Internet, ce n’est pas de la vraie vie ?

Quand on traîne sur internet, on dit qu’on est dans du virtuel. Quand on sort de chez soi et qu’on parle à des gens, on est dans le réel, dans la vraie vie, IRL (= in real life). Les personnes rivées à leur ordinateur sont assimilées à des « no life ». L’échange écrit ne serait qu’un tremplin vers la rencontre en chair et en os, les échanges de mails (ou de lettres pour les personnes pas en phase avec leur époque, comme moi) ne seraient qu’un pâle substitut à la discussion face-à-face, alors même qu’on se dit souvent bien moins de choses en face-à-face. Vous aussi, vous avez déjà entendu ça ?

Je le sens quand je passe une semaine entière à la maison sans rendez-vous extérieurs, une semaine ponctuée d’échanges forts enrichissants sur internet, égayée par l’écoute de ce que certain.e.s youtubeur.se.s intéressant.e.s ont à dire, concentrée sur de longs mails devant lesquels je m’assieds comme on s’asseyait autrefois devant le secrétaire et l’encrier, avec une tasse de thé, trois heures devant moi et le cœur joyeux. Eh bien, ces semaines-là, je culpabilise. Je n’ose pas en parler. Généralement je vois au moins quelqu’un.e le dimanche pour le café, histoire de, en espérant que la personne annule à la dernière minute. En fait, il y a simplement des périodes où la sociabilité face-à-face ne me plait pas, risque d’être éprouvante et vide. Des périodes où même la voix ou le visage de quelqu’un me fatigue, et je ne fais que lire des messages. Et puis il y a aussi que meme dans un quotidien équilibré et joyeux, les échanges « virtuels » m’apportent des choses différentes que les échanges « dans la vraie vie », et je ne voudrais y renoncer pour rien au monde.

Mais il y a toujours ce jugement extérieur. Je ne peux pas parler d’une personne que je ne connais « que » par mail, sans avoir vu son visage. Je ne peux pas dire que j’ai eu un chouette moment de chat avec un.e amie à distance pas vu.e depuis trois ans, c’est comme si ça ne comptait pas dans notre maintien de l’amitié (la seule chose valable, à la limite, serait la conversation vidéo). Je peux encore moins dire que l’on a de longs fils de discussion avec commentaires et sous-commentaires dans des groupes de militant.e.s ou des groupes de soutien entre femmes autistes. C’est comme si ça n’existait pas. Ces sentiments, ces échanges d’idées, d’émotions, ce temps passé à taper sur le clavier, à rire ou soupirer derrière l’écran, ça n’existe pas. On me demande qui j’ai « vu », où je suis « sortie », avec qui j’ai « fait » quelque chose, quelque chose de concret, dehors, dans la vraie vie, le bruit et les odeurs. 

Javiez Perez - cerf-volant
je ne savais pas comment illustrer mon article et je viens de prendre mon café devant l’Instagram de Javier Perez, c’est tout

