Les bases : le stimming

1. Qu’est-ce que le stimming ?
2. Comment ça se manifeste ? (et comment s’exprime le stimming chez les personnes qui masquent ?)
3. À quoi ça sert ?
4. Est-ce que c’est réservé aux personnes autistes ?
5. Pourquoi et comment réapprendre à stimmer à l’âge adulte ?
6. Que faire des stims dérangeants ou dangereux ?

Qu’est-ce que le stimming ?
Le stimming, les stims, le verbe stimmer, sont une adaptation de mots anglais forgés par la communauté autistique, sur base de self-stimulatory behavior, en français comportements d’auto-stimulation. Il s’agit d’une réappropriation du vocabulaire médical. Les médecins parlent en effet d’auto-stimulation ou plus largement de comportements stéréotypés pour désigner chez les personnes autistes des tas de gestes et comportements qui sont visibles, persistants, souvent répétitifs, et différents du comportement neurotypique, par exemple aligner des objets, agiter ses doigts devant les yeux, fixer des objets tournant, se balancer d’avant en arrière, répéter des mots… et que la psychiatrie juge souvent comme des comportements qui ne servent à rien. (révélation choc : c’est tout le contraire !)

Le stimming, c’est l’utilisation (consciente ou automatisée) d’une stimulation sensorielle d’une manière spécifique, que ce soit pour la régulation, l’expression émotionnelle, ou la communication.

Comment ça se manifeste ?
Ce qu’on s’imagine être du stimming : se balancer, faire du flapping, tourner sur soi-même ou sauter, avoir des gestes répétitifs, très visibles, toujours les mêmes…
En fait, tout peut être du stimming, même les gestes les plus anodins : ainsi mâcher du chewing-gum, toujours avoir quelque chose dans les mains à tripoter, ou toucher tout ce qui nous entoure, écouter le même morceau de musique en boucle, faire tourner sa bague ou son bracelet, ouvrir et fermer répétitivement la fermeture éclair de sa veste, entortiller une mèche de cheveux autour d’un doigt… peuvent être des formes de stimming. De même danser, chanter ou fredonner. Un stim peut jouer sur différents sens en même temps : par exemple répéter un mot ou un son – en plus d’une éventuelle signification symbolique – est à la fois une stimulation sensorielle interne (vibration dans la gorge, sensation dans la bouche) et une stimulation auditive. Ça peut autant être des gestes, des comportements, un usage spécifique d’objets ou de notre propre corps, qu’une manière d’aborder l’environnement : s’entourer systématiquement de certaines couleurs ou motifs, porter des vêtements qui serrent et des chaussures lourdes, c’est une forme de stimming qui nous accompagne tout au long de la journée.

Enfin, il est tout à fait normal de changer de stims au cours de sa vie, d’en avoir plus ou moins besoin selon les périodes, de ne plus pouvoir stimmer parce qu’on est en dépression ou qu’on dissocie… On apprend aussi à réprimer ou cacher, en réponse aux remarques, moqueries ou maltraitances.

→ quand on réprime son besoin de stimmer et qu’on masque son autisme, ça ne disparaît généralement pas totalement mais ça s’exprime dans des petits gestes ou habitudes plus discrets et ordinaires comme ceux cités ci-dessus. Le besoin de stimulation sensorielle peut aussi se reporter sur des pratiques automutilatoires (se couper, se brûler, se pincer, mais aussi s’arracher des bouts de peau ou des cheveux, se gratter…), des troubles du comportement alimentaire (le fait de manger sans cesse ou le fait de se faire vomir peut traduire un besoin de stimulation orale), ou encore le fait de fumer ou de boire.

À quoi ça sert ?
Le stimming c’est comme un couteau suisse, ça sert à plein de choses en même temps.

  • Se réguler (régulation émotionnelle et régulation sensorielle) : contrebalancer des stimuli négatifs avec des stimuli positifs ; trouver un repère dans quelque chose de singulier et régulier et sur lequel on a le contrôle (en opposition au flux d’informations mêlées, floues, chaotiques qui nous entourent et nous envahissent) ; processer des informations et des émotions ; se concentrer sur une tâche, une conversation ; laisser sortir physiquement la nervosité, l’excitation, l’anxiété ; prévenir un shutdown/ meltdown ou s’en remettre
  • Communiquer : exprimer des émotions et ressentis, avec les autres ou avec soi-même
  • Explorer : prendre connaissance de l’environnement, s’ancrer dans son corps, se faire plaisir, s’amuser


Est-ce que c’est réservé aux personnes autistes ?
Non, tout le monde a des comportements d’auto-stimulation sensorielle. C’est particulièrement évident quand on observe les enfants, mais aussi tout un chacun en réunion, conférence, dans les transports, ou en cas d’émotion forte… Mais les personnes autistes en ont souvent davantage besoin pour gérer leurs hyper- et hypo-sensibilités, le flux d’information chaotiques, les émotions ressenties plus fortement, ou encore pour communiquer de manière non-verbale. Or le stimming des personnes autistes, qui prend parfois d’autres formes, est encore pathologisé et vu comme quelque chose de mauvais par essence, et de nombreuses « thérapies » visent à l’éradiquer – ce qui résulte juste en un traumatisme, et pas en une « guérison » de l’autisme.

