Le dire, à qui, comment, pourquoi ?

Pour celles et ceux qui lisent mon blog régulièrement : ce qui m’est arrivé depuis quelques mois, ce qui a changé depuis l’ouverture du blog où je pensais le nommer « à la limite » en référence au trouble borderline, c’est devenu clair. Ou pas : de mes ami.e.s, non seulement je ne sais pas qui le lit, mais je ne sais pas s’iels lisent tous les articles ou seulement un de temps à autre, ou en diagonale, ou s’iels le prennent au sérieux ou pas, et du coup je ne sais pas ce qui est su ou ignoré, ce que je dois dire, d’où je dois partir, quels mots je peux prononcer, et pour moi – peut-être pas pour elleux – il y a cet éléphant dans toutes nos bulles de conversation, ce fantôme flottant dont je ne sais pas si je suis la seule à le voir, et si j’ai le droit de le nommer. Et aussi étrange et hypocrite que ça puisse paraître (mais si, je vous assure, je suis sincère), je n’attends pas de mes ami.e.s qu’iels me lisent, je ne considère pas que ça entre dans leur devoir d’ami.e.s : si ça les intéresse, qu’iels aiment lire, qu’iels ont le temps, qu’iels accrochent à mon écriture, tant mieux, mais sinon, ça ne fait pas grand-chose. Le seul dont j’exige lecture régulière est mon compagnon de vie, mais encore, juste pour ne pas avoir à me répéter – à l’oral, donc forcément maladroitement et incomplètement – sur ce que j’ai déjà écrit et qui nous donne des clés de compréhension utiles pour notre entente quotidienne. C’est juste que j’ai envie d’en parler, et je ne sais pas à qui ni comment. That’s it.Lire la suite »

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Qui est normal ?

Vous qui m’avez si souvent dit que j’étais « bizarre ». « Pas normale ». « Exagérée ». « Folle ». Vous ne m’avez jamais dit en quoi vous, vous étiez normalaux et raisonné.e.s. Non, ne partez pas, c’est une vraie question. Je ne suis pas dans la provoc’. Je ne l’ai, peut-être, jamais été, juste en grande curiosité qui, à un certain moment, devient du profond désarroi. Sérieusement. Dites-moi. J’ai essayé de comprendre par moi-même mais pour certaines choses j’arrive à des limites. Expliquez-moi. Qu’est-ce que c’est, pour vous, la manière « normale » de concevoir, comprendre, ressentir le monde? Je sais bien, allez : Vous ne vous êtes jamais trop posé la question. Pas besoin. Vous étiez déjà sur le bon chemin, dans la bonne case, dans le bon groupe. Vous avez suivi les autres et tout s’est bien passé. Et puisque tout se passe bien pour vous, c’est que vous avez raison, n’est-ce pas ? C’est qu’il y a une bonne manière de vivre et de penser, qui soit dans la norme, non seulement statistiques, mais morale ?Lire la suite »

Et puis un jour une psy te reconnaît (errance diagnostique, 5e volet)

Ces derniers temps, tu es fatiguée de ta vie. Oui, bon, le ces derniers temps revient cycliquement, okay. Revient même parfois tous les jours, dépendant de la période et du nombre de choses que tu as à faire et du nombre d’heures passées dans la jungle urbaine. Du coup même celleux qui savent se disent que ce n’est pas grave, que ça va passer. Que c’est juste que tu manques de courage et que tu ne fais pas assez d’efforts, que tu es une personne qui aime bien se plaindre et qui ne voit pas la vie du bon côté, c’est comme ça. Toi, tu savais autrefois que c’était faux, autrefois, quand tu t’autorisais encore à être révoltée, à être en colère, et que ton énergie allait dans la création et non dans la destruction ; mais petit à petit, tu t’es laissée convaincre, peut-être que c’est normal pour toi, après tout, de ne pas aller bien.Lire la suite »

« Le féminisme a changé ton rapport aux hommes » (euh, oui, heureusement)

C’est quelque chose que j’entends souvent. Pas avec admiration, reconnaissance, envie, mais avec moquerie et reproche. Ça se chevauche généralement avec le « tu es trop extrême », « faut pas voir le mal partout » ou encore « bon pas tous les hommes sont comme ça hein ». (phrases auxquelles je ne répondrai même pas, y’a suffisamment d’autres blogueuses qui y ont magnifiquement répondu, pas envie de faire de la pédagogie).