On entend souvent, attention, être trop sur internet, ça empêche d’avoir des ami.e.s dans la vraie vie. On lit des articles là-dessus, partout, et les jeunes d’aujourd’hui ne seraient plus capables de créer du « vrai » lien social, comme si l’isolement était quelque chose d’inhérent à internet (non). Il y a même des articles qui relèvent, sans trop de se poser de question, comme si c’était une blague, ah tiens, les autistes adorent les réseaux sociaux, alors qu’ils détestent les relations humaines, c’est ironique non. Et quand des personnes touchées par des maladies rares et complexes, qui se traînent 10 ans d’errance médicale derrière eux, arrivent enfin chez le médecin en disant je crois que j’ai ça, j’ai pu me documenter grâce à internet et échanger avec des dizaines et des dizaines de gens comme moi, les médecins répondent : faut pas croire tout ce qu’on trouve sur internet, mais non, vous n’avez rien (et le plus souvent, ils se trompent). Mais internet, même quand on est une nullasse en informatique comme moi, c’est une mine de ressources incroyable. Ça permet d’avoir accès à des informations qui ne sont pas facilement accessibles ailleurs. Ça permet de lire, de lire du politique, de lire du scientifique, quand on est trop pauvre pour acheter des livres et que les bibliothèques municipales n’ont pas renouvelé leur stock depuis l’an 2000. Ça permet de brasser des idées qui ne sont pas encore publiées sur du papier. Ça permet de rencontrer des gens comme soi quand on pensait qu’on était seul.e, ça permet de se rendre compte que notre vécu est partagé et nos ressentis sont légitimes, ça permet de mettre un nom sur ce qui nous posait problème. Ça permet de nouer des amitiés fortes qui se basent sur de réelles affinités, ressemblances et intérêts communs, et pas juste sur le hasard d’habiter au même endroit, de fréquenter la même classe ou d’être employé.e par le même patron. Ça permet de se soutenir entre personnes différentes, en souffrance, victimes ou malades. Ça permet de créer des réseaux de militant.e.s. Ça permet de ne pas être seul.e quand on ne peut pas sortir de chez soi et que personne ne vient à nous (ou que même avoir quelqu’un chez soi n’est pas gérable). Ça permet d’apprendre et de voyager dans sa tête quand on ne peut pas prendre le train ou l’avion. Ça permet de ne pas être silencié.e quand on ne peut pas ou difficilement s’exprimer à l’oral.

Me concernant, je dirais qu’internet m’a sauvé la vie. Pas qu’une fois. Pas qu’à un seul âge. Internet m’a sauvé la vie, à la fois ponctuellement, dans une situation précise, grâce à l’action d’une ou plusieurs personnes identifiables, et de manière générale, sur des périodes où communiquer autrement que par écrit ne m’était pas possible, et parce que derrière l’écran je trouvais des personnes qui me comprenaient.

***Instant racontage de vie*** Quand j’ai commencé à utiliser internet, j’entrais en 4e, j’avais 12 ans, je commençais à aller vraiment mal, et je n’avais déjà plus aucun.e ami.e au collège, tout le monde s’étant tourné contre moi à la fin de l’année précédente. Je me souviens de la rentrée, il y avait un nouveau qui me regardait, qui trouvait mes habits cools, j’ai eu l’espoir d’avoir un nouvel ami, et son voisin de table lui a tout de suite glissé : « Lui parle pas à elle, elle est folle ». Quand j’ai commencé à utiliser internet, je n’avais aucune idée de ce que c’était et de comme ça fonctionnait, c’était juste que ma dernière amie, réfugiée politique qui n’avait passé que deux mois dans notre classe, avait transité jusqu’à la Tunisie, et qu’on m’avait dit qu’écrire des lettres allait être compliqué, qu’il fallait que je me mette aux emails. Le contact avec elle n’a pas fonctionné, en revanche, j’ai appris à taper des mots sur google (et rapidement, mon frère m’a appris à effacer l’historique), j’ai appris que je souffrais d’anorexie et de boulimie, j’ai été sur des forums de soutien, et la demi-heure autorisée d’ordinateur en rentrant du collège était le seul espace où je pouvais exprimer ma souffrance. Même les personnes dont je ne connaissais qu’un pseudo, je m’y suis attachée, je pensais à elles en allant me coucher le soir, je leur parlais dans ma tête : c’était mon radeau. À l’entrée en troisième, j’ai ouvert un blog qui m’a fait rencontrer de merveilleuses personnes, dont 3 ont été de vraies amies pour plusieurs années, et mon seul point d’attache pendant les pires mois de ma vie. Les personnes qui m’ont connue « virtuellement » me trouvaient douce, intelligente, mature, créative, empathique. Dans la « vraie vie », on aurait dit que j’étais juste un monstre, un truc moche et mal élevé.

