Être ou ne pas être… gros.se

C’était il y a un an, lors d’un événement culturel indépendant – je lisais dans un coin des brochures militantes, des fanzines, et un manifeste de fatpride a attiré mon attention. Un article contre la grossophobie taclait les filles qui ont peur de grossir. Celles qui font attention à leur alimentation parce que leur plus grande peur est de prendre du poids. Ces filles-là sont grossophobes, accusait le manifeste ! Parce qu’elles entretiennent l’idée qu’être gros, c’est mal, en se refusant de grossir, quand bien même ces filles-là se ficheraient que leur voisin.e soit gros.se et ne se permettraient jamais de donner des conseils d’alimentation à qui que ce soit. Tout en comprenant la nécessité d’un tel point de vue et la vérité qu’elle mettait en lumière (entretenir l’idée que la graisse c’est le mal absolu, c’est encourager le manque de respect envers les personnes grosses), j’ai reçu cet article comme une énorme gifle, je me suis cachée pour pleurer, et ça a été le début d’une longue réflexion sur moi-même (et d’une lecture abondante et compulsive de blogs, témoignages, manifestes, théories sur la grossophobie).

Lire la suite »

Publicités

Une rencontre

Il m’est arrivé un truc chouette samedi dernier, j’ai rencontré David et Marie, auteur.e.s du blog lgbthandicap. Je ne sais pas comment, dans mon enthousiaste du matin je me suis dit un jour tiens, puisque je passe brièvement par Paris, pourquoi pas commencer quelque part (la liste des nouvelles personnes que j’aimerais rencontrer sur Paris est longue, on va faire petit à petit) ; et quand j’ai reçu leur réponse positive un soir j’ai commencé à être anxieuse et à m’en vouloir de mes idées spontanées et sociables du matin. S’il n’y avait que des soirs, ou si je n’avais pas la règle de me tenir à ce qui était déjà décidé (le matin), je ne ferais jamais rien de nouveau dans ma vie.

Lire la suite »

Les coins

[texte décousu : bribes et phrases à trou écrites sur des bouts de feuille juste avant et juste après un effondrement, reconstituées deux jours plus tard. J’ai déjà écrit sur la thématique du refuge ici, et ]

Les coins. Les coins. Die Ecke, le mot français me donne une impression de rondeur et je vois le mur sombre contre lequel je me sentirai protégée, le mot allemand me fait visualiser l’angle froid et neutre dans lequel me replier. Les coins, je les cherche, je les traque. Absorbée les yeux tirés attirés j’ai l’impression d’être un animal qui renifle qui sent qui cherche son terrier, dans la confusion de la foule les trajectoires des gens qui n’ont plus de sens autour de moi, les bruits qui ont atteint un niveau de mélange et de douleur telle que j’ai renoncé à essayer de les traiter, je suis juste un animal qui cherche à fuir, qui zigzague entre les gens en regardant leurs jambes et plus leurs visages, à chercher la sortie, à chercher les coins. Je les ai toujours cherchés les coins c’est mon premier réflexe, dès que la fatigue m’engloutit ou que l’angoisse pointe, dans la foule, l’agitation, la surcharge, je cherche pour m’y précipiter m’y blottir repliée obscurité roulée en boule.

Lire la suite »

Éparpillée

Ça fait 3 ans que j’achète un agenda pour mieux m’organiser. Je n’écris pas les choses dans mon agenda. Alors je prévois des temps bi-hebdomaires pour écrire les choses à faire dans mon agenda : je ne consulte jamais mon agenda. Alors je fais des listes de choses à faire sur base de mon agenda papier et mental : j’égare les listes. Je fais des post-its qui me rappellent les choses les plus urgentes, je les colle sur la couverture de mon agenda. À côté du lit. Sur la porte de la chambre : je ne regarde pas les post-its. J’écris les choses sur ma main comme on le fait à douze ans, acheter ceci, écrire à machin. Je ne regarde pas ma main quand il le faut. Je passe mon temps à penser à tout, ma tête est pleine de multiples tâches à faire, d’inégale importance et urgence, et je sature, et je stresse, et pourtant – je n’y pense jamais au bon moment

Lire la suite »

Petits arrangements au quotidien

Il y a de ces choses que je fais depuis toujours sans m’en rendre compte, et qui n’ont pris sens que petit à petit. En fait, qui n’ont pris sens qu’il y a deux mois, quand subitement j’ai bien voulu voir. Avant, j’expliquais séparément, maintenant, ça va ensemble. Il y a une cohérence d’ensemble à tous mes comportements répétés dans de nombreuses situations diverses. Maintenant je peux parler en généralités. Mettre une même continuité depuis les cours d’école de l’école primaire (refuge coin du préau), les vacances en famille (refuge dans la couchette arrière du camion), les pauses midis au lycée (refuge coins d’escaliers), l’université (refuge coins cachés de la BU), et le reste de ma vie de jeune adulte : la précipitation à retrouver ma chambre après une journée de travail, le passage d’une pièce à l’autre et le refuge dans la petite cuisine lors des grosses soirées. Je me suis toujours, aussi, cachée dans une écharpe et dans mes manches. J’ai toujours chipé des trucs à manger quand personne ne regardait, comme si manger sans être vue pouvait rétablir un équilibre de moi-même face au monde. Je me suis toujours fixée sur des détails du paysage, des vêtements, du mur ou de la table, du visage, pour m’apaiser quand trop d’agitation.Lire la suite »

Un espace blanc, vide, silencieux et fluide

Je me revois à 8 ans à traîner des pieds sur les pentes caillouteuses des montagnes que l’on gravissait en famille, je n’aimais pas les randonnées à l’époque. Pour me donner la force de continuer, il fallait que je pense à autre chose, et souvent j’inventais des dialogues à voix basse ou me racontais des histoires dans ma tête. Et je revois, je revois ce moment où j’ai formé ce rêve que je me suis ensuite rejoué mille fois, dans d’autres randos, à l’école, en camp scout, en vacances en famille, le soir avant de dormir, je le reformais, le détaillais, le perfectionnais. C’était mon échappatoire, mon remède à la surcharge, mon refuge mental. Lire la suite »