Être ou ne pas être… gros.se

C’était il y a un an, lors d’un événement culturel indépendant – je lisais dans un coin des brochures militantes, des fanzines, et un manifeste de fatpride a attiré mon attention. Un article contre la grossophobie taclait les filles qui ont peur de grossir. Celles qui font attention à leur alimentation parce que leur plus grande peur est de prendre du poids. Ces filles-là sont grossophobes, accusait le manifeste ! Parce qu’elles entretiennent l’idée qu’être gros, c’est mal, en se refusant de grossir, quand bien même ces filles-là se ficheraient que leur voisin.e soit gros.se et ne se permettraient jamais de donner des conseils d’alimentation à qui que ce soit. Tout en comprenant la nécessité d’un tel point de vue et la vérité qu’elle mettait en lumière (entretenir l’idée que la graisse c’est le mal absolu, c’est encourager le manque de respect envers les personnes grosses), j’ai reçu cet article comme une énorme gifle, je me suis cachée pour pleurer, et ça a été le début d’une longue réflexion sur moi-même (et d’une lecture abondante et compulsive de blogs, témoignages, manifestes, théories sur la grossophobie).

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L’injonction à se trouver belleau et à s’aimer

Coucou, Bonjour, Salut, regarde je sais aussi parler d’autre chose que d’autisme. Même si parler corps et perception du corps est un sujet encore plus intime pour moi que de parler de mon cerveau (enfin le cerveau est dans mon corps, finalement, mais dichotomie occidentale moderne toussa toussa), c’est aussi politiquement (?) très important, et mes intérêts du moment sont en train de se reporter là-dessus à nouveau. [D’ailleurs je vais sûrement commencer à publier un peu d’anciens articles écrits sur la question du corps, de la grossophobie, des troubles alimentaires, du genre, écrits il y a longtemps et pas publiés encore, parce que je me suis remise à travailler là-dessus].

Alors, si, mon rapport au corps a aussi à voir avec l’autisme : je trouve ça barbant d’avoir un corps. Hypersensible. Qui surcharge. Qui ressent puissance 1000 tout le temps, c’est éreintant. Qui a des faiblesses, qui tombe malade, qui veut dormir, qui ralentit la vitesse de pensée quand il digère. Mon rapport passe aussi par un biais de genre : je trouve ça barbant d’être une femme et d’être classée dans le regard des autres comme « objet sexuel » (dès 9-10 ans, oui oui), ou « apparence plus importante qu’esprit ». Pour toutes ces raisons (formule hyper-concentrée 3 en 1, comme la lessive) je me suis à un certain âge désolidarisée de mon corps, j’ai voulu ignorer ses besoins de base (manger et dormir) et me réfugier dans ma tête. Mon corps s’est chargé de me rappeler son existence assez vite et s’est ensuit une guerre de plusieurs années que je narrerai dans un prochain épisode, soyez au rendez-vous. Aujourd’hui je veux parler amour de soi, amour du corps, et a-t-on besoin de se trouver beau-belle pour s’aimer (non).

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« Celles et ceux qui mentent »… Vraiment ?

On va commencer par une évidence : je ne suis pas bien équipée pour repérer le mensonge. Le mensonge intentionnel, je veux dire, celui de on ment pour obtenir ou éviter quelque chose, celui de on est conscient qu’on ment (je dis ça, parce que j’ai passé mon enfance à « mentir » en confondant fiction et réalité, mais je ne m’en rendais pas vraiment compte) (quand on ment pour se protéger, par instinct de survie, il y a généralement aussi dissociation). Donc oui, c’est vrai, j’ai un peu tendance à croire tout le monde sur parole (quand il s’agit de leur vécu, parce que sur un sujet soumis à débat, je retrouve rapidement mon esprit scientifique) et à me dire que si telle personne raconte telle chose, c’est bien qu’il y a une raison. Surtout quand telle personne énonce quelque chose de non enviable, qui signifie une souffrance, qui peut lui apporter stigmatisation, insultes, mépris, difficultés, etc. Pourtant, la parole des concerné.e.s (d’agressions, de vécus traumatiques / dans un autre registre : de maladies et handicaps rares ou « invisibles ») continue d’être mise en doute systématiquement. Oui, aujourd’hui, je veux parler de cet argument qui revient tout le temps. Pour tout un tas de choses qui apparemment sont sans lien les unes avec les autres, mais c’est un même mécanisme. Cet argument qui vise en fait à se dispenser d’écouter le problème : « Oui, mais il y en a qui mentent. »Lire la suite »

