Un autre souvenir

C’était janvier 2017. On allait voir, à trois, mon amoureux, notre ami P., et moi, cette pièce de théâtre, Is there life on Mars, ce n’est même pas moi qui l’avait repérée, j’avais peur des productions « sur l’autisme », je me tenais loin d’un monde qui n’était plus vraiment le mien, puisque moi, maintenant que j’habitais loin de mon ami Z., il fallait que je sois du côté des normaux. Lire la suite »

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Noël

Noël est passé, plus ou moins douloureusement ou joyeusement selon les personnes, voire plus ou moins concrètement, certain·e·s essayant juste d’y échapper et de s’éloigner d’une famille toxique, ou juste de rester avec les seuls êtres qui leur font du bien (ce qui peut être : juste avec soi-même et son chat). Pour la Girafe, Noël a toujours été important, est-ce parce qu’elle croyait au message délivré par la foi chrétienne – espoir d’un renouveau, espoir d’amour et de faiblesse, incarné par un bébé qui naît dans la pauvreté, si ce n’est pas parfait comme mythe –, est-ce parce que ça a lieu au cœur de l’hiver et allie l’attendu froid extérieur à la magie des petites lumières, est-ce parce qu’au milieu de toute l’agitation familiale elle se sentait un peu plus libre de ses gestes, de ses rêves, est-ce parce qu’elle aimait retrouver ses cousines, ou encore juste parce qu’on pouvait y manger plus de chocolat qu’à un autre moment, et se retrouver une fois les cadeaux déballés au milieu d’une profusion de papiers de couleur, brillants, à motifs, qu’elle récupérait soigneusement, religieusement, pour pouvoir les admirer et les réutiliser… Petit inventaire des joies et déplaisirs de Noël pour un girafon qui a grandi. Lire la suite »

Être ou ne pas être… gros.se

C’était il y a un an, lors d’un événement culturel indépendant – je lisais dans un coin des brochures militantes, des fanzines, et un manifeste de fatpride a attiré mon attention. Un article contre la grossophobie taclait les filles qui ont peur de grossir. Celles qui font attention à leur alimentation parce que leur plus grande peur est de prendre du poids. Ces filles-là sont grossophobes, accusait le manifeste ! Parce qu’elles entretiennent l’idée qu’être gros, c’est mal, en se refusant de grossir, quand bien même ces filles-là se ficheraient que leur voisin.e soit gros.se et ne se permettraient jamais de donner des conseils d’alimentation à qui que ce soit. Tout en comprenant la nécessité d’un tel point de vue et la vérité qu’elle mettait en lumière (entretenir l’idée que la graisse c’est le mal absolu, c’est encourager le manque de respect envers les personnes grosses), j’ai reçu cet article comme une énorme gifle, je me suis cachée pour pleurer, et ça a été le début d’une longue réflexion sur moi-même (et d’une lecture abondante et compulsive de blogs, témoignages, manifestes, théories sur la grossophobie).

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Une rencontre

Il m’est arrivé un truc chouette samedi dernier, j’ai rencontré David et Marie, auteur.e.s du blog lgbthandicap. Je ne sais pas comment, dans mon enthousiaste du matin je me suis dit un jour tiens, puisque je passe brièvement par Paris, pourquoi pas commencer quelque part (la liste des nouvelles personnes que j’aimerais rencontrer sur Paris est longue, on va faire petit à petit) ; et quand j’ai reçu leur réponse positive un soir j’ai commencé à être anxieuse et à m’en vouloir de mes idées spontanées et sociables du matin. S’il n’y avait que des soirs, ou si je n’avais pas la règle de me tenir à ce qui était déjà décidé (le matin), je ne ferais jamais rien de nouveau dans ma vie.

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Les coins

[texte décousu : bribes et phrases à trou écrites sur des bouts de feuille juste avant et juste après un effondrement, reconstituées deux jours plus tard. J’ai déjà écrit sur la thématique du refuge ici, et ]

Les coins. Les coins. Die Ecke, le mot français me donne une impression de rondeur et je vois le mur sombre contre lequel je me sentirai protégée, le mot allemand me fait visualiser l’angle froid et neutre dans lequel me replier. Les coins, je les cherche, je les traque. Absorbée les yeux tirés attirés j’ai l’impression d’être un animal qui renifle qui sent qui cherche son terrier, dans la confusion de la foule les trajectoires des gens qui n’ont plus de sens autour de moi, les bruits qui ont atteint un niveau de mélange et de douleur telle que j’ai renoncé à essayer de les traiter, je suis juste un animal qui cherche à fuir, qui zigzague entre les gens en regardant leurs jambes et plus leurs visages, à chercher la sortie, à chercher les coins. Je les ai toujours cherchés les coins c’est mon premier réflexe, dès que la fatigue m’engloutit ou que l’angoisse pointe, dans la foule, l’agitation, la surcharge, je cherche pour m’y précipiter m’y blottir repliée obscurité roulée en boule.

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Éparpillée

Ça fait 3 ans que j’achète un agenda pour mieux m’organiser. Je n’écris pas les choses dans mon agenda. Alors je prévois des temps bi-hebdomaires pour écrire les choses à faire dans mon agenda : je ne consulte jamais mon agenda. Alors je fais des listes de choses à faire sur base de mon agenda papier et mental : j’égare les listes. Je fais des post-its qui me rappellent les choses les plus urgentes, je les colle sur la couverture de mon agenda. À côté du lit. Sur la porte de la chambre : je ne regarde pas les post-its. J’écris les choses sur ma main comme on le fait à douze ans, acheter ceci, écrire à machin. Je ne regarde pas ma main quand il le faut. Je passe mon temps à penser à tout, ma tête est pleine de multiples tâches à faire, d’inégale importance et urgence, et je sature, et je stresse, et pourtant – je n’y pense jamais au bon moment

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Petits arrangements au quotidien

Il y a de ces choses que je fais depuis toujours sans m’en rendre compte, et qui n’ont pris sens que petit à petit. En fait, qui n’ont pris sens qu’il y a deux mois, quand subitement j’ai bien voulu voir. Avant, j’expliquais séparément, maintenant, ça va ensemble. Il y a une cohérence d’ensemble à tous mes comportements répétés dans de nombreuses situations diverses. Maintenant je peux parler en généralités. Mettre une même continuité depuis les cours d’école de l’école primaire (refuge coin du préau), les vacances en famille (refuge dans la couchette arrière du camion), les pauses midis au lycée (refuge coins d’escaliers), l’université (refuge coins cachés de la BU), et le reste de ma vie de jeune adulte : la précipitation à retrouver ma chambre après une journée de travail, le passage d’une pièce à l’autre et le refuge dans la petite cuisine lors des grosses soirées. Je me suis toujours, aussi, cachée dans une écharpe et dans mes manches. J’ai toujours chipé des trucs à manger quand personne ne regardait, comme si manger sans être vue pouvait rétablir un équilibre de moi-même face au monde. Je me suis toujours fixée sur des détails du paysage, des vêtements, du mur ou de la table, du visage, pour m’apaiser quand trop d’agitation.Lire la suite »