Oui, j’ai été accro, par moments. Totalement. J’ai fait des presque 24h devant mon écran. J’ai eu du mal à ne pas penser aux personnes avec lesquelles je voulais écrire sur le net, aux mails que j’aurais pu recevoir. Quand à 14 ans un prétendant éconduit a hacké mon mail, mon compte msn et mon blog, j’ai eu un des meltdowns les plus mémorables de ma vie, et je me suis sentie en faute, en faute d’avoir une vie sur internet, et je n’ai pas osé en parler à mes parents. Et c’est une amie « virtuelle » qui a réglé le problème. Oui, j’ai été accro, en fait, à la reconnaissance, aux discussions intéressantes et à l’affection que je recevais, et que je n’avais pas reçues ailleurs. J’ai été accro comme d’autres sont accros à leur vie sociale « en vrai », j’en ai connu des gens qui ne savent pas rester une heure seuls chez eux, qui sont toujours entourés ou toujours au téléphone.

Ce n’est pas avoir des ami.e.s sur internet qui m’a empêchée d’avoir des amis dans la vraie vie, c’est parce que je n’avais pas ou pas de manière suffisante des ami.e.s dans la vraie vie que j’ai été les chercher sur internet.

Tout comme ce n’est pas passer du temps à lire des trucs sur internet qui m’empêche de lire dans la vraie vie, c’est que je n’ai pas accès aux mêmes ressources : quand je me suis autorisée il y a deux semaines à acheter sur un coup de tête deux essais que j’avais envie de lire maintenant tout de suite, je les ai lus dans la journée, je n’ai pas touché à mon ordinateur du matin au soir.

Javiez Perez - astronomie
(c) Javier Perez

Comme je suis une personne plutôt extravertie et que je fonctionne à fond dans le sensoriel, j’aime sortir de chez moi, j’aime absorber un peu de l’effervescence du monde, donc j’essaye d’avoir un juste équilibre entre mes rencontres face-à-face / de vive voix dans du dehors de chez moi, et ma vie sur internet. Mais je ne trancherais pas sur ce qui m’apporte le plus, intellectuellement et affectivement.

***continuage du racontage de vie*** J’ai eu des amitiés virtuelles uniquement (ou matérialisées sous forme de lettre), dont certaines se sont dissolues après quelques années, comme on s’éloigne d’ami.e.s d’enfance, parce que j’entrais dans un autre âge, avec d’autres intérêts et d’autres envies, pas parce que la « vraie vie » était mieux que ces correspondances. Pendant un temps, quand j’ai fait semblant d’être une fille normale, quand je parlais de ces personnes-là, je disais qu’on s’était rencontrées, à un moment donné. Le mensonge me coûtait, mais j’avais honte, je croyais que c’était mal, que ce n’était pas valable, de ne pas connaître l’odeur, le visage, la corpulence, la voix d’une personne. Pourquoi ? Je connaîtrais moins une personne avec laquelle je corresponds plusieurs fois par semaine par écrit pendant 5 ans, qu’une personne que je vois une fois de temps à autre pour parler superficiellement de comme va le boulot et tu fais quoi de tes prochaines vacances ? (de même, je n’ai jamais compris la stigmatisation qu’il y avait sur les rencontres amoureuses en ligne. L’écrit pour moi entre TOUJOURS en jeu quand je tombe amoureuse). On n’est pas forcément davantage soi « en vrai », et y’a pas que sur facebook que l’on fait du paraître. Dans la « vraie vie » aussi, les gens masquent, se mettent en avant, mentent, prétendent. Quelqu’un que je croyais mon pote, qui m’avait raconté beaucoup de choses intimes, et que je voyais toujours en tête-à-tête, m’a dit un jour que tout allait pour le mieux avec sa copine, que c’était l’amour fou, alors que je sentais un truc bizarre et lui demandait si tout se passait bien pour lui. Deux semaines plus tard il la quitte et quand je le questionne il m’avoue « ça n’allait pas depuis longtemps, mais bon, c’est comme ça qu’on fait, il faut maintenir une façade, quoi », et je n’ai pas compris pourquoi, pourquoi une façade alors que j’étais dans un rapport d’amitié et que je suis particulièrement réputée pour ne pas juger les difficultés des gens, quel était l’avantage pour lui. Dans la « vraie vie » aussi, les gens te racontent comme leur soirée du samedi était formidable, mais en réalité ils ne s’en souviennent pas tant ils ont bu. Le problème n’est pas le moyen de communication et de présentation de soi auquel on a recours : c’est l’usage qu’on en fait. Personnellement, étant un peu trop sensible au paraître de la vie des autres et ayant tendance à me comparer et me dévaloriser, j’ai masqué depuis longtemps une grande partie des actualités de mes contacts Facebook, je ne suis sur aucun autre réseau social, et je continue à communiquer par écrit, ce qui me rend bien sereine.