Et c’est drôle, en commençant à m’engager pour de vrai, il y quelques années, en mettant tous mes petits combats isolés ensemble et me rendant compte subitement que oui, j’étais féministe, en me jetant subitement la tête la première dans la prise de conscience élargie, la documentation, le militantisme, moi aussi, savez-vous, j’ai eu peur. J’étais un peu plus jeune que ça et je commençais à me faire apprécier autour de moi, j’avais juste ce qu’il fallait d’anticonformisme ou de grande gueule mais pas trop non plus. Alors me remettre à reprendre toute remarque sexiste, ne plus rire aux blagues dégueulasses, parler de mon désir au lit avec un homme, freiner la symétrisation (vous savez, le fameux sexisme anti-hommes), faire de l’éducation quand on me demandait juste une approbation silencieuse, oui, tout ça, ça allait me faire perdre des ami.e.s, peut-être. Ou m’empêcher d’en rencontrer de nouvelleaux. J’ai eu cette crainte oui. Cette crainte de ne plus pouvoir draguer, parce que je fais peur, je rebute, ou parce qu’un type qui sort une blague * innocemment * sexiste subitement ne m’attire plus du tout. Il ne m’était pas venu à l’idée de me dire que ce serait alors la faute au sexisme du type, pas la faute à mon féminisme. Lire la suite »

Être soi-même

Notre monde moderne est contradictoire (sans blague). Un truc qui m’a toujours troublée ce sont les injonctions contraires particulièrement présentes dans la presse féminine (ou dans la publicité, qui cherche à nous vendre des gâteaux tout en faisant passer un message en-dessous nous disant précisément de ne pas manger de gâteaux) : changez-vous, camouflez-vous, modifiez-vous, dissimulez-vous, mais en même temps, soyez vous-mêmes. Je n’ai jamais compris comment répondre à ce double truc : il fallait que je sois comme les autres (« t’es pas comme les autres, toi »), comme tout le monde (« tu peux pas faire comme tout le monde ? »), normale (« c’est pas normal, ta réaction »), mais en même temps, il fallait que je sois moi-même. Alors merde, on a passé vingt ans à me dire de ne pas être moi-même, et puis subitement, quand j’ai commencé à oser en parler un peu, de mes efforts permanents pour me cacher, de mes questionnements incessants sur ce que je devrais faire, comme je devrais me comporter, ce que pensent les autres de moi, on me répond : Mais sois toi-même un peu !

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à la limite (errance diagnostique, 2e volet)

Quand j’ai découvert ces mots, borderline, état limite, j’avais treize ans, et je l’ai trouvé tout à fait adapté parce que je me sentais, en effet, toujours en limite de quelque chose : limite de la folie, limite de l’explosion. Ma vie était une succession de moments imprévisibles, en une seconde tout pouvait basculer, une crise de panique, une crise de colère, une crise de larmes, pour rien, ou ce que les autres qualifient de rien. Je loupais mon bus et c’était la fin du monde, plus rien n’allait jamais fonctionner, autant aller me suicider tout de suite (genre, pour de vrai). Un truc, une tache, un mot, et je perdais pied, j’avais l’impression de devenir folle, alors qu’une minute avant, trois minutes plus tard, je pouvais tout aussi bien être calme et raisonnée.

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Les étiquettes (errance diagnostique, 1er volet)

« Mais pourquoi tu veux une étiquette ? » me demande mon amoureux alors que je m’écroule en larmes après avoir passé des heures à me reconnaître dans des témoignages, qui ne sont pourtant pas de celleux que je pensais être mes cygnes. Comme beaucoup d’autres, je me suis sentie toute ma vie vilain petit canard et j’ai essayé de toujours continuer à chercher le milieu où je me sentirais enfin à ma place. Des petits moments, des éclairs, certaines discussions, certaines personnes que j’aime follement et qui me manquent encore même si parfois on ne se voit plus depuis des années, mais aussi des lectures et beaucoup de moments seule. Je cherche encore mes cygnes, je cherche encore mon lac, et bien que j’aime toujours penser en-dehors des catégories, ne pas classer les personnes, certainement pas les évaluer mieux ceci ou moins cela, j’ai tout de même encore besoin de trouver, pas forcément qui je suis, mais quel environnement est le plus adapté pour moi.

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