La charge mentale et émotionnelle des femmes autistes (2)

J’ai coupé mon article en deux, histoire de permettre à mes lecteurices d’arriver jusqu’au bout. Vous avez pu vous reposer un moment, boire un café (ou un thé, ou un chocolat chaud, ou un jus de fruits, ou rien du tout), voici round 2. Le travail émotionnel – toujours invisible et considéré comme naturel, allant de soi – des femmes est aussi une charge mentale, difficile à décortiquer, analyser, mettre à distance ; difficile à quantifier ; difficile à prioriser, hiérarchiser, par rapport à autre chose.

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La charge mentale et émotionnelle des femmes autistes (1)

On attend, aujourd’hui encore, 2018, France et alentours, un certain nombre de choses aléatoires et contraignantes d’une « femme ». On attend du petit être que l’on a décidé féminin d’être calibrée selon un type unique, un type qui serait doux, attentionné, prêt à se sacrifier pour les autres, pensant toujours à tout ce qui est pratique, un type qui vit dans l’ombre des autres, mais toujours irréprochable, jamais un mot de trop, pas de caractère débordant, pas d’originalité, et une certaine apparence physique dont l’entretien occupe tout l’espace mental et beaucoup de temps et d’énergie, et qui ne sert pas à grand-chose d’autre que de réduire la femme à l’état d’un petit objet décoratif et pas encombrant. Et pour que tout soit bien en place à l’âge adulte et qu’on ne pense pas trop à le remettre en question, on l’y prépare dès le plus jeune âge : ça devient une deuxième peau, on dit même que c’est naturel, inné, pourtant, cette deuxième peau étouffe. Et toutes ces exigences sont encore plus ingérables pour une personne autiste que pour une personne neurotypique (on pourrait faire la même chose en miroir avec les caractéristiques viriles attendues de l’individu mâle, autiste compris, mais pour aujourd’hui je parle des femmes, c’est tout, c’est comme ça). Pour une question d’intensité et d’incompatibilité.

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J’ai peur

J’avais envie de diffuser un message positif ici, positif ou du moins revendicatif et optimiste. Je voulais bousculer un peu les « normalaux » – qui finalement ne me lisent pas et réconforter les atypiques, les exclu·e·s, les discriminé·e·s, que je comprends.

Je voulais dire : être autiste, ce n’est pas une erreur en soi, il y a tellement de choses chouettes et singulières, je ne changerais ce que je suis pour rien au monde. J’ai des tas d’articles en réserve qui parlent de mon fonctionnement et de ce qu’il a de bien, et de ce qu’il est tout aussi « normal » sûrement que celui des neurotypiques qui pour l’instant se gardent bien le monopole de la normalité (et donc, de la légitimité). Je voulais dire : on guérit des troubles alimentaires, on apprend à gérer les troubles anxieux, on devient plus fort·e au fur et à mesure des dépressions et on sait les anticiper, les bloquer, les repousser. Je voulais dire : il y a plusieurs manières d’être, la norme n’a pas forcément raison, le monde médical peut être questionné, tu es valable comme tu es, le « travail » ne définit pas ta valeur, etc. Lire la suite »

Par amour de soi : se dire handicapé.e

Il y a ce drôle de glissement sur le mot handicapé. On est handicapé.e par quelque chose, par une situation, par un environnement, c’est même théorisé dans le modèle social du handicap***. Dans ce sens-là, les handicaps sont multiples, parfois transitoires, en tous les cas atténuables. Mais dans le langage courant, handicapé désigne une catégorie de la population à part, inconnue et fantasmée. Handicapé désigne une essence de personne stéréotypée, souvent en fauteuil, à lunettes à verres épais et ayant du mal à s’exprimer, comme pour mieux signifier dans ce stéréotype qu’il y a tout un monde d’incompréhension entre moi, normal.e, et lae handicapé.e. C’est un mot presque magique, qui jette un silence sur la foule quand on le prononce, des mines gênées, des airs compatissants. C’est un mot qui attendrit, qui fait s’ouvrir les porte-monnaies, mais qui trace une frontière aussi, on ne va quand même pas leur parler et s’intéresser vraiment à ce qu’iels sont, ces handicapé.e.s. Iels sont handicapé.e.s, iels sont différent.e.s physiquement, parfois on s’émeut de découvrir qu’il y a une vraie personne en-dessous, mais ça ne va jamais plus loin, comme si le mot « handicapé.e » recouvrait toute l’identité de la personne, alors qu’elle signifie surtout la place qui lui est faite dans la société.Lire la suite »

Le droit d’être fatigué.e

Fatiguée, c’est le premier mot que j’apprends dans les autres langues, fatiguée, tired, stanca, cansada, moe, et puis, ma première langue, müde, avec le ü long, müüüüde, Ich bin müüüde, je ne sais pas si je l’ai beaucoup répété enfant mais apparemment oui puisque ça fait partie des phrases que répète mon père comme en écho du passé pour me taquiner, dès que je dis que je suis fatiguée. La fatigue, d’aussi loin que je me souvienne, c’est toujours un état dont je me suis plaint sans jamais trop savoir pourtant à quoi il correspondait vraiment, parce que dans les livres d’enfant, les nounours fatigués baillent en se frottant les yeux et se mettent au lit, mais quand je suis fatiguée, je ne baille pas, ne me frotte pas les yeux, et ne réussis pas à dormir.

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Les règles du jeu

Le monde dans lequel j’évolue me donne souvent l’impression d’un jeu de société. Je sais qu’il en est de même pour celleux qui s’y amusent, que ce soit pour elleux un jeu de hasard décidé par des dés, ou un jeu de stratégie où il faut faire le bon coup au bon moment. Il y en a qui aiment, parce qu’iels réussissent. Parce qu’iels comprennent. Parce qu’iels acceptent. De mon côté c’est un peu plus complexe. J’ai l’impression d’avoir commencé la partie avec quelques cartes en moins dans mon jeu, avec un pion qui ne tient pas debout tout seul et qui glisse tout le temps d’une case à une autre, et sans avoir entendu avant l’intégralité des règles du jeu. La vie est pour moi un jeu de société dont j’essaye de comprendre les règles par devinette et observation ; dont je prends les règles, transgressées par tout le monde, très au sérieux ; et dont, finalement, je ne comprends pas le but ou le gain. Je fais la route en zigzag, je manque des étapes, j’en répète d’autres, je m’énerve, je me fais traiter de mauvaise joueuse, mais m**** quoi, il y a quelque chose d’injuste dans ce jeu où l’on doit tou.te.s répondre aux mêmes attentes en partant avec des dotations différentes.

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Non tu ne sais pas mieux que moi ce qui est bon pour moi

Je sais.

J’ai grandi avec mon corps.

J’ai vécu tout ce que toi, tu n’as pas vécu en moi.

Même si toi aussi tu es ou a été [malade – hypersensible – dépressif/ve – insérez ici la neurodiversité ou le trouble de votre choix] ou si tu connais quelqu’un.e qui est aussi [idem], ça ne te donne pas magiquement l’expertise sur moi.

Que tu sois ma mère, mon frère, mon ami.e, mon ou ma compagne, mon prof, ma cheffe, mon médecin, ma ou mon psy, ne te donne pas le droit de décider à ma place si et quand je devrais faire ceci ou cela, si moi-même je ne me sens pas de le faire.

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