Ces derniers mois, ma vie sur internet s’est intensifiée. J’ai d’abord cru que les personnes qui allaient lire mon blog allaient être celles et ceux qui sont mes ami.e.s « dans la vraie vie » : en fait, il s’agit plutôt de l’exception que de la règle. Tant mieux, peut-être. Notre rapport n’est pas le même, notre type de conversation n’est pas le même. Ces derniers mois, ma vie sur internet a recommencé, parce que j’en avais besoin. J’avais besoin, pas seulement d’écrire de longues lettres et des mails réguliers aux ami.e.s que j’avais déjà rencontrées physiquement, mais j’avais besoin de me faire connaître à des personnes qui ne seraient pas témoin de ma comédie sociale. Qui ne connaîtraient ni mon visage, ni mes habits, ni mon timbre de voix, ni ma gestuelle. J’avais besoin de connaître, aussi, des personnes « réelles », justement, pas des paroles rapportées dans de mauvais articles de journaux ni des personnages de films et séries caricaturaux ; des personnes qui répondaient à mes questions, qui me raconteraient leur vie, qui seraient elles-mêmes, sans le stress des codes sociaux. J’ai avalé des centaines de témoignages, puis j’ai voulu entrer en contact. J’ai eu l’impression de recommencer ma vie. De faire ce que vous faites tou.te.s, vous autres valides et neurotypiques, dès la maternelle, sans vous poser de questions : entrer en contact avec des semblables.

J’en ai rencontré et en rencontrerai certain.e.s, j’ai appris à connaître différemment une super fille qui vit dans ma ville et dont je n’avais connu que le masque auparavant, mais ça ne me dérange pas non plus de me dire que certains échanges resteront écrits, je n’y attribue pas moins de valeur.

Alors, pour terminer, pourquoi c’est discriminant, d’opposer internet et la vraie vie, virtuel et réel ?

Javier Perez_arbre
(c) Javier Perez

Cette hiérarchisation de ce qui vaudrait plus qu’autre chose, un voyage à l’autre bout du monde vaudrait plus qu’une sortie à la campagne ou même juste un voyage dans la tête ; une conversation au téléphone vaut plus qu’un sms mais moins qu’un café pris ensemble ; des activités en contact avec d’autres gens vaudraient plus que du temps passé avec soi-même à réfléchir, lire ou créer ; du temps passé à parler, encore mieux, à boire de l’alcool et à manger, vaudrait plus que du temps passé à écrire ; des gens dont on frôle la joue pour faire une bise sont davantage des ami.e.s que des gens avec lesquels on échange de longs mails sans connaître leur visage… Cette hiérarchisation non seulement n’a pas de sens mais encore une fois est au profit des personnes neurotypiques, valides, et suffisamment privilégiées pour avoir des loisirs et un entourage en chair et en os sur lequel s’appuyer. Pour moi, c’est simplement une préférence : à l’écrit je suis plus à l’aise (j’y reviendrai, mais clairement, pour moi, l’écrit représente beaucoup plus fidèlement mon « vrai moi » que l’oral), sur des forums/groupes/blogs dédiés je vais droit au but, vers le sujet qui m’intéresse, le sensoriel à l’extérieur m’épuise. Mais pour d’autres personnes, c’est la seule vie sociale possible, pendant des jours, voire des mois, que ce soit qu’une blessure ou une maladie les cloue au lit, qu’une phobie les empêche de sortir, qu’un handicap rende les sorties compliquées parce que l’environnement n’est pas adapté, et que l’extérieur soit trop plein de préjugés pour qu’on puisse se faire apprécier à sa juste valeur.

