Hypersensibilité

J’ai écrit déjà sur l’hypersensibilité. Sur le bruit, les odeurs. J’aimerais écrire sur le toucher, mais c’est plus complexe, il y a une composante psychologique à détricoter. Je pourrais écrire encore sur la sensibilité visuelle, qui n’est pas si dérangeante pour moi, du moins tant que je peux me tenir à l’écart des néons et des flashs de discothèque, et que je ne dois pas conduire de nuit (bon ok et tant que j’ai le droit de me mettre à haïr le soleil entre fin avril et mi-août). Je devrais écrire sur les choses positives : je peux tomber en émerveillement devant la couleur d’un objet quelconque et me mettre à planer de plaisir pour le son d’un hautbois pendant un quart de minute ; j’ai l’impression de voyager dans un nouveau monde en goûtant un fruit sauvage et je peux avoir des orgasmes de l’épaule. Mais la surcharge, elle, ne fonctionne pas sur le positif. Le positif soulage légèrement du négatif, équilibre la journée ou l’existence, mais le négatif s’additionne, puis fatigue de manière exponentielle, et finit par bloquer tout le reste. Et une fois qu’on est en surcharge, plus rien de positif ne peut entrer. 

Lire la suite »

Publicités

Par amour de soi : se dire handicapé.e

Il y a ce drôle de glissement sur le mot handicapé. On est handicapé.e par quelque chose, par une situation, par un environnement, c’est même théorisé dans le modèle social du handicap***. Dans ce sens-là, les handicaps sont multiples, parfois transitoires, en tous les cas atténuables. Mais dans le langage courant, handicapé désigne une catégorie de la population à part, inconnue et fantasmée. Handicapé désigne une essence de personne stéréotypée, souvent en fauteuil, à lunettes à verres épais et ayant du mal à s’exprimer, comme pour mieux signifier dans ce stéréotype qu’il y a tout un monde d’incompréhension entre moi, normal.e, et lae handicapé.e. C’est un mot presque magique, qui jette un silence sur la foule quand on le prononce, des mines gênées, des airs compatissants. C’est un mot qui attendrit, qui fait s’ouvrir les porte-monnaies, mais qui trace une frontière aussi, on ne va quand même pas leur parler et s’intéresser vraiment à ce qu’iels sont, ces handicapé.e.s. Iels sont handicapé.e.s, iels sont différent.e.s physiquement, parfois on s’émeut de découvrir qu’il y a une vraie personne en-dessous, mais ça ne va jamais plus loin, comme si le mot « handicapé.e » recouvrait toute l’identité de la personne, alors qu’elle signifie surtout la place qui lui est faite dans la société.Lire la suite »

Être ou ne pas être… gros.se

C’était il y a un an, lors d’un événement culturel indépendant – je lisais dans un coin des brochures militantes, des fanzines, et un manifeste de fatpride a attiré mon attention. Un article contre la grossophobie taclait les filles qui ont peur de grossir. Celles qui font attention à leur alimentation parce que leur plus grande peur est de prendre du poids. Ces filles-là sont grossophobes, accusait le manifeste ! Parce qu’elles entretiennent l’idée qu’être gros, c’est mal, en se refusant de grossir, quand bien même ces filles-là se ficheraient que leur voisin.e soit gros.se et ne se permettraient jamais de donner des conseils d’alimentation à qui que ce soit. Tout en comprenant la nécessité d’un tel point de vue et la vérité qu’elle mettait en lumière (entretenir l’idée que la graisse c’est le mal absolu, c’est encourager le manque de respect envers les personnes grosses), j’ai reçu cet article comme une énorme gifle, je me suis cachée pour pleurer, et ça a été le début d’une longue réflexion sur moi-même (et d’une lecture abondante et compulsive de blogs, témoignages, manifestes, théories sur la grossophobie).

Lire la suite »

Quelques petites “évidences” sur le poids, les gros.se.s, et la grossophobie

Avant de partager une part de mon expérience personnelle des questions de poids, je tenais à rappeler quelques points, bien que je ne veuille pas ici faire de la pédagogie complète sur ces questions (liens en fin d’article pour celleux que ça intéresse), et parce que j’ai peur que mon prochain article soit mal interprété. Et comme pour les troubles du comportement alimentaire, j’aime bien l’idée qu’on puisse débattre sur des bases équivalentes.

Nous vivons dans une société grossophobe, tout comme nous vivons dans une société sexiste ; nous sommes donc tou.te.s par défaut grossophobe. Eh oui, quand en 2016-2018 on en parle enfin et qu’on lit les humiliations (pluri)quotidiennes que subissent les personnes grosses, on est forcé de se dire que moi aussi. Moi aussi, je l’ai pensé, je l’ai dit, je l’ai montré. Pas d’excuses. On écoute, on apprend, on déconstruit et on continue.Lire la suite »

L’injonction à se trouver belleau et à s’aimer

Coucou, Bonjour, Salut, regarde je sais aussi parler d’autre chose que d’autisme. Même si parler corps et perception du corps est un sujet encore plus intime pour moi que de parler de mon cerveau (enfin le cerveau est dans mon corps, finalement, mais dichotomie occidentale moderne toussa toussa), c’est aussi politiquement (?) très important, et mes intérêts du moment sont en train de se reporter là-dessus à nouveau. [D’ailleurs je vais sûrement commencer à publier un peu d’anciens articles écrits sur la question du corps, de la grossophobie, des troubles alimentaires, du genre, écrits il y a longtemps et pas publiés encore, parce que je me suis remise à travailler là-dessus].

Alors, si, mon rapport au corps a aussi à voir avec l’autisme : je trouve ça barbant d’avoir un corps. Hypersensible. Qui surcharge. Qui ressent puissance 1000 tout le temps, c’est éreintant. Qui a des faiblesses, qui tombe malade, qui veut dormir, qui ralentit la vitesse de pensée quand il digère. Mon rapport passe aussi par un biais de genre : je trouve ça barbant d’être une femme et d’être classée dans le regard des autres comme « objet sexuel » (dès 9-10 ans, oui oui), ou « apparence plus importante qu’esprit ». Pour toutes ces raisons (formule hyper-concentrée 3 en 1, comme la lessive) je me suis à un certain âge désolidarisée de mon corps, j’ai voulu ignorer ses besoins de base (manger et dormir) et me réfugier dans ma tête. Mon corps s’est chargé de me rappeler son existence assez vite et s’est ensuit une guerre de plusieurs années que je narrerai dans un prochain épisode, soyez au rendez-vous. Aujourd’hui je veux parler amour de soi, amour du corps, et a-t-on besoin de se trouver beau-belle pour s’aimer (non).

Lire la suite »