« Ouf, je ne suis pas folle, je suis autiste » – quelques pensées en vrac autour de cet énoncé

[et oui je ne m’améliore pas en titres, je sais]

J’adore les articles de journaux, revues, magazines, qui parlent de femmes autistes relatant la découverte de leur autisme sur le tard (ou hommes, mais y’en a moins). C’est un de mes combats personnels, forcément, j’aime qu’on en parle dans la presse, je me dis que ça tournera, que ça arrivera à la conscience d’un plus grand nombre, qu’on pourra en discuter. Y’a des choses qui picotent, cela dit, dans les formulations. Pas que les formulations des journalistes (j’aurais trop de choses à dire là-dessus, on y reviendra) : dans les paroles énoncées par les personnes autistes interrogées.Lire la suite »

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Mauvaise militante ? (2) Entre colère et compromis

Je suis une mauvaise militante, ai-je dit dans l’article précédent. Un peu ironiquement, en fait, c’est juste que c’est l’impression qui se dégage de mes échanges avec d’autres personnes, militantes ou non, quand je parle de mes engagements, et ce depuis l’adolescence où une certaine personne de la famille m’avait martelé que si je voulais être prise au sérieux avec mon engagement écologique, plutôt que de les saturer de mes discours il fallait que je milite au sein d’une association ou un parti. Or j’ai décidé pour l’instant de me tenir loin de tout groupe forcé de militant.e.s, ces microcosmes rassemblant parfois le pire, en termes de jugements, compétition, narcissisme. Mais je continue tout de même à avoir ces drôles de confrontations avec des personnes non-engagées, parce qu’évidemment ce sont toujours les non-concerné.e.s qui adorent dire aux concerné.e.s ce qu’iels doivent faire. Par exemple, celleux (et surtout ceux) qui traitent le féminisme comme quelque chose d’un peu superflu et qui ne les regarde absolument pas, mais qui aiment beaucoup tout de même dire aux féministes (qui comme chacun sait forment un groupe homogène de robotes toutes d’accord les unes avec les autres sur absolument tout) (sarcasme) ce qu’elles devraient combattre et comment.Lire la suite »

Mauvaise militante ? (1) inégales capacités

Il y a quelques jours, c’était le 8 mars, journée internationale des droits des femmes, soit l’occasion en un jour symbolique d’être encore plus présentes et unies, visibles et gueulantes, contre les injustices faites aux femmes. Je ne sais pas chez vous, mais ici c’était grève des femmes, un mouvement assez important que j’aurais aimé, comme chaque année, rejoindre. Et puis, le 8 mars, je suis restée chez moi. Je n’ai même pas particulièrement traîné sur les réseaux sociaux parce que le nombre de « bonne fête des femmes » et d’offres de promo sur du maquillage en ce jour spécial commençait à me faire tourner la tête ; et parce que je me sentais exclue des appels à manifester qui envahissaient mon fil d’actualité facebook et semblaient tous me dire que rien de plus simple que de sortir de chez soi et aller manifester, une fois dans l’année, allez.Lire la suite »

Et sinon, quand est-ce qu’on parle de la société ?

J’ai une petite passion coupable, ou disons, un drôle d’objet d’étude, que j’ai examiné avec l’œil d’une historienne, d’une littéraire, d’une analyste du discours, d’une sociologue. Je ne le savais pas encore quand j’avais 11 ans et que je découvrais tout ça chez ma seule copine de collège d’alors, quand j’avais 11 ans et que mon œil n’était que celui d’une marginale qui ne connaissait-comprenait rien ni aux gens normaux ni à la culture mainstream, je ne le savais pas encore mais tout ça allait être ma source d’information la plus énorme, plus encore que la littérature qui m’obsédait et m’instruisait mais me montrait un monde fictionnel et d’un autre temps. Avec mon amie d’alors, on passait des heures nonchalamment allongées sur son lit à regarder des diffusions de « C’est mon choix », on lisait les magazines féminins qu’achetait sa mère et on en faisait les tests de pseudo-psychologie, j’en dévorais les témoignages et les courriers du cœur, et c’était comme relire des Bds ensemble, me faire expliquer les mots d’argot des chansons de Renaud ou les blagues des garçons du collège – j’observais un monde qui m’était totalement inconnu et étrange et je lui posais des questions, perplexe la plupart du temps devant ce que je voyais et entendais, perplexe surtout devant ce besoin de soumettre volontairement son chemin de vie à jugement et approbation d’autrui. Mon amie me répondait bien sûr avec les connaissances de son âge et de sa situation, un peu de culot et de dissidence, pas mal de tolérance, mais pas trop non plus, on revenait toujours à ce que la société a des castes, des supérieurs des inférieurs, des normaux et des bizarres ou des fous, et quelques destins individuels qui sortent de leur caste [pour mieux s’assimiler à une autre] et qui servent de « leçon de vie ». Lire la suite »