Ce qu’on attend de moi

Un truc qui revient souvent, quand je suis fatiguée et que je dois justifier pourquoi j’évite les gens, c’est « Je ne sais pas ce qu’on attend de moi ». Je ne sais pas quel rôle je dois jouer, ce que je suis censée dire, quel chemin je dois suivre, et dans les moments de fatigue, je préférerais avoir un script et ne pas avoir à y penser, plutôt que de jouer avec l’anxiété du pile ou face, de l’incertitude, du risque de passer pour quelque chose que je ne suis pas (parce qu’il se trouve, aussi, que je n’aime pas non plus particulièrement me rendre compte, quand j’agis spontanément, que je risque d’être mise à l’écart). Il y a ce truc ambigu dans ma vie, cet espèce de double personne en moi, celle qui n’en fait qu’à sa tête et remet les règles en question parce qu’elle sait bien, au fond, qu’elle a raison, et celle qui essaye de coller à toutes les attentes parce qu’apparemment c’est en suivant des règles qu’on devient social.e, et il lui tient à cœur d’être intégrée et appréciée.

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« Le féminisme a changé ton rapport aux hommes » (euh, oui, heureusement)

C’est quelque chose que j’entends souvent. Pas avec admiration, reconnaissance, envie, mais avec moquerie et reproche. Ça se chevauche généralement avec le « tu es trop extrême », « faut pas voir le mal partout » ou encore « bon pas tous les hommes sont comme ça hein ». (phrases auxquelles je ne répondrai même pas, y’a suffisamment d’autres blogueuses qui y ont magnifiquement répondu, pas envie de faire de la pédagogie).

Et c’est drôle, en commençant à m’engager pour de vrai, il y quelques années, en mettant tous mes petits combats isolés ensemble et me rendant compte subitement que oui, j’étais féministe, en me jetant subitement la tête la première dans la prise de conscience élargie, la documentation, le militantisme, moi aussi, savez-vous, j’ai eu peur. J’étais un peu plus jeune que ça et je commençais à me faire apprécier autour de moi, j’avais juste ce qu’il fallait d’anticonformisme ou de grande gueule mais pas trop non plus. Alors me remettre à reprendre toute remarque sexiste, ne plus rire aux blagues dégueulasses, parler de mon désir au lit avec un homme, freiner la symétrisation (vous savez, le fameux sexisme anti-hommes), faire de l’éducation quand on me demandait juste une approbation silencieuse, oui, tout ça, ça allait me faire perdre des ami.e.s, peut-être. Ou m’empêcher d’en rencontrer de nouvelleaux. J’ai eu cette crainte oui. Cette crainte de ne plus pouvoir draguer, parce que je fais peur, je rebute, ou parce qu’un type qui sort une blague * innocemment * sexiste subitement ne m’attire plus du tout. Il ne m’était pas venu à l’idée de me dire que ce serait alors la faute au sexisme du type, pas la faute à mon féminisme. Lire la suite »

responsabilité politique et sociale des troubles du comportement alimentaire

Réaction épidermique aujourd’hui à la relecture d’articles traitant de décisions récentes visant, après le contrôle du poids minimum et de la bonne santé des mannequins, à interdire les pubs « dégradantes pour la femme » dans le métro parisien, puis l’obligation à écrire « photo retouchée » sur les photos retouchées (euh… toutes ?)
(je ne réagis donc pas à une actualité brûlante, mais je réagis tout de même de manière brûlante, et j’aurai encore des tonnes d’articles plus complets-complexes à écrire là-dessus)

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La culpabilité d’être soi

Je suis une personne qui occupe de l’espace. Je parle fort, je pense beaucoup à moi (ou sur moi, disons), je sais ce que je veux et encore plus ce que je ne veux pas, je refuse de me plier aux règles collectives si je n’en comprends pas le sens, et j’ai toujours eu un sentiment de la justice sur-développé. Ça ne m’empêche pas d’être aussi naturellement portée à l’altruisme : je ressens les autres, je ne supporte pas l’injustice, je ne comprends pas la méchanceté, et j’ai en horreur la compétition. Mais mon hypersensibilité prend de la place, mon hyperémotivité fait du bruit, et du coup, je donne l’impression d’être autocentrée et égoïste.

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