais apparemment oui puisque ça fait partie des phrases que répète mon père comme en écho du passé pour me taquiner, dès que je dis que je suis fatiguée. La fatigue, d’aussi loin que je me souvienne, c’est toujours un état dont je me suis plaint sans jamais trop savoir pourtant à quoi il correspondait vraiment, parce que dans les livres d’enfant, les nounours fatigués baillent en se frottant les yeux et se mettent au lit, mais quand je suis fatiguée, je ne baille pas, ne me frotte pas les yeux, et ne réussis pas à dormir.

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