Internet, ce n’est pas de la vraie vie ?

Quand on traîne sur internet, on dit qu’on est dans du virtuel. Quand on sort de chez soi et qu’on parle à des gens, on est dans le réel, dans la vraie vie, IRL (= in real life). Les personnes rivées à leur ordinateur sont assimilées à des « no life ». L’échange écrit ne serait qu’un tremplin vers la rencontre en chair et en os, les échanges de mails (ou de lettres pour les personnes pas en phase avec leur époque, comme moi) ne seraient qu’un pâle substitut à la discussion face-à-face, alors même qu’on se dit souvent bien moins de choses en face-à-face. Vous aussi, vous avez déjà entendu ça ?Lire la suite »

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Être ou ne pas être… gros.se

C’était il y a un an, lors d’un événement culturel indépendant – je lisais dans un coin des brochures militantes, des fanzines, et un manifeste de fatpride a attiré mon attention. Un article contre la grossophobie taclait les filles qui ont peur de grossir. Celles qui font attention à leur alimentation parce que leur plus grande peur est de prendre du poids. Ces filles-là sont grossophobes, accusait le manifeste ! Parce qu’elles entretiennent l’idée qu’être gros, c’est mal, en se refusant de grossir, quand bien même ces filles-là se ficheraient que leur voisin.e soit gros.se et ne se permettraient jamais de donner des conseils d’alimentation à qui que ce soit. Tout en comprenant la nécessité d’un tel point de vue et la vérité qu’elle mettait en lumière (entretenir l’idée que la graisse c’est le mal absolu, c’est encourager le manque de respect envers les personnes grosses), j’ai reçu cet article comme une énorme gifle, je me suis cachée pour pleurer, et ça a été le début d’une longue réflexion sur moi-même (et d’une lecture abondante et compulsive de blogs, témoignages, manifestes, théories sur la grossophobie).

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En temps de crise : validité et légitimité du ressenti

Ce que je ressens dans un moment d’intensité et d’urgence. Ce que je juge important ou non au quotidien, et dans l’imprévu, et sous stress. Ce qui me fait réagir. Ce qui m’angoisse. Ce qui me préoccupe. Ce que finalement je dois apprendre à gérer, à recadrer, à tranquilliser, à redimensionner, à solutionner. Ce sont souvent, aux yeux des autres, des « petites choses ». « rien ». « un détail ». « rien », à nouveau (et puis étymologiquement, rien, c’est quelque chose). J’en ai entendu, d’enfant à aujourd’hui, des « c’est exagéré », « sois un peu adulte », « tu te ridiculises », « fais pas ta gamine », « tu vas pas pleurer pour ça ». Mais si je me mets dans « cet état », justement, c’est que, sur le moment au moins, « ça », c’est important. Ça m’envahit. Ça me pose problème. Ça m’obstacle. Ça m’aveugle. Ça me torture. Et nier ce que je ressens ou comme je conçois les choses ne m’aidera pas à résoudre la situation – mais au contraire risque de me précipiter en crise. Lire la suite »

Une rencontre

Il m’est arrivé un truc chouette samedi dernier, j’ai rencontré David et Marie, auteur.e.s du blog lgbthandicap. Je ne sais pas comment, dans mon enthousiaste du matin je me suis dit un jour tiens, puisque je passe brièvement par Paris, pourquoi pas commencer quelque part (la liste des nouvelles personnes que j’aimerais rencontrer sur Paris est longue, on va faire petit à petit) ; et quand j’ai reçu leur réponse positive un soir j’ai commencé à être anxieuse et à m’en vouloir de mes idées spontanées et sociables du matin. S’il n’y avait que des soirs, ou si je n’avais pas la règle de me tenir à ce qui était déjà décidé (le matin), je ne ferais jamais rien de nouveau dans ma vie.

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Ce qu’on attend de moi

Un truc qui revient souvent, quand je suis fatiguée et que je dois justifier pourquoi j’évite les gens, c’est « Je ne sais pas ce qu’on attend de moi ». Je ne sais pas quel rôle je dois jouer, ce que je suis censée dire, quel chemin je dois suivre, et dans les moments de fatigue, je préférerais avoir un script et ne pas avoir à y penser, plutôt que de jouer avec l’anxiété du pile ou face, de l’incertitude, du risque de passer pour quelque chose que je ne suis pas (parce qu’il se trouve, aussi, que je n’aime pas non plus particulièrement me rendre compte, quand j’agis spontanément, que je risque d’être mise à l’écart). Il y a ce truc ambigu dans ma vie, cet espèce de double personne en moi, celle qui n’en fait qu’à sa tête et remet les règles en question parce qu’elle sait bien, au fond, qu’elle a raison, et celle qui essaye de coller à toutes les attentes parce qu’apparemment c’est en suivant des règles qu’on devient social.e, et il lui tient à cœur d’être intégrée et appréciée.

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La porte de sortie

Je passe souvent pour pessimiste, parce que j’ai tendance à m’imaginer les pires issues possibles à toute situation appréhendée. Mais qu’on réponde à mon inquiétude en me disant « ça va bien se passer » n’est d’aucune aide, je vous assure ; en revanche, se confronter à ma peur, non pas la réduire à une improbabilité statistique mais examiner ce qui pourrait être fait en cas de catastrophe et quelles en seraient les conséquences émotionnelles, ça, oui, ça aide. Penser à toutes les stratégies possibles de réajustement, récupération, combat, en cas d’imprévu, de surcharge, de panique. Mais aussi, surtout : savoir que la fuite est possible. Que si tout tourne mal, partir est une solution valide. Que si une activité entamée devient trop lourde, on a le droit d’abandonner. Que si une pièce est trop bruyante, il y a une porte de sortie, que si un travail est inadapté, je peux rompre le contrat.

Savoir qu’il y a une porte de sortie, quelque part, savoir que je peux abandonner et partir et pas uniquement rester et combattre, ça me permet maintenant d’affronter un certain nombre de situations qui m’ont toujours causé de violentes crises de panique. J’aurais aimé, peut-être, savoir ça plus jeune, savoir ça enfant. Lire la suite »

Un espace blanc, vide, silencieux et fluide

Je me revois à 8 ans à traîner des pieds sur les pentes caillouteuses des montagnes que l’on gravissait en famille, je n’aimais pas les randonnées à l’époque. Pour me donner la force de continuer, il fallait que je pense à autre chose, et souvent j’inventais des dialogues à voix basse ou me racontais des histoires dans ma tête. Et je revois, je revois ce moment où j’ai formé ce rêve que je me suis ensuite rejoué mille fois, dans d’autres randos, à l’école, en camp scout, en vacances en famille, le soir avant de dormir, je le reformais, le détaillais, le perfectionnais. C’était mon échappatoire, mon remède à la surcharge, mon refuge mental. Lire la suite »