Merveille des sens ou éloge du stimming

Parmi les « signes » de l’autisme les plus connus – fantasmés ou étrangement représentés –, il y a les « stéréotypies » et l’« autostimulation ». Ne sachant pas vraiment ce dont on parle, on y met pêle-mêle les gestes auto-agressifs en cas de meltdown comme le fait de se taper la tête contre les murs ou se mordre ; les mouvements difficilement répressibles qui traduisent un état émotionnel, l’anxiété ou la joie, souvent ; les jeux ou recherches de sensations considérés comme pauvres d’intérêt par les neurotypiques, comme le fait d’aligner des objets, de faire tourner des objets colorés, d’agiter les mains devant les yeux, de tourner sur soi ; les besoins de sensations liés à une mauvaise proprioception (besoin de compression, de poids, de repères) ; and so on.

Non seulement ces mouvements sont vus comme quelque chose de totalement incongru, comme si seuls ces extraterrestres que sont les autistes y avaient recours, mais c’est aussi presque toujours considéré de manière négative, comme un « symptôme » à gommer, sans différencier ce qui fait du mal (qui pourrait être remplacé par autre chose qui fait moins mal, et parfois c’est déjà une solution de moindre mal – je pense à l’automutilation durant un meltdown), ce qui est envahissant (mais pourquoi est-ce envahissant, généralement c’est une réaction à autre chose, donc faudrait peut-être voir de prendre le problème à la source, et traiter la source plutôt que la réaction), et ce qui simplement dérange le regard bienséant du neurotypique raidi par ses normes.

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Signes cliniques, seuil diagnostique et coût réel de la cape d’invisibilité

Autant l’annoncer tout de suite : il y a deux semaines, dans un centre expert qui porte drôlement son nom, j’ai reçu un verdict qui se situerait quelque part entre le cauchemar et la blague – j’attendrai encore quelques semaines le rapport écrit dans l’espoir de pouvoir mettre à l’œuvre mon sens logique pour en débusquer les failles –, mais qui m’a rendu difficile, entre autres, de continuer à écrire sur le blog. Aujourd’hui, j’ai décidé que le seul moyen de faire cesser le cercle obsessionnel et de pouvoir à nouveau aborder d’autres sujets aussi, c’était d’en parler, malgré la crainte d’être décrédibilisée par certain.e.s.Lire la suite »

Internet, ce n’est pas de la vraie vie ?

Quand on traîne sur internet, on dit qu’on est dans du virtuel. Quand on sort de chez soi et qu’on parle à des gens, on est dans le réel, dans la vraie vie, IRL (= in real life). Les personnes rivées à leur ordinateur sont assimilées à des « no life ». L’échange écrit ne serait qu’un tremplin vers la rencontre en chair et en os, les échanges de mails (ou de lettres pour les personnes pas en phase avec leur époque, comme moi) ne seraient qu’un pâle substitut à la discussion face-à-face, alors même qu’on se dit souvent bien moins de choses en face-à-face. Vous aussi, vous avez déjà entendu ça ?Lire la suite »

Moi je

Un des reproches qui m’a été adressé le plus souvent dans ma conversation, de l’enfance à aujourd’hui, outre le « tu parles trop », c’est le : « tu ramènes tout à toi ». Je réponds en disant moi je. Moi aussi. Moi non. Moi ceci. Moi cela. Je suis la mesure de toute chose, je suis le miroir, et apparemment, ça donne l’impression que je ne m’intéresse pas à ce que dit l’autre…Lire la suite »

Hypersensibilité

J’ai écrit déjà sur l’hypersensibilité. Sur le bruit, les odeurs. J’aimerais écrire sur le toucher, mais c’est plus complexe, il y a une composante psychologique à détricoter. Je pourrais écrire encore sur la sensibilité visuelle, qui n’est pas si dérangeante pour moi, du moins tant que je peux me tenir à l’écart des néons et des flashs de discothèque, et que je ne dois pas conduire de nuit (bon ok et tant que j’ai le droit de me mettre à haïr le soleil entre fin avril et mi-août). Je devrais écrire sur les choses positives : je peux tomber en émerveillement devant la couleur d’un objet quelconque et me mettre à planer de plaisir pour le son d’un hautbois pendant un quart de minute ; j’ai l’impression de voyager dans un nouveau monde en goûtant un fruit sauvage et je peux avoir des orgasmes de l’épaule. Mais la surcharge, elle, ne fonctionne pas sur le positif. Le positif soulage légèrement du négatif, équilibre la journée ou l’existence, mais le négatif s’additionne, puis fatigue de manière exponentielle, et finit par bloquer tout le reste. Et une fois qu’on est en surcharge, plus rien de positif ne peut entrer. 

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En temps de crise : validité et légitimité du ressenti

Ce que je ressens dans un moment d’intensité et d’urgence. Ce que je juge important ou non au quotidien, et dans l’imprévu, et sous stress. Ce qui me fait réagir. Ce qui m’angoisse. Ce qui me préoccupe. Ce que finalement je dois apprendre à gérer, à recadrer, à tranquilliser, à redimensionner, à solutionner. Ce sont souvent, aux yeux des autres, des « petites choses ». « rien ». « un détail ». « rien », à nouveau (et puis étymologiquement, rien, c’est quelque chose). J’en ai entendu, d’enfant à aujourd’hui, des « c’est exagéré », « sois un peu adulte », « tu te ridiculises », « fais pas ta gamine », « tu vas pas pleurer pour ça ». Mais si je me mets dans « cet état », justement, c’est que, sur le moment au moins, « ça », c’est important. Ça m’envahit. Ça me pose problème. Ça m’obstacle. Ça m’aveugle. Ça me torture. Et nier ce que je ressens ou comme je conçois les choses ne m’aidera pas à résoudre la situation – mais au contraire risque de me précipiter en crise. Lire la suite »

De l’importance de l’ordre et de la routine (surtout en plein déménagement)

On a tou.te.s besoin de repères. D’ordre. De permanence. D’habitudes. Et celleux qui me contestent ça n’ont pas passé 10 ans, carnet à la main, à noter toutes les petites habitudes gestuelles, verbales, alimentaires, vestimentaires, de leur entourage, à décortiquer les automatismes et les idées reçues des autres, qui sont aussi, en fait, des sortes d’habitudes. Pourtant, quand on en vient à parler d’autisme, c’est marqué comme pathologique, comme anormal, cet attachement à la routine, ce besoin d’habitude, ce fonctionnement autour d’un certain ordre donné.

Mais en soi, je ne vois pas pourquoi il est considéré comme plus grave de ne pas réussir à se départir d’une certaine rigidité sur le type de fourchette avec lequel je peux manger, ou sur le chemin que je fais pour aller au travail, que de ne pas réussir à se départir d’une rigidité sur des idées sociales ou politiques. Vous conviendrez finalement que la première sorte de rigidité est finalement moins nuisible.

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