Des petites victoires, victoires pour qui et à quel prix ?

Il y a quelques mois, cherchant à me faire un cadeau à moi-même en flânant au rayon BD d’une librairie, je suis tombée sur cette BD, « Les petites victoires », Yvon Roy. Le dessin m’a attirée. Puis le mot « autisme » m’a attirée. Mais le résumé entier sur la quatrième de couverture m’a tout de suite donné envie de vomir et je l’ai reposé. Quelques temps plus tard, en train de faire une liste d’achat de BDs pour l’endroit où je travaillais et après avoir lu des critiques en ligne, je vais revoir le livre en librairie, je feuillette, je lis en diagonale. Et malgré quelques beaux moments et le dessin qui me plaît je me dis que non, décidément. Les « petites victoires » racontées sont des victoires pour le père, pas forcément pour le fils. Ça me rappelle de mauvais souvenirs, et ça commence à me gonfler ces neurotypiques qui écrivent des critiques dithyrambiques de livres de neurotypiques qui traitent d’autisme.(oui parce que pire que le livre, il y a les recensions).
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Internet, ce n’est pas de la vraie vie ?

Quand on traîne sur internet, on dit qu’on est dans du virtuel. Quand on sort de chez soi et qu’on parle à des gens, on est dans le réel, dans la vraie vie, IRL (= in real life). Les personnes rivées à leur ordinateur sont assimilées à des « no life ». L’échange écrit ne serait qu’un tremplin vers la rencontre en chair et en os, les échanges de mails (ou de lettres pour les personnes pas en phase avec leur époque, comme moi) ne seraient qu’un pâle substitut à la discussion face-à-face, alors même qu’on se dit souvent bien moins de choses en face-à-face. Vous aussi, vous avez déjà entendu ça ?Lire la suite »

Moi je

Un des reproches qui m’a été adressé le plus souvent dans ma conversation, de l’enfance à aujourd’hui, outre le « tu parles trop », c’est le : « tu ramènes tout à toi ». Je réponds en disant moi je. Moi aussi. Moi non. Moi ceci. Moi cela. Je suis la mesure de toute chose, je suis le miroir, et apparemment, ça donne l’impression que je ne m’intéresse pas à ce que dit l’autre…Lire la suite »

« Celles et ceux qui mentent »… Vraiment ?

On va commencer par une évidence : je ne suis pas bien équipée pour repérer le mensonge. Le mensonge intentionnel, je veux dire, celui de on ment pour obtenir ou éviter quelque chose, celui de on est conscient qu’on ment (je dis ça, parce que j’ai passé mon enfance à « mentir » en confondant fiction et réalité, mais je ne m’en rendais pas vraiment compte) (quand on ment pour se protéger, par instinct de survie, il y a généralement aussi dissociation). Donc oui, c’est vrai, j’ai un peu tendance à croire tout le monde sur parole (quand il s’agit de leur vécu, parce que sur un sujet soumis à débat, je retrouve rapidement mon esprit scientifique) et à me dire que si telle personne raconte telle chose, c’est bien qu’il y a une raison. Surtout quand telle personne énonce quelque chose de non enviable, qui signifie une souffrance, qui peut lui apporter stigmatisation, insultes, mépris, difficultés, etc. Pourtant, la parole des concerné.e.s (d’agressions, de vécus traumatiques / dans un autre registre : de maladies et handicaps rares ou « invisibles ») continue d’être mise en doute systématiquement. Oui, aujourd’hui, je veux parler de cet argument qui revient tout le temps. Pour tout un tas de choses qui apparemment sont sans lien les unes avec les autres, mais c’est un même mécanisme. Cet argument qui vise en fait à se dispenser d’écouter le problème : « Oui, mais il y en a qui mentent. »Lire la suite »

Qui est normal ?

Vous qui m’avez si souvent dit que j’étais « bizarre ». « Pas normale ». « Exagérée ». « Folle ». Vous ne m’avez jamais dit en quoi vous, vous étiez normalaux et raisonné.e.s. Non, ne partez pas, c’est une vraie question. Je ne suis pas dans la provoc’. Je ne l’ai, peut-être, jamais été, juste en grande curiosité qui, à un certain moment, devient du profond désarroi. Sérieusement. Dites-moi. J’ai essayé de comprendre par moi-même mais pour certaines choses j’arrive à des limites. Expliquez-moi. Qu’est-ce que c’est, pour vous, la manière « normale » de concevoir, comprendre, ressentir le monde? Je sais bien, allez : Vous ne vous êtes jamais trop posé la question. Pas besoin. Vous étiez déjà sur le bon chemin, dans la bonne case, dans le bon groupe. Vous avez suivi les autres et tout s’est bien passé. Et puisque tout se passe bien pour vous, c’est que vous avez raison, n’est-ce pas ? C’est qu’il y a une bonne manière de vivre et de penser, qui soit dans la norme, non seulement statistiques, mais morale ?Lire la suite »

Crise d’angoisse, surcharge, effondrement autistique, de quoi parle-t-on ?

Aujourd’hui je vais parler cash de mon « symptôme » le plus visible et le plus handicapant : les crises. Les pétages de plombs. Les explosions. Les effondrements. Tout ce qui arrive quand on a trop encaissé, qu’on a trop tenu, et que subitement, plus rien ne fonctionne. J’ai de l’appréhension en postant cet article : parce que c’est ma face cachée, ce que pas grand-monde n’a vu de moi. Et parce que les sentiments dominants liés aux crises sont la honte et le découragement. Mais il faut en parler, pour deux raisons en apparence contradictoires : 1. les prendre au sérieux (tenter de les réduire en respectant ses limites) 2. les dédramatiser (ça arrive, et je suis une personne raisonnée et fiable quand même merci).

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Regarde-moi dans les yeux

La difficulté à décrire la particularité d’un comportement / sentiment propre découle de ce que le mode d’emploi complet de la « normalité » n’existe pas. Comment savoir ce que votre vécu a de particulier ? Si vous déviez de la norme, on vous rappelle à l’ordre, vous savez que vous avez fait quelque chose de « pas normal » ; mais on ne vous corrige pas forcément comme on corrigerait un étranger qui fait une faute de grammaire ou coupe mal le fromage, en lui disant quelle est la forme juste ou le geste correct. C’est à vous de trouver, tout.e seul.e, pas seulement ce qui cloche, mais comment on y remédie. Je sais bien, à force, lesquels de mes comportements posent problème, selon les contextes, l’entourage, l’âge, le genre ; et à l’aide d’observations puis questions j’ai pu à peu près me régler sur mon meilleur niveau de normalité, non sans efforts et persistance d’un sentiment profond d’incompréhension.

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