En temps de crise : validité et légitimité du ressenti

Ce que je ressens dans un moment d’intensité et d’urgence. Ce que je juge important ou non au quotidien, et dans l’imprévu, et sous stress. Ce qui me fait réagir. Ce qui m’angoisse. Ce qui me préoccupe. Ce que finalement je dois apprendre à gérer, à recadrer, à tranquilliser, à redimensionner, à solutionner. Ce sont souvent, aux yeux des autres, des « petites choses ». « rien ». « un détail ». « rien », à nouveau (et puis étymologiquement, rien, c’est quelque chose). J’en ai entendu, d’enfant à aujourd’hui, des « c’est exagéré », « sois un peu adulte », « tu te ridiculises », « fais pas ta gamine », « tu vas pas pleurer pour ça ». Mais si je me mets dans « cet état », justement, c’est que, sur le moment au moins, « ça », c’est important. Ça m’envahit. Ça me pose problème. Ça m’obstacle. Ça m’aveugle. Ça me torture. Et nier ce que je ressens ou comme je conçois les choses ne m’aidera pas à résoudre la situation – mais au contraire risque de me précipiter en crise. Lire la suite »

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De l’importance de l’ordre et de la routine (surtout en plein déménagement)

On a tou.te.s besoin de repères. D’ordre. De permanence. D’habitudes. Et celleux qui me contestent ça n’ont pas passé 10 ans, carnet à la main, à noter toutes les petites habitudes gestuelles, verbales, alimentaires, vestimentaires, de leur entourage, à décortiquer les automatismes et les idées reçues des autres, qui sont aussi, en fait, des sortes d’habitudes. Pourtant, quand on en vient à parler d’autisme, c’est marqué comme pathologique, comme anormal, cet attachement à la routine, ce besoin d’habitude, ce fonctionnement autour d’un certain ordre donné.

Mais en soi, je ne vois pas pourquoi il est considéré comme plus grave de ne pas réussir à se départir d’une certaine rigidité sur le type de fourchette avec lequel je peux manger, ou sur le chemin que je fais pour aller au travail, que de ne pas réussir à se départir d’une rigidité sur des idées sociales ou politiques. Vous conviendrez finalement que la première sorte de rigidité est finalement moins nuisible.

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Une rencontre

Il m’est arrivé un truc chouette samedi dernier, j’ai rencontré David et Marie, auteur.e.s du blog lgbthandicap. Je ne sais pas comment, dans mon enthousiaste du matin je me suis dit un jour tiens, puisque je passe brièvement par Paris, pourquoi pas commencer quelque part (la liste des nouvelles personnes que j’aimerais rencontrer sur Paris est longue, on va faire petit à petit) ; et quand j’ai reçu leur réponse positive un soir j’ai commencé à être anxieuse et à m’en vouloir de mes idées spontanées et sociables du matin. S’il n’y avait que des soirs, ou si je n’avais pas la règle de me tenir à ce qui était déjà décidé (le matin), je ne ferais jamais rien de nouveau dans ma vie.

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Les règles du jeu

Le monde dans lequel j’évolue me donne souvent l’impression d’un jeu de société. Je sais qu’il en est de même pour celleux qui s’y amusent, que ce soit pour elleux un jeu de hasard décidé par des dés, ou un jeu de stratégie où il faut faire le bon coup au bon moment. Il y en a qui aiment, parce qu’iels réussissent. Parce qu’iels comprennent. Parce qu’iels acceptent. De mon côté c’est un peu plus complexe. J’ai l’impression d’avoir commencé la partie avec quelques cartes en moins dans mon jeu, avec un pion qui ne tient pas debout tout seul et qui glisse tout le temps d’une case à une autre, et sans avoir entendu avant l’intégralité des règles du jeu. La vie est pour moi un jeu de société dont j’essaye de comprendre les règles par devinette et observation ; dont je prends les règles, transgressées par tout le monde, très au sérieux ; et dont, finalement, je ne comprends pas le but ou le gain. Je fais la route en zigzag, je manque des étapes, j’en répète d’autres, je m’énerve, je me fais traiter de mauvaise joueuse, mais m**** quoi, il y a quelque chose d’injuste dans ce jeu où l’on doit tou.te.s répondre aux mêmes attentes en partant avec des dotations différentes.

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Éparpillée

Ça fait 3 ans que j’achète un agenda pour mieux m’organiser. Je n’écris pas les choses dans mon agenda. Alors je prévois des temps bi-hebdomaires pour écrire les choses à faire dans mon agenda : je ne consulte jamais mon agenda. Alors je fais des listes de choses à faire sur base de mon agenda papier et mental : j’égare les listes. Je fais des post-its qui me rappellent les choses les plus urgentes, je les colle sur la couverture de mon agenda. À côté du lit. Sur la porte de la chambre : je ne regarde pas les post-its. J’écris les choses sur ma main comme on le fait à douze ans, acheter ceci, écrire à machin. Je ne regarde pas ma main quand il le faut. Je passe mon temps à penser à tout, ma tête est pleine de multiples tâches à faire, d’inégale importance et urgence, et je sature, et je stresse, et pourtant – je n’y pense jamais au bon moment

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