« Celles et ceux qui mentent »… Vraiment ?

On va commencer par une évidence : je ne suis pas bien équipée pour repérer le mensonge. Le mensonge intentionnel, je veux dire, celui de on ment pour obtenir ou éviter quelque chose, celui de on est conscient qu’on ment (je dis ça, parce que j’ai passé mon enfance à « mentir » en confondant fiction et réalité, mais je ne m’en rendais pas vraiment compte) (quand on ment pour se protéger, par instinct de survie, il y a généralement aussi dissociation). Donc oui, c’est vrai, j’ai un peu tendance à croire tout le monde sur parole (quand il s’agit de leur vécu, parce que sur un sujet soumis à débat, je retrouve rapidement mon esprit scientifique) et à me dire que si telle personne raconte telle chose, c’est bien qu’il y a une raison. Surtout quand telle personne énonce quelque chose de non enviable, qui signifie une souffrance, qui peut lui apporter stigmatisation, insultes, mépris, difficultés, etc. Pourtant, la parole des concerné.e.s (d’agressions, de vécus traumatiques / dans un autre registre : de maladies et handicaps rares ou « invisibles ») continue d’être mise en doute systématiquement. Oui, aujourd’hui, je veux parler de cet argument qui revient tout le temps. Pour tout un tas de choses qui apparemment sont sans lien les unes avec les autres, mais c’est un même mécanisme. Cet argument qui vise en fait à se dispenser d’écouter le problème : « Oui, mais il y en a qui mentent. »Lire la suite »

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Qui est normal ?

Vous qui m’avez si souvent dit que j’étais « bizarre ». « Pas normale ». « Exagérée ». « Folle ». Vous ne m’avez jamais dit en quoi vous, vous étiez normalaux et raisonné.e.s. Non, ne partez pas, c’est une vraie question. Je ne suis pas dans la provoc’. Je ne l’ai, peut-être, jamais été, juste en grande curiosité qui, à un certain moment, devient du profond désarroi. Sérieusement. Dites-moi. J’ai essayé de comprendre par moi-même mais pour certaines choses j’arrive à des limites. Expliquez-moi. Qu’est-ce que c’est, pour vous, la manière « normale » de concevoir, comprendre, ressentir le monde? Je sais bien, allez : Vous ne vous êtes jamais trop posé la question. Pas besoin. Vous étiez déjà sur le bon chemin, dans la bonne case, dans le bon groupe. Vous avez suivi les autres et tout s’est bien passé. Et puisque tout se passe bien pour vous, c’est que vous avez raison, n’est-ce pas ? C’est qu’il y a une bonne manière de vivre et de penser, qui soit dans la norme, non seulement statistiques, mais morale ?Lire la suite »

Crise d’angoisse, surcharge, effondrement autistique, de quoi parle-t-on ?

Aujourd’hui je vais parler cash de mon « symptôme » le plus visible et le plus handicapant : les crises. Les pétages de plombs. Les explosions. Les effondrements. Tout ce qui arrive quand on a trop encaissé, qu’on a trop tenu, et que subitement, plus rien ne fonctionne. J’ai de l’appréhension en postant cet article : parce que c’est ma face cachée, ce que pas grand-monde n’a vu de moi. Et parce que les sentiments dominants liés aux crises sont la honte et le découragement. Mais il faut en parler, pour deux raisons en apparence contradictoires : 1. les prendre au sérieux (tenter de les réduire en respectant ses limites) 2. les dédramatiser (ça arrive, et je suis une personne raisonnée et fiable quand même merci).

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Regarde-moi dans les yeux

La difficulté à décrire la particularité d’un comportement / sentiment propre découle de ce que le mode d’emploi complet de la « normalité » n’existe pas. Comment savoir ce que votre vécu a de particulier ? Si vous déviez de la norme, on vous rappelle à l’ordre, vous savez que vous avez fait quelque chose de « pas normal » ; mais on ne vous corrige pas forcément comme on corrigerait un étranger qui fait une faute de grammaire ou coupe mal le fromage, en lui disant quelle est la forme juste ou le geste correct. C’est à vous de trouver, tout.e seul.e, pas seulement ce qui cloche, mais comment on y remédie. Je sais bien, à force, lesquels de mes comportements posent problème, selon les contextes, l’entourage, l’âge, le genre ; et à l’aide d’observations puis questions j’ai pu à peu près me régler sur mon meilleur niveau de normalité, non sans efforts et persistance d’un sentiment profond d’incompréhension.

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Les interactions quotidiennes

Je l’ai toujours su et annoncé : je suis une quiche en interactions orales spontanées. On ne dirait pas toujours comme ça, n’est-ce pas. J’ai pas mal appris quand même et puis je souris, ça aide. Enfin si, en y repensant, on dirait quand même parfois, souvent : je fais rire ou j’interloque, alors je dis, pardon, je sais jamais comment répondre à une question comme celle-ci, on me répond c’est pas grave c’est bien la franchise, mais je ne suis pas sûre que la personne ait été franche elle-même en disant ça, bref, je suis embarrassée, je ris. Je ris beaucoup, ou plutôt, je glousse, et je déteste donner une image de gloussante, alors je glousse encore plus, et je rougis, et je déteste donner une image de rougissante, et ainsi de suite. Je peux apparaître excentrique et envahissante parce que, ne sachant jamais comment débuter ni terminer une conversation, je fais exprès d’entrer comme ça dans des groupes de conversations déjà formés, j’entends un truc qui me tilte, je lance « AH OUI AU FAIT etc. » de ma voix forte et mon grand sourire, et je me retourne et pars sans conclusion dès que ça m’ennuie.

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Bon, et donc, finalement, tu fais quoi dans la vie ?

Je sais qu’ils ne pensent pas à mal les gens qui posent cette question. D’ailleurs, moi aussi je la pose, tout le temps, parce qu’il faut bien se dépatouiller comme on peut avec ces trois verbes les plus courants que sont être, avoir et faire. Je sais qu’on cherche par là à savoir sur quelle base démarrer la conversation. Parce qu’on suppose que le travail des gens reflète (tout ?) ce qu’iels aiment faire et ce dont iels aiment parler. Alors, si tu es médecin.e, on te montrera des bobos, si tu es danseur/se on te dira ah oui j’ai déjà vu le Lac des Cygnes, si tu es sage-femme [oui le masculin est sage-femme aussi, je vous renvoie à l’étymologie] on te parlera bébés, si tu es ingénieur.e, avocat.e, architecte, on te dira waouh mais en fait personne n’a aucune idée de ce que tu fais réellement dans ton travail au quotidien ; et si tu es linguiste, on ne comprendra pas et on te demandera alors, combien de langues tu parles ?Lire la suite »