« Celles et ceux qui mentent »… Vraiment ?

On va commencer par une évidence : je ne suis pas bien équipée pour repérer le mensonge. Le mensonge intentionnel, je veux dire, celui de on ment pour obtenir ou éviter quelque chose, celui de on est conscient qu’on ment (je dis ça, parce que j’ai passé mon enfance à « mentir » en confondant fiction et réalité, mais je ne m’en rendais pas vraiment compte) (quand on ment pour se protéger, par instinct de survie, il y a généralement aussi dissociation). Donc oui, c’est vrai, j’ai un peu tendance à croire tout le monde sur parole (quand il s’agit de leur vécu, parce que sur un sujet soumis à débat, je retrouve rapidement mon esprit scientifique) et à me dire que si telle personne raconte telle chose, c’est bien qu’il y a une raison. Surtout quand telle personne énonce quelque chose de non enviable, qui signifie une souffrance, qui peut lui apporter stigmatisation, insultes, mépris, difficultés, etc. Pourtant, la parole des concerné.e.s (d’agressions, de vécus traumatiques / dans un autre registre : de maladies et handicaps rares ou « invisibles ») continue d’être mise en doute systématiquement. Oui, aujourd’hui, je veux parler de cet argument qui revient tout le temps. Pour tout un tas de choses qui apparemment sont sans lien les unes avec les autres, mais c’est un même mécanisme. Cet argument qui vise en fait à se dispenser d’écouter le problème : « Oui, mais il y en a qui mentent. »Lire la suite »

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Le droit d’être fatigué.e

Fatiguée, c’est le premier mot que j’apprends dans les autres langues, fatiguée, tired, stanca, cansada, moe, et puis, ma première langue, müde, avec le ü long, müüüüde, Ich bin müüüde, je ne sais pas si je l’ai beaucoup répété enfant mais apparemment oui puisque ça fait partie des phrases que répète mon père comme en écho du passé pour me taquiner, dès que je dis que je suis fatiguée. La fatigue, d’aussi loin que je me souvienne, c’est toujours un état dont je me suis plaint sans jamais trop savoir pourtant à quoi il correspondait vraiment, parce que dans les livres d’enfant, les nounours fatigués baillent en se frottant les yeux et se mettent au lit, mais quand je suis fatiguée, je ne baille pas, ne me frotte pas les yeux, et ne réussis pas à dormir.

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Le dire, à qui, comment, pourquoi ?

Pour celles et ceux qui lisent mon blog régulièrement : ce qui m’est arrivé depuis quelques mois, ce qui a changé depuis l’ouverture du blog où je pensais le nommer « à la limite » en référence au trouble borderline, c’est devenu clair. Ou pas : de mes ami.e.s, non seulement je ne sais pas qui le lit, mais je ne sais pas s’iels lisent tous les articles ou seulement un de temps à autre, ou en diagonale, ou s’iels le prennent au sérieux ou pas, et du coup je ne sais pas ce qui est su ou ignoré, ce que je dois dire, d’où je dois partir, quels mots je peux prononcer, et pour moi – peut-être pas pour elleux – il y a cet éléphant dans toutes nos bulles de conversation, ce fantôme flottant dont je ne sais pas si je suis la seule à le voir, et si j’ai le droit de le nommer. Et aussi étrange et hypocrite que ça puisse paraître (mais si, je vous assure, je suis sincère), je n’attends pas de mes ami.e.s qu’iels me lisent, je ne considère pas que ça entre dans leur devoir d’ami.e.s : si ça les intéresse, qu’iels aiment lire, qu’iels ont le temps, qu’iels accrochent à mon écriture, tant mieux, mais sinon, ça ne fait pas grand-chose. Le seul dont j’exige lecture régulière est mon compagnon de vie, mais encore, juste pour ne pas avoir à me répéter – à l’oral, donc forcément maladroitement et incomplètement – sur ce que j’ai déjà écrit et qui nous donne des clés de compréhension utiles pour notre entente quotidienne. C’est juste que j’ai envie d’en parler, et je ne sais pas à qui ni comment. That’s it.Lire la suite »