Il n’y a pas un type de vie sociale plus valide qu’un autre : si vous avez tant besoin que ça de juger et dévaloriser la vie sociale de votre voisin.e… posez-vous des questions sur votre propre satisfaction.

 

*** Bon, je n’ai pas fait exprès, je m’en suis rendue compte après avoir écrit l’article, Margot avait déjà fait une belle vidéo là-dessus sur sa chaîne Vivre Avec, pour celleux qui préfèrent le vidéo à l’écrit et qui ne connaissent pas encore cette chouette personne, allez voir ! ***

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7 réflexions sur “Internet, ce n’est pas de la vraie vie ?

  1. Ce genre d’articles est vraiment nécessaire. On intègre trop, à force de se l’entendre répéter, que la façon d’échanger et d’entrer en contact qui est la plus naturelle pour nous n’est pas la bonne… On s’évertue à essayer de faire comme les autres mais ce n’est jamais assez, on n’est jamais à l’aise et c’est un gâchis de temps considérable.

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  2. J’ai toujours eu (et j’ai encore) du mal avec l’acronyme IRL. Parce qu’avant de savoir ce qu’il signifiait je le lisais « iréél » et c’est une habitude qui est restée. Du coup j’ai toujours un petit blocage « IRL » >> « iréel » ah oui, non, souviens-toi « in real life » >> « en vrai ». C’est tellement ironique que la symbolique du mot soit à ce point contraire dans mon esprit simplement à cause d’un problème de lecture…
    J’ai longtemps pensé que le « risque » du virtuel était peut-être de rendre accro certaines personnes qui vivaient bien socialement avant l’informatique, mais peut-être (certainement) comme tu le dis que ce n’est qu’une impression et, en tous les cas, ça n’efface absolument pas tous les bienfaits.
    Comme toi, j’aime beaucoup l’internet pour le développement écrit qu’il permet et pour l’expression et le jugement totalement détachés des apparences…

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    • je crois que les écrans peuvent susciter une dépendante, en raison de la stimulation visuelle (?). Je crois aussi qu’internet, les réseaux sociaux, les nouvelles technologies, doivent s’accompagner d’une certaine éducation. La société en général a évolué en termes de rapports humains, et ce n’est pas qu’une question d’informatique. Mais tout le blabla sur la sociabilité est généralement fait par des personnes…qui ne subissent pas de rejet et de difficultés dans la société au quotidien.

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  3. Pour moi, Internet a augmenté la sociabilisation des personnes neuroatypiques (et aussi des personnes qui ont des handicaps et maladies chroniques physiques)… non seulement par les interactions via Internet lui-même, mais par les rencontres hors Internet qu’il permet.
    Parce que non tout le monde ne peut pas sortir de chez soi, ou ne peut pas sortir facilement de chez soi, ni faire connaissance facilement avec des nouveaux gens dans n’importe quel contexte, ni trouver des gens correspondant à leurs besoins spécifiques sociaux…

    Alors oui peut-être que les écrans ont fait reculer la socialisation classique chez les neurotypiques, c’est possible (dans le sens que pour beaucoup de NT, beaucoup d’interactions quotidiennes qui se faisaient de vive voix sont remplacées par Internet, que certains vont se parler sur facebook et avoir la flemme de se voir en vrai parfois…), et je sais pas si c’est bon ou mauvais pour eux, et honnêtement je m’en fiche un peu, c’est leur vie, leur choix et le cas échéant leur problème.

