Ce qu’on attend de moi

Un truc qui revient souvent, quand je suis fatiguée et que je dois justifier pourquoi j’évite les gens, c’est « Je ne sais pas ce qu’on attend de moi ». Je ne sais pas quel rôle je dois jouer, ce que je suis censée dire, quel chemin je dois suivre, et dans les moments de fatigue, je préférerais avoir un script et ne pas avoir à y penser, plutôt que de jouer avec l’anxiété du pile ou face, de l’incertitude, du risque de passer pour quelque chose que je ne suis pas (parce qu’il se trouve, aussi, que je n’aime pas non plus particulièrement me rendre compte, quand j’agis spontanément, que je risque d’être mise à l’écart). Il y a ce truc ambigu dans ma vie, cet espèce de double personne en moi, celle qui n’en fait qu’à sa tête et remet les règles en question parce qu’elle sait bien, au fond, qu’elle a raison, et celle qui essaye de coller à toutes les attentes parce qu’apparemment c’est en suivant des règles qu’on devient social.e, et il lui tient à cœur d’être intégrée et appréciée.

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La porte de sortie

Je passe souvent pour pessimiste, parce que j’ai tendance à m’imaginer les pires issues possibles à toute situation appréhendée. Mais qu’on réponde à mon inquiétude en me disant « ça va bien se passer » n’est d’aucune aide, je vous assure ; en revanche, se confronter à ma peur, non pas la réduire à une improbabilité statistique mais examiner ce qui pourrait être fait en cas de catastrophe et quelles en seraient les conséquences émotionnelles, ça, oui, ça aide. Penser à toutes les stratégies possibles de réajustement, récupération, combat, en cas d’imprévu, de surcharge, de panique. Mais aussi, surtout : savoir que la fuite est possible. Que si tout tourne mal, partir est une solution valide. Que si une activité entamée devient trop lourde, on a le droit d’abandonner. Que si une pièce est trop bruyante, il y a une porte de sortie, que si un travail est inadapté, je peux rompre le contrat.

Savoir qu’il y a une porte de sortie, quelque part, savoir que je peux abandonner et partir et pas uniquement rester et combattre, ça me permet maintenant d’affronter un certain nombre de situations qui m’ont toujours causé de violentes crises de panique. J’aurais aimé, peut-être, savoir ça plus jeune, savoir ça enfant. Lire la suite »

Ne pas confondre : savoir et comprendre, savoir et pouvoir

De ma passion pour le ballet classique, je me rappelle que ce qui m’impressionnait le plus dans l’apprentissage n’était peut-être pas les prouesses physiques, l’effort et la douleur, mais le résultat final qui donnait une forte impression de facilité. Tout paraît fluide, naturel, comme allant de soi, mais derrière, il y a dix ans de travail quotidien, même pour le moindre port de bras, et dans les films qui mettent en scène des pseudos-ballerines qui sont des actrices ayant pris deux mois de cours de danse intensif, je pouvais le voir, il suffisait qu’elle lève le bras et je savais qu’elle n’était pas une vraie danseuse. Mais la plupart des gens, eux, tombaient dans le panneau. C’est pareil avec mes réponses, mon comportement social, mes expressions faciales : j’y ai tellement travaillé qu’on ne voit plus l’effort, que ça paraît naturel, comme allant de soi, et presque personne ne me démasque. Moi-même, j’ai oublié l’époque où je pouvais rester totalement absorbée en moi-même même au milieu de gens, un temps où je ne souriais pas automatiquement en rencontrant des êtres humains, un temps où j’avais moins conscience du regard extérieur sur moi, et je bridais moins mes réactions. J’attirais peut-être davantage l’attention, mais c’était moins fatiguant pour moi.Lire la suite »

Ne pas confondre : aimer et pouvoir, vouloir et pouvoir

Petite scène ordinaire : l’amoureux et moi, on attend dans un coin de notre bar préféré que deux ami.e.s arrivent pour l’apéro. J’ai beau être déjà en bonne compagnie, un quart d’heure après l’heure de rendez-vous convenue, je suis agacée du retard, et je m’inquiète : j’espère qu’iels ne vont pas arriver trop tard, je ne voudrais pas prendre toute cette fatigue du bruit pour rien.

La fatigue du bruit ? Il y a des lieux d’où je fuis tout de suite, parce que le volume ou le type odeurs/bruit/mouvement/ambiance est déjà trop pour moi. Pour d’autres lieux, ça marche à l’usure : 30 minutes ça va, 2h je vais commencer à perdre des petits morceaux de moi. Là : musique de fond [au moins c’est une musique que j’aime bien], brouhaha des voix, mais le bar n’est plein qu’à 70 %, et j’ai passé la journée tranquille au lit, ma réserve d’énergie est encore plutôt pleine. Lui, il essaye de comprendre : donc, là, c’est trop de bruit pour toi ? Pourtant, ça va, t’as déjà eu pire. Ok ça sent la bière aussi mais pas trop. Tu t’es reposée toute la journée. Mais je croyais que tu aimais aller dans les cafés ?

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Renoncer à sortir et « faire la fête »

Je ne la connais que trop bien cette frustration. La frustration de ne pas pouvoir sortir, rejoindre les autres, partager l’amusement, faire partie de ce petit morceau de mémoire collective. Vous l’avez peut-être expérimentée quand vous étiez malade, mais généralement, quand on a la grippe, tout le monde nous conseille de rester au lit – même si moi je continue à faire mille choses jusqu’à évanouissement. Vous l’avez peut-être aussi déjà connue adolescent.e quand vous étiez privé.e de sortie pour quelque bêtise – moi, non seulement je n’étais pas privée de sortie, mais entre 13 et 16 ans j’y ai été obligée, parce que « écrire sur internet ce n’est pas avoir des ami.e.s », et apparemment voir des gens 9h par jour à l’école n’est pas suffisant, alors j’essayais de négocier, est-ce que marcher jusqu’au collège avec quelqu’un.e ça compte, est-ce que parler aux filles à la danse ça compte, allez ste plaît j’ai passé tout le mercredi après-midi à travailler sur un exposé avec deux personnes c’est quand même bien assez de sociabilisation.

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