Les questions qu’on pose aux personnes hors-normes

Les personnes hors-normes, dans l’espace public, ne s’appartiennent pas. On parle à leur place, on pose des questions intrusives, impertinentes et irréfléchies, sans égard pour leur vie privée, leur pudeur, leur timidité, leurs possibles traumas, sans égard pour leur humanité – mais peut-être que les humains hors-normes sont moins humains que les autres, qui sait. Les personnes hors-normes ne s’appartiennent pas, on attend d’elles soit qu’elles se cachent soit qu’elles se politisent, et en tous les cas qu’elles étalent sur la place du village tous les détails de leur vie intime – mais en même temps, toujours en leur reprochant d’exister et de s’exprimer. Les personnes hors-normes manquent cruellement de ce répit banal qu’expérimentent les personnes passe-partout sans savoir la valeur que ça a : juste la possibilité d’être anonyme, de se fondre dans la masse, la liberté d’être sans qu’on nous regarde de travers, nous arrête, nous sollicite sur quelque chose qui n’a que peu à voir avec nous. Les personnes hors-normes sont sans cesse rappelées qu’elles sont hors-normes, et que, quelque part, leur existence doit se mériter plus que les autres, ou qu’elles doivent expier cette différence qu’elles n’ont pas choisie. Lire la suite »

La charge mentale et émotionnelle des femmes autistes (2)

J’ai coupé mon article en deux, histoire de permettre à mes lecteurices d’arriver jusqu’au bout. Vous avez pu vous reposer un moment, boire un café (ou un thé, ou un chocolat chaud, ou un jus de fruits, ou rien du tout), voici round 2. Le travail émotionnel – toujours invisible et considéré comme naturel, allant de soi – des femmes est aussi une charge mentale, difficile à décortiquer, analyser, mettre à distance ; difficile à quantifier ; difficile à prioriser, hiérarchiser, par rapport à autre chose.

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La charge mentale et émotionnelle des femmes autistes (1)

On attend, aujourd’hui encore, 2018, France et alentours, un certain nombre de choses aléatoires et contraignantes d’une « femme ». On attend du petit être que l’on a décidé féminin d’être calibrée selon un type unique, un type qui serait doux, attentionné, prêt à se sacrifier pour les autres, pensant toujours à tout ce qui est pratique, un type qui vit dans l’ombre des autres, mais toujours irréprochable, jamais un mot de trop, pas de caractère débordant, pas d’originalité, et une certaine apparence physique dont l’entretien occupe tout l’espace mental et beaucoup de temps et d’énergie, et qui ne sert pas à grand-chose d’autre que de réduire la femme à l’état d’un petit objet décoratif et pas encombrant. Et pour que tout soit bien en place à l’âge adulte et qu’on ne pense pas trop à le remettre en question, on l’y prépare dès le plus jeune âge : ça devient une deuxième peau, on dit même que c’est naturel, inné, pourtant, cette deuxième peau étouffe. Et toutes ces exigences sont encore plus ingérables pour une personne autiste que pour une personne neurotypique (on pourrait faire la même chose en miroir avec les caractéristiques viriles attendues de l’individu mâle, autiste compris, mais pour aujourd’hui je parle des femmes, c’est tout, c’est comme ça). Pour une question d’intensité et d’incompatibilité.

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