Personnellement, pour des raisons politiques, je préfère réserver le vocabulaire spécifique de stimming aux personnes neuro- et psycho-atypiques, mais j’encourage tout le monde à explorer ces outils-là et contribuer à leur déstigmatisation.

stim
(c) pourquoipasautrement


P
ourquoi et comment réapprendre à stimmer à l’âge adulte ?
Le stimming est un comportement naturel et sain chez les personnes autistes. Malheureusement, l’éducation nous fait perdre nos réflexes naturels, y attache de la honte, et nous prive ainsi de nos propres outils de gestion des émotions, régulation sensorielle, concentration, expression de soi, lien à notre environnement. Cette privation contribue au développement d’outils de gestion des émotions nocifs, à l’augmentation de l’anxiété et des moments de surcharge. Chercher à réintroduire ou renforcer les comportements de stimming à l’âge adulte est donc thérapeutique, et permet de faire baisser l’anxiété, renforcer la capacité de concentration, aider à récupérer d’un burnout… et, bonus, on en retire souvent aussi beaucoup de joie, de fun, et un sens d’identité retrouvée.

Ça peut être difficile de se débarrasser de l’idée que c’est honteux, immature, dégradant, bizarre, ridicule, etc. C’est une grande partie de la culture autistique que de parler de stimming et le célébrer. Il peut y avoir différents stims pour différentes situations, des plus discrets, silencieux, cachés, pour quand on est en public.

Comment réintroduire ces comportements perdus, trouver ce qui nous fait du bien ?
→ Se laisser le temps d’essayer (« s’entraîner » seul·e, chez soi), et de ressentir (oui c’est ok de passer 1h juste à se balancer ou à faire tinter des perles) ; explorer, jouer ; observer au quotidien ce qui nous procure du plaisir sensoriel, ou ce qui nous apaise ou nous aide à nous concentrer : tel son, telle sensation sur la peau, telle couleur ou combinaison de couleur, tel alignement ou forme géométrique, telle texture d’aliment, telle odeur… Observer bébés, enfants et animaux ; se demander ce qu’on aimait quand on était enfant.
→ Avoir recours à des objets, des jouets, peut aider à explorer, donner une joie ou un soulagement supplémentaire. Mais on n’a pas forcément besoin de ça, et on n’a pas forcément besoin d’acheter des objets spécifiques non plus, des tas de choses qui se trouvent déjà dans la maison peuvent nous être utiles : des élastiques, des trombones ou épingles à nourrice, des barrettes, un ruban, des billes, des cailloux, des ressorts, n’importe quoi dont on aime bien la texture, la couleur ou le bruit.
→ Réfléchir à nos particularités sensorielles (oui on peut jouer sur le toucher, l’ouïe, la vue, le goût ou l’odorat, mais aussi sur la proprioception, le sens vestibulaire, la perception de la température…)
→ en parler dans des groupes de discussion d’autistes !

À noter : toutes les personnes ne sont pas égales face à la possibilité de se laisser stimmer. Premièrement, on ne peut pas toujours échapper à un environnement discriminant (risque de rejet de l’environnement familial ou professionnel, risque pris dans la société – faire des gestes inhabituels dans un lieu public peut être considéré comme signe de dangerosité si on est un homme racisé). Deuxièmement, on peut avoir des blocages psychologiques, en raison d’un stress post-traumatique lié à une éducation maltraitante, et avoir besoin de plus de temps et d’un accompagnement professionnel.

Que faire des stims dérangeants ou dangereux ?
Le fait qu’on puisse se faire mal ne devrait pas être un argument en soi pour la pathologisation des comportements d’auto-stimulation. Si les formes de stimming deviennent envahissantes ou violentes, c’est plutôt l’environnement qu’il faut remettre en question, voir s’il y a trop grand stress, des besoins non satisfaits, ou si c’est en lien avec une hyposensibilité. Et il est possible de remplacer et rediriger des stims (notamment ceux dangereux, mais aussi ceux qui peuvent être dérangeants pour d’autres, par exemple le besoin de pousser des cris, ou toucher les cheveux d’autrui), sans supprimer ce besoin de régulation, et sans attacher de la honte à ce besoin. (oui, il existe des protocoles d’éducation ou de thérapie qui sont respectueux du fonctionnement autistique !)


Quelques liens
Vidéo
, Alistair : « Mieux comprendre l’autisme : le stim » ; « Mieux vivre autiste : apprendre à stimmer »
Article, Charlie, « Merveille des sens ou éloge du stimming »
Article, Autisticality, « Defining stimming » (anglais)
BD, Neiiko, « Stimming – Autisme & autostimulation »
Vidéo, Amythest Schaber (anglais) : « What is stimming ? » ; « Vocal/verbal stimming »
Vidéo, Purple Ella, « Autistic Stimming explained » (anglais)

Sur les stims dangereux et l’automutilation
Article, Charlie, « Automutilations et modifications corporelles : se faire du mal, se faire du bien ? »
Ressource pratique : Brochure du projet Icarus « Se faire mal »
Article, Kirsten Lindsmith, « The dark side of the stim : self injury and destructive habits » (anglais)
Vidéo, Amythest Schaber, « Self-injurious stims » (anglais)

4 réflexions sur “Les bases : le stimming

    • Merci pour ce retour ! Pour ces deux-ci, c’était rapide parce que ce sont des sujets dont j’ai l’habitude de parler. Mais en effet, j’ai en général beaucoup de mal à faire court et à hiérarchiser les informations… je m’entraîne !

      Si y’a des points sur lesquels tu verrais l’utilité d’un tel format d’article, n’hésite pas à me transmettre tes suggestions 🙂

      J’aime

  1. Merci pour cet article clair et bien documenté. C’est un plaisir de te lire. Chaque fois, je me retrouve dans tes écrits.
    J’espère que j’aurai un diagnostic, un jour… Je suis sur liste d’attente au CRA depuis 6 mois.

    Aimé par 1 personne

    • Bon courage pour l’attente !
      Je te souhaite surtout de pouvoir continuer à explorer ton fonctionnement et t’autoriser à faire des choses / mettre en place des aménagements qui te font du bien, sans attendre un diagnostic 🙂

      J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s