    Par contre Internet permet à des personnes qui ne peuvent pas sortir de chez elles, ou qui ont besoin d’un intérêt spécifique commun pour se lier aux gens, ou qui ont des intérêts spécifiques trop rares dans la population, ou qui ne peuvent pas être amies avec des neurotypiques (peu importe la raison), ou qui ne parlent pas, ou qui ont un mode de communication qui dérange trop les gens en face à face, ou qui ont une personnalité « difficile », etc etc, d’avoir des interactions, des amitiés, parfois des relations amoureuses et/ou sexuelles. Toutes ces relations et interactions étant pas parfaites (enfin pas plus que n’importe quelle autre relation) certes, mais elles existent.
    Sans parler du fait de pouvoir militer, prendre conscience de nos situations, s’autodiagnostiquer (même si ça fait râler plein de gens l’autodiag)…

    Et quand Internet n’existait pas, beaucoup de ces personnes vivaient SEULES TOUTE LEUR VIE et souffraient en silence. Dans le meilleur des cas elles avaient leurs parents, leur femme ou mari, qui étaient souvent valides et validistes en plus, et dont elles dépendaient entièrement affectivement et socialement (bonjour la dépendance et les abus fréquents), et souvent elles n’avaient juste personne. Encore plus quand elles vivaient pas dans une grande ville et avaient pas accès aux quelques rares lieux de socialisation regroupant des atypiques.

    Bref faut vraiment être une personne valide et qui pense que tout le monde est valide pour dire ce genre de bêtises…

    Aimé par 1 personne

    • Ça aide tou.te.s les atypiques, je pense par ex. aussi aux gay/lesbiennes hors des grandes villes qui ne savent pas comment faire des rencontres… Ça aide les militant.es. isolé.e.s… Et en fait ça aide aussi les NT déraciné.e.s, ou trop pris.e.s par leur travail et routine d’adultes pour faire de nouvelles rencontres amicales ou amoureuses, avec internet on peut rencontrer des gens hors de notre cercle direct… je ne sais pas, peut-être que celles/ceux qui critiquent ont la chance d’être né.e.s dans une famille parfaite et de n’avoir eu que des voisin.e.s, camarades de classe, collègues, rencontres fortuites, qui sont devenu.e.s leurs meilleur.e.s ami.e.s ?

      Aimé par 1 personne

      • Oui clairement même beaucoup de valides NT ça les aide, et les gens qui critiquent sont je pense, souvent, des personnes qui ont le temps, l’argent et l’énergie pour la socialisation classique, et qui ont pas de handicaps (physiques, sociaux, psy…) qui les en empêche, et qui s’épanouissent dans la socialisation classique.

        Je supporte pas les gens (souvent de générations de plus de 45-50 ans) qui disent « Ohlala mais comment on faisait avant Internet et les smartphones, les gens se parlaient AVANT, blabla »… alors que avant plein de gens étaient seuls et déprimés et tristes…

        Et aussi mes parents qui me reprochaient à une époque de « plus parler aux gens sur Internet qu’à eux », bah oui, parce qu’en fait j’ai plus en commun avec des « gens sur Internet » et que je ressentais pas le besoin de parler avec eux plus que ça (honnêtement ça m’apportait pas énormément voire me coûtait) sauf que apparemment c’était une obligation de le faire…

        Et mes parents auraient toujours voulu que j’ai une socialisation classique en mode « J’ai mes amis de lycée/fac/boulot, je vais à des soirées, je rencontre de nouveaux gens » sauf que c’est ballot, les soirées de neurotypiques j’ai rien à y faire (même maintenant que j’ai pris de l’assurance et que je sais mieux gérer mes handicaps sociaux, ce genre de soirées m’ennuie et je supporte pas l’ennui donc voilà), et j’ai jamais eu d’amis neurotypiques parce que handicaps et validisme mais avec le recul c’est pas plus mal j’avais rien à leur dire ni à faire avec et partageais pas leur intérêts, donc du coup pas d’amis « de lycée » ou « de fac » (puisque tout le monde était NT autour de moi)…
        Et bref la socialisation par Internet même avec tous ses défauts reste plus accessible et, surtout, plus fun pour moi que socialiser en mode NT (que ce soit via famille, boulot, connaissances de fac ou scolarité…).

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